Esclavage organisé et travail forcé dans les prisons iraniennes

Les femmes prisonnières en Iran : victimes du travail forcé et de l’exploitation économique systématique
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CSDHI – Une loi du régime qui institutionnalise le travail forcé des prisonniers

Les fondements de cette exploitation reposent sur la législation du régime lui-même. Une loi adoptée par les autorités impose aux prisonniers le travail forcé. L’article 182 du règlement d’application de l’Organisation pénitentiaire stipule explicitement :

« Le refus de se présenter sur le lieu de travail ou le départ non autorisé sera considéré comme une absence et assimilé à une évasion de prison. »

En pratique, refuser le travail forcé est donc traité comme un crime. Ces dispositions violent directement les conventions n°29 et 105 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui interdisent toute forme de travail forcé, et contredisent les principes fondamentaux des droits humains et de la dignité humaine.

La Fondation coopérative des prisonniers – le moteur de l’exploitation

Le travail forcé carcéral en Iran est administré par la Fondation coopérative des prisonniers, un organisme placé sous la tutelle du pouvoir judiciaire. Officiellement destinée à la “formation professionnelle”, cette fondation fonctionne en réalité comme une vaste entreprise commerciale.

Elle gère plus de 700 unités de production et contrôle 15 000 hectares de terres agricoles à travers le pays, dont une partie des produits est exportée. Ses dirigeants ont publiquement affirmé que leur objectif était d’obtenir un “profit raisonnable”, et non la réinsertion des détenus.

Les femmes prisonnières sont prioritairement employées, non pour être aidées, mais parce qu’elles constituent une main-d’œuvre docile et à très bas coût. Elles travaillent dans les ateliers de tissage de tapis, couture, emballage, nettoyage ou transformation alimentaire, souvent 9 à 10 heures par jour, parfois jusqu’à 22 heures.

Leur salaire mensuel moyen atteint 3 millions de tomans (environ 50 dollars), alors que le salaire minimum pour les travailleurs libres dépasse 5,5 millions de tomans, hors aides au logement et à la nourriture. Ces travailleuses ne bénéficient d’aucune couverture de sécurité sociale, uniquement d’une “assurance responsabilité civile” présentée par la Fondation comme un “avantage pour les employeurs”.

Cela démontre clairement que le but du travail forcé carcéral n’est pas la réhabilitation, mais la recherche de profit au bénéfice d’entreprises liées à l’État.

Témoignages de femmes à la prison de Qarchak

Une détenue de Qarchak a écrit dans une lettre :

“On nous réveille à cinq heures du matin et on nous envoie à une usine située dans une zone industrielle avant sept heures.
Nous restons debout jusqu’à 16h30, alors que nous devrions rentrer à 15h.
Nous avons porté plainte auprès du juge de la prison, mais personne ne nous écoute.
Pourquoi devons-nous travailler plus de huit heures par jour ?
Nous chargeons des camions, portons des caisses — c’est pire que de travailler dans une mine.”

Ce témoignage illustre la réalité quotidienne des femmes contraintes de travailler dans des conditions insalubres, surpeuplées et mal ventilées. Pour elles, le travail n’est pas un moyen de réinsertion, mais une forme de châtiment.

Les prisons de Sheiban et Vakilabad – exemples flagrants de travail forcé

Dans la prison de Sheiban (Ahwaz), les femmes — dont de nombreuses prisonnières politiques — sont forcées de travailler sous une chaleur étouffante dépassant 50°C, sans climatisation ni accès suffisant à l’eau. Elles doivent nettoyer les couloirs, laver le linge et préparer les repas des autres détenus. Celles qui refusent sont menacées de mise à l’isolement ou de privation d’appels téléphoniques. Beaucoup souffrent de maladies cutanées et respiratoires non traitées.

À la prison de Vakilabad (Machhad), les ateliers de tapisserie, couture, cordonnerie et entretien reposent entièrement sur la main-d’œuvre féminine. Les journées commencent à 6 heures du matin et se prolongent jusqu’à 22 heures, pour une rémunération dérisoire et aucun avantage social.

Les femmes qui refusent le travail forcé sont punies par la suspension des visites familiales ou l’isolement disciplinaire.

Des informations internes indiquent qu’une partie des bénéfices de ce travail forcé est versée sur les comptes personnels de responsables pénitentiaires, y compris l’ancien directeur — révélant un système d’exploitation et de corruption institutionnalisé.

Les mères détenues – un double fardeau et une torture silencieuse

Pour les mères incarcérées, la souffrance est doublée. Dans les prisons de Qarchak et Sepidar, des enfants en bas âge vivent avec leurs mères dans des cellules insalubres, sans lumière du jour ni nourriture suffisante.

Après des heures de travail forcé, ces femmes doivent encore s’occuper de leurs enfants, souvent en dormant sur les mêmes sols en béton où elles ont travaillé.

Certains enfants grandissent dans les ateliers, entourés du bruit des machines à coudre. Les mères doivent choisir entre travailler sous la contrainte ou être privées de visite et de libération conditionnelle — un traitement assimilable à une torture psychologique, en violation de l’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Accidents et blessures – le coût humain du travail forcé

L’absence de sécurité dans les ateliers a provoqué de nombreux drames. En octobre 2022, un incendie dans l’atelier de couture de la prison d’Evine a causé la mort de quatre détenues et fait 61 blessées.

Selon le Centre médiatique du pouvoir judiciaire, toutes les victimes étaient employées dans cet atelier.
L’incendie s’est propagé en raison du manque de ventilation et de l’entreposage de tissus inflammables.

Les données de la Fondation Deyeh (Fonds de compensation des victimes) indiquent que 27 employeurs-détenus ont été condamnés ces dernières années pour des accidents de travail mortels ou graves à l’intérieur des prisons.
En 2023, au moins 15 décès de prisonniers ont été signalés avec des “causes non précisées”, probablement liés à des incidents de travail.

Maladies chroniques – les séquelles invisibles du travail carcéral

Les femmes soumises au travail forcé dans les ateliers — notamment de tissage et de couture — passent des heures dans des postures douloureuses et répétitives, provoquant des douleurs chroniques au dos, au cou et aux bras.

L’absence de ventilation et l’exposition aux teintures chimiques entraînent des affections respiratoires et dermatologiques graves.

Aucun suivi médical régulier n’est assuré, et la plupart des plaintes sont ignorées. Beaucoup de femmes sortent de prison handicapées à vie, sans accès à aucun soin de réhabilitation.

Analyse juridique et internationale

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), tout travail exécuté sans consentement libre et sous menace de sanction constitue du travail forcé. La situation des femmes prisonnières en Iran remplit ces trois critères :

  1. Absence de consentement réel – le refus est assimilé à une “évasion”.

  2. Exploitation économique par l’État – le travail vise le profit, non la réinsertion.

  3. Absence de rémunération équitable et de protection sociale.

Ce système viole les conventions n°29 et 105 de l’OIT, les Règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus (Règles Nelson Mandela), ainsi que les articles 7 et 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. La ciblage spécifique des femmes et des mères constitue en outre une discrimination fondée sur le genre et un abus psychologique prohibé par le droit international.

Appel à l’action et responsabilité internationale

Le travail forcé des femmes prisonnières en Iran représente une forme d’esclavage moderne dissimulée derrière des prétextes légaux. Ces femmes et mères sont exploitées dans des conditions dangereuses, privées de salaire équitable et de leurs droits humains fondamentaux.

L’Organisation internationale du travail (OIT) et le Conseil des droits de l’homme de l’ONU doivent lancer une mission d’enquête indépendante dans les prisons de Qarchak, Sepidar, Sheiban et Vakilabad, et publier un rapport transparent sur ces pratiques.

De plus, la Fondation coopérative des prisonniers, sous la tutelle du pouvoir judiciaire iranien, ainsi que ses entreprises partenaires, doivent être enquêtées et sanctionnées pour exploitation économique de prisonniers.
La communauté internationale doit exiger l’abolition de l’article 182 du règlement pénitentiaire et de toutes les lois criminalisant le refus de travailler.

L’indifférence face à la souffrance de ces femmes équivaut à une complicité avec un système qui transforme les êtres humains en instruments de profit.
Les défendre, c’est défendre l’humanité elle-même.