CSDHI – Les médias officiels du régime des mollahs décrivent un système universitaire piégé entre la baisse de la qualité académique, la pression économique et l’étouffement de la liberté d’expression.
À l’occasion de la Journée des Étudiants, les quotidiens proches du pouvoir ont offert un rare et révélateur aperçu de la profondeur de la crise qui frappe les universités iraniennes. Ils dressent le portrait d’une génération écrasée par la répression politique, la détresse économique et l’effondrement de l’environnement académique. Ce qui ressort de ces rapports est celui d’un système d’enseignement supérieur vidé de sa substance, où l’activisme s’est éteint, où les perspectives se sont rétrécies et où l’avenir — du moins en Iran — apparaît de plus en plus hors de portée.
Selon Ham-Mihan, la pression s’est intensifiée ces derniers jours pour que le gouvernement renforce l’application du hijab obligatoire. Cette exigence devrait se manifester lors des échanges étudiants prévus pendant l’apparition du président à l’Université Shahid Beheshti. Le journal souligne que même les soutiens du gouvernement actuel sont gagnés par le désenchantement et s’attendent à des critiques émanant de tout le spectre étudiant. Mais il insiste sur le fait que le véritable enjeu dépasse largement la cérémonie : il réside dans la transformation profonde du climat universitaire. Des années de pressions politiques, combinées aux bouleversements nationaux, ont radicalement modifié la nature des campus. Là où se formaient autrefois la critique et l’engagement civique, ne subsistent désormais que des expressions conformes aux politiques de l’État.
L’article reconnaît qu’après le soulèvement de 2022, une mutation profonde s’est opérée chez les jeunes. Un étudiant interrogé décrit une génération moins sensible aux enjeux politiques, davantage concentrée sur la survie quotidienne. Les étudiants, dit-il, « ne montrent plus la même sensibilité aux questions politiques » et privilégient leurs préoccupations immédiates. Un autre militant étudiant de l’Université Sharif affirme que l’espace pour l’engagement étudiant s’est tellement réduit que même les associations du campus ne veulent plus recruter. Selon lui, l’intérêt des étudiants s’est reporté vers « les candidatures à l’étranger et la migration ».
Jahan-e Sanat renforce ce tableau sombre en évoquant la « mort progressive du rôle étudiant ». Le quotidien estime que les campus ont perdu leur fonction de lieux de formation identitaire, de responsabilité civique et de développement des compétences. Les universités auraient dérivé vers de simples lycées élargis, où l’on assiste aux cours, où l’on passe des examens et où l’on récolte des diplômes — sans espace pour grandir, participer ou influencer sa communauté. Le journal souligne que le durcissement des restrictions a transformé toute activité étudiante en dossier potentiel de sécurité. Pour des étudiants qui ne voient ni perspective professionnelle, ni espace académique pour se développer, la migration devient alors « la seule échappatoire à une mort lente » — une mort définie comme la suppression progressive de leurs besoins, de leurs capacités et de leur identité.
Dans un autre article, Jahan-e Sanat décrit un « triangle de crise » dans lequel les étudiants sont pris au piège : dégradation de l’enseignement, pression économique et rétrécissement de la liberté d’expression. L’expulsion et l’exil forcé de nombreux professeurs ont fait plonger la qualité de l’éducation. Pendant ce temps, l’explosion des frais de scolarité, du logement et la déconnexion entre les filières universitaires et le marché de l’emploi ont plongé les étudiants dans un profond désespoir. Le journal cite des statistiques officielles selon lesquelles les diplômés représentent environ 43 % des chômeurs du pays — soit plus de 795 000 jeunes au chômage. Le poids combiné de ces conditions, associé aux souvenirs de répression politique de 1999 à 2022, alimente un climat de peur qui réduit la volonté d’expression et d’organisation.
Le rapport va plus loin en soulignant que la liberté académique — censée être la pierre angulaire de toute université — a été méthodiquement sapée. La surveillance étroite et l’atmosphère sécuritaire omniprésente rendent tout engagement critique risqué, favorisant l’autocensure. Le journal cite des experts avertissant que des universités peuplées d’individus « sélectionnés » ne peuvent produire un véritable mouvement étudiant. Le résultat cumulé serait la destruction du rôle fondamental de l’université : un lieu d’enquête, de débat et de progrès social.
Alors que les universitaires expérimentés, les chercheurs prometteurs et les meilleurs étudiants quittent le pays, les conséquences « pour l’université comme pour la société sont dévastatrices ». La fuite des talents, la chute du niveau d’enseignement et l’effondrement du débat intellectuel créent un environnement hostile, qui accélère encore l’exode des cerveaux et aggrave la stagnation nationale.
À travers ces médias alignés sur le régime, un récit cohérent se dessine : les universités iraniennes, autrefois force centrale de la vie politique et sociale, se trouvent aujourd’hui étouffées par la répression, la crise économique et la destruction méthodique de la liberté académique. La Journée des Étudiants, jadis symbole de mobilisation, se déroule désormais dans une atmosphère de peur, de désillusion et de quête d’une porte de sortie.



