L’Iran parmi les plus grands geôliers de journalistes au monde : RSF alerte sur un effondrement de la liberté de la presse

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CSDHI – Le rapport annuel de RSF dénonce l’impunité des États, qui alimente un déclin mondial de la liberté de la presse, tandis que l’Iran figure parmi les pays emprisonnant et exilant le plus grand nombre de journalistes.

Le rapport annuel 2025 de Reporters sans frontières (RSF) classe l’Iran parmi les pays qui emprisonnent le plus de journalistes au monde, recensant 21 journalistes derrière les barreaux et un autre porté disparu de force. Ces chiffres placent le régime iranien parmi les pires violations de la liberté de la presse à l’échelle internationale.

Selon RSF, les pays qui comptent le plus grand nombre de journalistes emprisonnés restent la Chine, la Russie et le Myanmar. Viennent ensuite la Biélorussie, le Vietnam, l’Azerbaïdjan, l’Iran, l’Égypte, Israël et l’Arabie saoudite.

En présentant le rapport, mardi 9 décembre, le directeur général de RSF, Christophe Deloire, a dénoncé une hausse des crimes commis contre les journalistes, alimentée par l’impunité des gouvernements. Il a averti que l’incapacité des institutions internationales à protéger les journalistes — notamment dans les conflits armés — témoigne d’un recul mondial du courage politique.

Deloire a ajouté que l’impuissance des instances internationales à garantir la sécurité des reporters en temps de guerre découle de la perte de volonté des gouvernements à mettre en œuvre des politiques publiques protégeant ces derniers.

Un monde plus meurtrier pour les reporters

Le rapport de RSF consacre plusieurs sections aux journalistes travaillant dans des zones de conflit comme la Russie, l’Ukraine, le Soudan et la Syrie, estimant que ces terrains sont devenus de plus en plus létaux.

RSF indique que 43 % des journalistes tués au cours des 12 derniers mois ont perdu la vie à Gaza, où les opérations militaires israéliennes ont eu un impact dévastateur sur les travailleurs des médias locaux. Le rapport souligne également qu’en Ukraine, les forces russes continuent de cibler délibérément les journalistes, étrangers comme ukrainiens, tandis que le Soudan demeure l’un des environnements les plus dangereux pour la profession.

L’Iran parmi les principaux pays poussant les journalistes à l’exil

En plus de son nombre élevé de journalistes emprisonnés, l’Iran figure parmi les dix pays générant le plus de journalistes en exil. L’Afghanistan, la Russie, le Soudan, la Biélorussie, le Myanmar, le Salvador et le Kirghizstan apparaissent aussi dans ce classement, où l’Iran occupe la quatrième place.

Parmi plus de 40 médias ayant reçu une aide de RSF cette année, 19 proviennent de rédactions d’Afghanistan, de Russie, du Soudan, d’Iran, de Biélorussie, du Myanmar, du Salvador et du Kirghizstan — toutes poursuivant leur travail depuis l’étranger.

RSF précise que plus de la moitié des journalistes sollicitant une assistance d’urgence en 2025 ont été contraints de fuir leur pays, représentant des demandeurs issus de 44 nations.

Le rapport conclut que l’année 2025 restera dans les mémoires comme celle où la liberté de la presse s’est visiblement effondrée, avertissant que le monde assiste en temps réel à l’érosion d’un pilier fondamental de la démocratie.

RSF a appelé les gouvernements à imposer des sanctions ciblées contre les responsables et institutions impliqués dans la censure, la surveillance et la détention de journalistes.

Que se passe-t-il à l’intérieur de l’Iran ?

La liberté de la presse en Iran s’est nettement dégradée depuis les manifestations nationales de 2022. Le régime a intensifié sa répression du journalisme indépendant, et les restrictions se sont encore renforcées après la guerre de 12 jours menée par les États-Unis et Israël contre le régime iranien.

Des experts de l’ONU ont exhorté Téhéran à mettre fin aux répressions post-cessez-le-feu, avertissant que les autorités ne doivent pas utiliser le contexte de l’après-conflit comme prétexte pour réduire au silence les voix dissidentes ou accentuer les persécutions.

Au cours de l’année écoulée — marquée par l’explosion du port de Rajaei, la guerre de 12 jours et l’activation du mécanisme de « snapback » contre le régime iranien — de nombreux journalistes ont été interrogés ou menacés pour leur activité en ligne.

Les agences de sécurité — en particulier le ministère du Renseignement et l’Organisation du renseignement des Gardiens de la révolution — ont convoqué, interrogé ou arrêté à plusieurs reprises des reporters simplement pour des publications sur les réseaux sociaux.

Comme le souligne RSF, l’Iran aborde 2025 comme l’un des environnements les plus dangereux au monde pour les journalistes, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières, sans le moindre signe d’un assouplissement de la répression.