CSDHI – La prison de Qarchak, à Varamin, n’est pas seulement un symbole de répression et de torture ; malgré des conditions inhumaines et une pression constante, elle est devenue un foyer de résistance politique féminine. Des femmes, ayant enduré des années de tortures, d’humiliations et de privations, incarnent aujourd’hui la résilience et la quête de justice. Leur résistance s’exprime non seulement par des grèves de la faim et des lettres ouvertes, mais aussi à travers leur vie quotidienne, derrière des murs humides et dans un environnement marqué par l’insécurité et la maladie.
Maryam Akbari Monfared – Seize ans de prison, toujours debout
Maryam Akbari Monfared est l’une des prisonnières politiques les plus connues d’Iran. Détenue depuis 2009, elle n’a jamais bénéficié d’une seule journée de permission et en est à sa seizième année d’incarcération. Atteinte de plusieurs maladies – dysfonctionnement thyroïdien, polyarthrite rhumatoïde, hernie discale, troubles hépatiques – elle se voit néanmoins refuser tout traitement spécialisé.
La famille Akbari Monfared a payé un lourd tribut à la répression : trois frères et une sœur de Maryam ont été exécutés dans les années 1980, dont Abdolreza et Roghieh, victimes du massacre de 1988. Ces dernières années, ses proches ont eux-mêmes subi pressions et arrestations pour avoir réclamé vérité et justice. En 2016, Maryam a déposé une plainte auprès du Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées, qui a reconnu officiellement ses frères et sœurs comme victimes. Aujourd’hui encore, malgré la maladie et l’épreuve des années, elle reste à la prison de Qarchak un symbole vivant de résistance et de justice.
Arghavan Fallahi – Disparition, torture et exil à Qarchak
L’activiste politique Arghavan Fallahi a été arrêtée en février 2025. Elle a passé plusieurs mois à l’isolement, d’abord dans l’unité 241 d’Evin, puis à la prison de Fashafouyeh, sans contact avec sa famille ni son avocat. Cette longue détention à l’isolement a constitué une torture physique et psychologique. Elle a ensuite été transférée vers un lieu secret, sa famille étant laissée sans nouvelles pendant des semaines.
Finalement, elle a été envoyée à la section politique des femmes de la prison de Qarchak. Ce transfert n’a pas marqué une amélioration, mais le début d’une nouvelle phase de pressions : une caution exorbitante a été exigée pour sa libération conditionnelle, et son père, Nasrollah Fallahi – lui-même prisonnier politique – a servi de levier contre elle. La détention simultanée du père et de la fille illustre la politique de « représailles familiales » du régime.
Raheleh Rahemi Pour – Une sœur en quête de justice, à 73 ans
À 73 ans, Raheleh Rahemi Pour, l’une des mères endeuillées des années 1980, est toujours détenue à la prison de Qarchak. Elle souffre de multiples pathologies : tumeur cérébrale, thalassémie mineure, hypertension, diabète, cardiopathie, douleurs articulaires et cataracte. L’autorité médico-légale officielle a pourtant déclaré qu’elle n’était pas apte à purger sa peine et nécessitait d’urgence des soins spécialisés.
Les autorités judiciaires et sécuritaires refusent non seulement de la libérer, mais bloquent également son transfert vers des hôpitaux. Dans les années 1980, Raheleh a perdu des proches lors des massacres politiques ; aujourd’hui, elle est emprisonnée pour avoir réclamé justice. Elle incarne une génération qui a refusé de céder, ni sous la torture physique, ni sous la pression psychologique.
Golrokh Iraee – La voix de la poésie et de la protestation
Écrivaine et militante des droits des femmes, Golrokh Ebrahimi Iraee est une autre figure de la résistance à la prison de Qarchak. Elle a été à plusieurs reprises arrêtée et torturée pour ses écrits, ses protestations et son engagement.
En août 2025, après l’exécution des prisonniers politiques Mehdi Hassani et Behrouz Ehsani, Golrokh a fait paraître, depuis sa cellule, une note débutant par ces mots : « Que nous sommes devenues résilientes… »
Mêlant poésie, colère et solidarité, ce texte témoignait de la force des liens entre prisonnières politiques. Avec ses codétenues, elle a utilisé le chant et la mémoire pour faire résonner, une fois encore, la voix de la protestation. Golrokh Iraee démontre que, même dans les conditions les plus dures, les mots et les idées peuvent franchir les murs d’une prison et porter un message de liberté à la société.
D’autres femmes emblématiques à la prison de Qarchak
Aux côtés de ces figures, d’autres femmes sont devenues des symboles de résistance :
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Shiva Esmaeili : militante ouvrière, mère de trois enfants, condamnée à 10 ans ; ses enfants sont détenus à Evin.
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Forough Taghipour : 30 ans, condamnée à 15 ans, représentante d’une jeune génération frappée par les peines les plus lourdes.
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Zahra Safaei : survivante des années 1980, aujourd’hui détenue à la prison de Qarchak malgré des problèmes cardiaques et une hypertension.
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Moloud Safaei : issue d’une famille décimée par les exécutions dans les années 1980, elle-même emprisonnée à Qarchak.
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Marziyeh Farsi : atteinte de cancer et de plusieurs maladies, privée de traitement spécialisé.
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Azar Korvandi : veuve d’une victime du massacre de 1988, détenue malgré un diabète sévère et de graves problèmes de santé.
Chacune, par son histoire familiale, sa souffrance et ses luttes personnelles, fait partie de la mémoire collective de la résistance à la prison de Qarchak.
Analyse juridique
La résistance de ces femmes dépasse le cadre politique : elle est une réponse directe à des violations flagrantes des droits fondamentaux :
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Article 18 du PIDCP : liberté de pensée, de conscience et de religion.
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Article 19 du PIDCP : liberté d’expression et accès à l’information.
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Article 7 du PIDCP : interdiction de la torture et des traitements inhumains.
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Règles Nelson Mandela : protection spéciale des prisonniers malades et âgés.
La détention de femmes telles que Raheleh Rahemi Pour et Maryam Akbari Monfared illustre la violation simultanée de tous ces principes.
Conclusion et appel à l’action
Les prisonnières politiques de Qarchak, malgré la maladie, l’âge, la disparition, la torture et les persécutions familiales, n’ont pas cédé. Par leurs lettres, leurs poèmes, leurs grèves de la faim et leur simple survie entre les murs humides de la prison de Qarchak, elles donnent tout son sens au mot résistance.
Nous appelons les Nations unies, l’Union européenne et toutes les organisations de défense des droits humains à :
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Examiner les cas des femmes détenues à la prison de Qarchak comme exemples de la répression systématique en Iran.
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Exiger la libération immédiate des prisonnières âgées et malades.
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Accroître la pression politique et juridique pour la fermeture de cette prison et la mise en cause des responsables.
Aujourd’hui, la prison de Qarchak n’est pas seulement une prison au cœur du désert de Varamin : c’est un miroir reflétant la douleur, la quête de justice et la résistance de femmes dont la voix pour la liberté ne peut être réduite au silence.



