CSDHI – Alors que la répression et la pression systématiques contre les prisonniers politiques s’intensifient en République islamique d’Iran, les récits personnels et humains provenant de l’intérieur des prisons continuent de révéler des réalités amères mais inspirantes. L’un de ces récits est celui du prisonnier politique de longue date Saeed Masouri, dont les forces de sécurité iraniennes ont récemment tenté le transfert forcé et l’exil, une tentative temporairement contrecarrée par la résistance de ses codétenus.
Une lettre d’un ancien codétenu : le récit d’Arash Sadeghi
Arash Sadeghi, militant des droits civiques et ancien prisonnier politique, a publié un récit émouvant et bien documenté de ses années passées dans la même prison que Saeed Masouri. Il écrit :
« J’avais 13 ou 14 ans lorsque j’ai entendu pour la première fois le nom de Saeed Masouri… Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je partagerais une cellule avec lui. Quatre ans et demi après mon exil en 2017, j’ai vécu à ses côtés. Deux décennies d’emprisonnement, d’isolement cellulaire, de torture, de transferts, d’exil… rien de tout cela n’a réussi à briser son esprit. »
Sadeghi souligne également le sort de la mère âgée et malade de Masouri, mettant en lumière une autre dimension de la cruauté systémique. Une mère qui, en raison de pertes de mémoire, ne se souvient que du jour de sa visite à son fils et qui, après 25 ans d’attente, n’est plus en mesure de se rendre à la prison de Khorramabad pour lui rendre visite.
Des études de médecine en Europe à la prison à vie en Iran
Saeed Masouri, né en 1965 à Khorramabad, a été arrêté en janvier 2001 à son entrée en Iran. Avant son arrestation, il poursuivait des études de médecine en Allemagne et en Norvège. Il a été officiellement accusé de « collaboration avec l’Organisation des Moudjahidine du peuple iranien (OMPI) », une accusation qui lui a valu d’être gravement torturé pendant ses interrogatoires au bureau des renseignements d’Ahvaz et dans le quartier 209 de la prison d’Evine.
En 2002, le tribunal révolutionnaire de Téhéran l’a condamné à mort, un verdict qui a ensuite été commué en prison à vie. Cependant, en plus de 25 ans d’incarcération, Masouri n’a pas bénéficié d’un seul jour de permission. Il a été détenu dans les prisons d’Evin, de Gohardasht (Rajaei Shahr) et de Qezel Hesar, où il a été victime de menaces répétées, de passages à tabac, d’exil et de restrictions sévères.
Transfert forcé et exil : la poursuite d’une pression systématique
Le dernier exemple en date de ces pressions remonte au 16 juillet 2025, lorsque des gardes spéciaux de la prison de Qezel Hesar sont entrés dans le quartier avec l’intention préméditée de transférer de force Masouri vers un lieu inconnu. Cette action, qui semblait viser à exercer une pression psychologique ou à l’exiler, a été accueillie par une protestation collective des prisonniers politiques et a été temporairement bloquée.
À la suite de cet incident, Saeed Masouri a écrit une lettre d’avertissement intitulée « Un crime en cours » adressée à la communauté internationale, dans laquelle il mettait en garde contre l’escalade de la répression contre les prisonniers politiques et déclarait que sa vie et celle d’autres personnes étaient en danger imminent.
Violations continues des droits humains : plus qu’un simple prisonnier
Le cas de Saeed Masouri n’est qu’un parmi des centaines de violations des droits humains documentées à l’encontre de prisonniers politiques en Iran. Ce qui distingue son histoire, cependant, c’est son extraordinaire résilience face à 25 ans d’emprisonnement sans permission de sortie, ainsi que le déni de droits fondamentaux tels que les soins médicaux, les appels téléphoniques, l’éducation et les visites familiales.
Arash Sadeghi conclut sa lettre en soulignant que ces mesures répressives ne se limitent pas aux prisonniers eux-mêmes, mais visent également leurs familles. Les exils soudains, les transferts forcés et la négligence des parents âgés font partie d’une stratégie de guerre psychologique plus large visant à briser le moral des militants politiques et sociaux derrière les barreaux.



