L’Iran marque le troisième anniversaire du soulèvement de 2022 alors que les protestations s’intensifient contre la corruption et la mauvaise gestion

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CSDHI – À l’occasion du troisième anniversaire du soulèvement de 2022 – déclenché par le meurtre d’État de Mahsa (Jina) Amini, 22 ans – l’Iran a été secoué par une nouvelle vague de manifestations et de grèves dans de nombreuses villes. Des villes frondeuses du Kurdistan jusqu’à Téhéran, de champs pétrolifères stratégiques jusqu’aux capitales provinciales, des Iraniens de toutes les couches sociales sont descendus dans les rues pour dénoncer la corruption, la répression et l’incompétence du régime.

La réponse du pouvoir – répression violente, déploiements militaires et campagnes d’intimidation – a mis en évidence la peur croissante des autorités face à leur propre population.

Kurdistan : l’épicentre de la défiance

L’anniversaire du soulèvement de 2022 a été précédé par un nouvel épisode sanglant au Kurdistan. Le 15 septembre, des forces en civil ont ouvert le feu sur des villageois de Pir Omran (Saqqez) qui protestaient contre la destruction environnementale causée par une mine d’or locale. Mohammad Amin Rashidi, 22 ans, a été tué et deux autres personnes blessées. Les autorités ont confisqué le corps de la victime et empêché les blessés d’accéder à l’hôpital.

Après ce meurtre, le gouverneur de Saqqez et le commandant local des Gardiens de la Révolution (pasdarans) ont personnellement fait pression sur la famille de la victime, imposant un enterrement nocturne et secret. En interdisant un deuil public, le régime a tenté d’empêcher que Rashidi ne devienne un symbole de résistance.

Le 16 septembre, les commerçants de Saqqez – ville natale de Jina Amini – et de Divandarreh ont lancé une grève générale, fermant les marchés dans un acte de défi civique. Le régime a réagi en militarisant Saqqez, bloquant les routes, déployant les troupes des pasdarans autour du cimetière d’Aychi (où repose Amini) et faisant même patrouiller des hélicoptères pour empêcher les habitants de se recueillir sur sa tombe.

Téhéran et Karaj : la défiance gagne la capitale

Dans la soirée, la contestation s’est propagée à Téhéran. Dans le quartier de Sadeghieh (Ariashahr), les manifestants ont scandé le slogan central du soulèvement – « Mort au dictateur ! » – tout en provoquant des embouteillages pour ralentir les forces de sécurité. Lorsque les agents en civil ont tenté de les disperser, la foule a répondu par le cri : « Bisharaf ! Bisharaf ! » (« Sans honneur ! »).

D’autres quartiers se sont joints au mouvement : à Tehranpars, les slogans « Mort à Khamenei, maudit soit Khomeini » ont retenti ; dans le quartier de Jordan, les habitants ont fait entendre leur voix depuis les toits.

À Karaj, une scène symbolique a marqué les esprits : à Gohardasht, une femme seule est montée sur une poubelle publique et a crié : « Vous avez transformé l’Iran en prison ! » — un message qui a trouvé un écho bien au-delà de la ville.

Résonance nationale : les droits et les moyens de subsistance au cœur des revendications

En parallèle aux manifestations politiques, les tensions économiques s’intensifient. Les ouvriers du complexe pétrolier et gazier d’Aghajari ont organisé des rassemblements pour exiger la suppression des plafonds de salaires, une réforme des retraites et l’application de l’article 10 de la loi sur l’emploi public. Des mouvements similaires ont éclaté dans le Pars Special Gas Complex et sur plusieurs plateformes pétrolières offshore.

Les enseignants, retraités et médecins ont également rejoint le mouvement. À Kermanshah, les enseignants retraités ont organisé leur septième rassemblement en mémoire du soulèvement de 2022, en clamant : « Notre douleur est la vôtre, peuple, rejoignez-nous ! » L’un d’eux a résumé la détresse générale :
« Nous sommes devenus un amas de malheurs : pauvreté, corruption, prostitution, chômage, fuite des cerveaux, affaissement des terres… Je ne sais plus ce qu’il reste. »

Dans la province de Fars, les médecins généralistes ont protesté contre quatre mois de salaires impayés, alertant sur un effondrement imminent du système de santé. Ces manifestations ont fait suite aux mobilisations du 15 septembre : retraités des télécommunications dans cinq villes, internes en médecine à Téhéran et enseignants du Mouvement pour l’alphabétisation ont réclamé une sécurité de l’emploi.

Convergence entre colère politique et désespoir économique

Les événements des 15 et 16 septembre révèlent la fusion de la révolte politique et du désespoir social. Du meurtre de Rashidi à Saqqez aux médecins impayés de Fars, des slogans dans les rues de Téhéran aux actes symboliques de Karaj, un message se dessine : le régime a échoué à tous les niveaux.

Incapables de répondre aux revendications, les dirigeants de Téhéran recourent à la force : déploiement des pasdarans, blocage des cimetières, intimidation des familles en deuil. Cette répression brutale est largement perçue comme l’aveu de leur perte de légitimité.

La lutte pour un Iran libre, démocratique et prospère se poursuit, nourrie par la mémoire des martyrs et par le combat quotidien pour survivre. Malgré la poigne de fer du régime, ces protestations témoignent de plus en plus de la fragilité de ses fondations.