Prison de Qarchak – L’Abattoir de la dignité humaine et de la justice oubliée – Partie 7

Les voix des prisonnières de Qarchak contre les exécutions à Qezel Hesar
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CSDHI – La prison de Qarchak, à Varamin, est redevenue le théâtre de la résistance des femmes. Cette fois, en réaction aux exécutions soudaines et secrètes de deux prisonniers politiques, Mehdi Hassani et Behrouz Ehsani, les prisonnières de la prison de Qarchak ont organisé un rassemblement de protestation pour exprimer leur colère et leur opposition à la machine de mort du régime. Cet acte de défi, mené au cœur de l’une des prisons les plus dures et les plus insécurisées d’Iran, reflète la voix de femmes qui refusent de se soumettre aux potences et qui choisissent d’exprimer leur solidarité avec les autres prisonniers politiques à travers chants, slogans et grèves de la faim.

Un événement : la protestation au cœur de la prison de Qarchak

Le samedi 27 juillet 2025 au soir, des prisonnières se sont rassemblées dans le couloir de quarantaine de la section féminine de la prison de Qarchak pour organiser une cérémonie commémorative et de protestation. L’événement rendait hommage à Mehdi Hassani et Behrouz Ehsani, deux prisonniers politiques exécutés à l’aube le même jour à la prison de Qezel Hesar.

La cérémonie a débuté par des chants symboliques, tels que Khoon-e Arghavanha (« Le sang des arbres de Judée »), puis s’est poursuivie par des slogans exprimant ouvertement leur opposition :

  • « Nous tiendrons jusqu’à l’abolition de la peine de mort – jusqu’au bout »

  • « Mort au dictateur »

  • « Le régime des bourreaux doit être renversé »

Ces slogans, déjà entendus dans les rues et les prisons d’Iran, ont de nouveau résonné derrière les murs de la prison de Qarchak. Leur portée est d’autant plus significative que, malgré des conditions de vie inhumaines, une pression sécuritaire extrême et le risque de sanctions, ces femmes ont choisi de faire entendre leur voix publiquement.

Lien avec la répression à Qezel Hesar

La protestation de la prison de Qarchak allait bien au-delà d’un hommage : elle constituait une réponse directe à la répression simultanée menée à Qezel Hesar. Le 26 juillet, à la veille des exécutions, des unités spéciales avaient pris d’assaut la section 4 réservée aux prisonniers politiques. Les détenus avaient été violemment battus, menottés, enchaînés, bâillonnés avec des sacs sur la tête et transférés en isolement.

La même nuit, Saeed Massouri, l’un des plus anciens prisonniers politiques d’Iran, symbole de 25 années de résistance, a été brusquement transféré en exil à la prison de Zahedan. Beaucoup ont interprété ce déplacement comme une mesure punitive visant à briser la solidarité entre prisonniers politiques.

Le calendrier des exécutions, l’assaut violent et l’exil forcé démontraient la volonté du régime d’éteindre toute résistance collective à la racine. Pourtant, la protestation des femmes de la prison de Qarchak a prouvé que même une telle répression simultanée ne pouvait faire taire la voix de la résistance.

« Les mardis sans exécutions » : un cercle commun de résistance

À l’issue de leur protestation, les prisonnières de Qarchak ont une nouvelle fois réaffirmé leur soutien à la campagne « Les mardis sans exécutions ». Lancée ces dernières années par des prisonniers politiques, cette initiative hebdomadaire se manifeste par des grèves de la faim, des déclarations collectives et des actions symboliques chaque mardi.

À la prison de Qarchak, les femmes refusent systématiquement les repas de la prison ce jour-là, rappelant au monde que la peine capitale est illégitime et ne saurait éteindre le mouvement pour la liberté. Cette campagne est progressivement devenue un symbole national de résistance contre la peine de mort, soutenue par des familles, des militants des droits humains et des organisations internationales.

Analyse juridique

La protestation des prisonnières de Qarchak peut être analysée à la lumière de plusieurs principes fondamentaux :

  • Droit à la liberté d’expression (article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques – PIDCP).

  • Droit de réunion pacifique (article 21 du PIDCP), applicable même en détention.

  • Interdiction des punitions collectives et de la discrimination fondée sur le genre, telles que définies par les Règles Mandela de l’ONU.

Conclusion et appel à l’action

La protestation des femmes de Qarchak, en juillet 2025, constitue une déclaration vivante contre le cycle de violence d’État et les exécutions. Elles ont démontré que même au cœur de la répression et de la privation, des voix de résistance survivent à travers slogans, chants et grèves de la faim.

Nous appelons les Nations unies, l’Union européenne et toutes les organisations de défense des droits humains à :

  • Condamner la nouvelle vague d’exécutions en Iran ;

  • Exiger l’arrêt immédiat de la peine de mort ;

  • Porter une attention particulière à la situation des prisonniers politiques de Qarchak et de Qezel Hesar ;

  • Soutenir la campagne « Les mardis contre l’exécution » dans le cadre de l’agenda mondial des droits humains.

Avec des mains vides mais une détermination collective, les femmes de Qarchak ont adressé au monde ce message : « Non à l’exécution » – une voix qui ne doit pas être étouffée derrière les murs des prisons.