Les fausses œuvres caritatives en Iran : corruption, blanchiment d’argent et pauvreté fabriquée

(À l’occasion de la Journée internationale de la charité – 5 septembre)
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CSDHI – Le 5 septembre, date anniversaire de la disparition de Mère Teresa, a été désigné par les Nations Unies comme la Journée internationale de la charité. Cette journée incarne l’esprit de solidarité et la lutte mondiale contre la pauvreté, rappelant la dignité humaine et le rôle essentiel de l’aide volontaire dans l’amélioration de la vie des plus vulnérables.

En Iran, sous le régime des mollahs, cette Journée internationale de la charité prend une signification inverse. Des institutions opérant sous l’étiquette d’« œuvres caritatives » – telles que la Fondation des déshérités (Bonyad Mostazafan), Astan Qods Razavi et le Comité de secours de Khomeini – sont devenues des foyers de corruption, de blanchiment d’argent et de reproduction de la pauvreté. Les familles pauvres et les enfants contraints au travail, censés en être les premiers bénéficiaires, se retrouvent piégés dans un cercle vicieux de dépendance et de privation.

La Fondation des déshérités : un géant économique sous masque caritatif

Créée après la révolution de 1979 pour soutenir les plus démunis, la Fondation des déshérités a rapidement été transformée par son premier président, Mohsen Rafighdoost, un commandant des Gardiens de la révolution, en bras économique du pouvoir. Aujourd’hui, elle constitue le deuxième conglomérat du pays après la Compagnie nationale du pétrole, contrôlant plus de 160 entreprises dans les secteurs du pétrole et du gaz, des mines, de la construction, de la banque, de l’assurance et du tourisme.

Placée directement sous l’autorité d’Ali Khamenei et échappant à tout contrôle indépendant, la fondation est devenue un centre majeur de corruption et de clientélisme.

Même certains responsables du régime ont reconnu ces dérives :

  • Parviz Fattah, ancien président : « Dans la Fondation Noor, l’une des filiales de la Fondation des déshérités, environ 123 milliards de tomans ont été détournés. »

  • Ali Khezrian, député (2024) : « Des hôtels de la Fondation, d’une valeur proche de 95 000 milliards de tomans, ont été transférés à bas prix à des individus privilégiés. »

Une institution censée porter assistance aux pauvres s’est muée en machine de spoliation systématique, caritative dans son nom mais outil d’accumulation de richesses pour l’élite dirigeante.

Astan Qods : l’empire financier du régime

Astan Qods Razavi, gestionnaire du sanctuaire de l’imam Reza à Mashhad, est une autre puissante institution politico-religieuse, elle aussi sous l’autorité directe de Khamenei et exemptée d’impôts. Sa fortune est estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Destinés aux pèlerins et aux démunis, ses revenus alimentent en réalité un empire économique :

  • Mehdi Azizian, ancien adjoint d’Astan Qods, a fui le pays après la révélation de détournements massifs.

  • Des médias intérieurs ont rapporté que d’immenses terres urbaines et rurales de Mashhad ont été enregistrées au nom d’Astan ou transférées à ses filiales, sans aucune transparence.

À l’instar de la Fondation des déshérités, Astan Qods instrumentalise la notion de charité pour légitimer le pillage des richesses nationales, tandis que les pauvres n’en reçoivent que des miettes.

Le Comité de secours de Khomeini : distribuer la pauvreté plutôt que l’éradiquer

Créé pour soutenir les familles nécessiteuses, le Comité de secours de Khomeini s’est imposé comme l’une des plus grandes institutions para-caritatives du régime, bénéficiant de milliards du budget public et de revenus considérables issus des dons.

Mais à la veille de la Journée internationale de la charité et en pratique, cette structure n’est qu’un autre foyer de corruption et de dépendance :

  • Plusieurs affaires de détournements ont éclaté, dont l’une atteignant 12 milliards de tomans.

  • Des rapports économiques font état d’un recul de la transparence et d’une utilisation opaque des recettes.

  • Les statistiques officielles montrent que le nombre de bénéficiaires a augmenté de plus de 60 % entre 2016 et 2023, preuve que la pauvreté ne diminue pas mais s’aggrave.

Au lieu de soulager la misère, le comité l’instrumentalise pour contrôler les plus vulnérables, dépendant de la perpétuation de la pauvreté pour survivre.

Les conséquences humaines

Ces trois institutions ne sont que les exemples les plus visibles d’un réseau beaucoup plus vaste : l’Exécution de l’ordre de l’imam Khomeini (EIKO), la Fondation des martyrs et des centaines d’autres structures pseudo-caritatives fonctionnent selon la même logique.

Le résultat direct en est l’aggravation de la pauvreté structurelle en Iran :

  • Enfants travailleurs : bien plus nombreux que ne l’indiquent les chiffres officiels, ils survivent dans la rue ou dans des ateliers dangereux, privés d’éducation et de soins. Les « aides » symboliques offertes par les organismes liés au régime ne font que renforcer leur dépendance.

  • Femmes cheffes de famille : plus de six millions en Iran, souvent contraintes à des emplois précaires et mal payés, parfois poussées à envoyer leurs enfants travailler, perpétuant la misère de génération en génération.

  • Addictions et exploitation : la pauvreté structurelle alimente la toxicomanie, la prostitution forcée et l’exploitation des enfants par les réseaux criminels.

Plutôt que d’apporter un véritable soutien, ces institutions entretiennent le cycle de la pauvreté par des aides dérisoires et instrumentalisées.

La charité en Iran au regard du droit international

Dans le monde, la charité est synonyme de solidarité et de soutien sincère aux démunis. En Iran, elle est dévoyée en couverture du blanchiment, de l’enrichissement illicite et du contrôle social.

Ce détournement constitue une violation flagrante des engagements internationaux du pays :

  • En perpétuant pauvreté, travail des enfants et exclusion des femmes, le régime viole les articles 9 et 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC).

  • En réprimant les ONG indépendantes comme la Société de l’imam Ali ou Khaneh Khorshid, il enfreint l’article 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) sur la liberté d’association.

  • En exploitant les œuvres de charité à des fins de blanchiment et de détournement, il viole les standards du Groupe d’action financière (GAFI).

Ces violations ne sont pas abstraites : elles détruisent la vie de millions de familles, d’enfants et de femmes piégés dans un quotidien de misère et d’exclusion.

Conclusion et appel à l’action

La Journée internationale de la charité devrait symboliser solidarité et justice sociale. En Iran, elle révèle au contraire l’ampleur d’un système où la charité est devenue un instrument de corruption et de prédation.

Nous appelons le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, les institutions internationales et les organisations de la société civile à :

  • Ouvrir des enquêtes indépendantes sur la corruption et le blanchiment opérés via les pseudo-œuvres caritatives en Iran,

  • Exiger du régime la transparence financière et la fin des exemptions injustifiées,

  • Soutenir les ONG indépendantes et les défenseurs des droits humains afin que la voix des plus pauvres d’Iran ne soit pas réduite au silence.