Pourquoi les futures révoltes en Iran ne sont plus une possibilité — mais un dénouement inévitable

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CSDHI – Les pressions structurelles qui traversent l’ordre politique, économique et social de l’Iran ont atteint un point où l’action collective n’est plus un choix, mais un mécanisme de survie.

La prochaine vague de soulèvements en Iran n’a rien d’hypothétique. Elle est le produit prévisible de forces accumulées depuis des années à tous les échelons de la société, et qui ont désormais atteint un seuil d’irréversibilité.

L’histoire montre qu’un pays entrant dans une phase pré-révolutionnaire voit émerger simultanément plusieurs dynamiques. Dans l’Iran contemporain, ces forces ne sont pas seulement présentes : elles se sont intensifiées à un niveau sans précédent, propulsant le pays vers l’action collective et la mobilisation de masse.

L’effondrement économique a progressivement miné les fondements du quotidien, réduisant l’horizon d’avenir de millions de personnes. Une inflation persistante, la chute libre de la monnaie nationale, l’absence de perspectives professionnelles viables et l’élargissement des fractures sociales ont engendré une forme de mécontentement qui dépasse largement les crises économiques ordinaires.

Lorsqu’une société constate que le travail quotidien n’offre plus aucune amélioration tangible, elle en vient à conclure que seule l’action collective peut changer son destin. La pauvreté, dans l’Iran actuel, n’est plus un simple fléau économique : elle est devenue un acte d’accusation politique contre un régime dont la légitimité vacille déjà.

L’État se persuade que les exécutions, les arrestations massives et le durcissement de la répression empêcheront les troubles. Les dernières années ont pourtant démontré l’inverse. L’intensification de la violence étatique a réduit la peur au lieu de la renforcer, alimentant un sentiment partagé de défi et d’indignation morale.

Les récentes vagues d’exécutions n’ont pas pacifié la société. Elles ont nourri un ressentiment plus profond, amplifié les actes de résistance et renforcé l’idée que le silence est désormais plus coûteux que la protestation. Une société parvenue à un tel seuil ne peut plus être contenue par la force.

Des responsables de haut rang ont reconnu l’aggravation de la crise sécuritaire et la paralysie décisionnelle du régime. De telles admissions portent un sens profond pour la population : l’État signale son incapacité à gouverner efficacement.

Une fois cette compréhension ancrée dans la société, le changement n’est plus perçu comme une option, mais comme une nécessité. Après des années de constat selon lequel le système n’est ni réformable ni redevable, la population s’oriente naturellement vers des vagues périodiques de révolte.

L’affaiblissement de l’appareil régional de l’Iran a encore fragilisé la stabilité interne du régime. L’effritement progressif de sa stratégie — fondée sur des réseaux de proxys, un levier géopolitique et la gestion de crises extérieures — a réduit l’influence du Guide suprême et exposé de nouvelles vulnérabilités au sein du pouvoir.

À mesure que les outils externes du régime s’essoufflent, les pressions intérieures s’intensifient, creusant les fractures entre les élites et accélérant une trajectoire globale de déclin.

Une nouvelle génération a émergé, qui ne croit ni à la réforme ni à un avenir dans les structures actuelles. Les protestations localisées, les actes de défi menés par les jeunes et l’activité croissante des réseaux de résistance montrent une société qui n’abandonne pas, mais qui se transforme.

Cette génération demeure imperméable aux concessions superficielles de l’État et poursuit sa route avec une détermination croissante.

Aucun système politique ne s’effondre en un instant. Il se délite sous le poids accumulé de crises qui finissent par atteindre un point de rupture. L’Iran d’aujourd’hui se trouve précisément à ce carrefour, où les échecs économiques, politiques, sociaux et régionaux convergent.

L’espace pour une réparation interne a disparu, laissant au système aucune voie durable vers l’avenir.

Les futures révoltes en Iran ne relèvent donc ni de la probabilité ni de la spéculation. Elles constituent une nécessité structurelle engendrée par la trajectoire actuelle de l’État.

Les forces qui façonnent l’avenir du pays — implosion économique, rigidification politique, transformation sociale et déclin régional — mènent à une seule conclusion logique : l’émergence d’une nouvelle vague de soulèvements, plus vaste, plus organisée et plus profondément enracinée que les précédentes.

Dans de telles conditions, le changement n’est pas un choix politique, mais la réaction naturelle d’une société qui lutte pour sa dignité, sa survie et son droit à un avenir.

Les prochaines révoltes répondront à une question fondamentale d’existence collective. Elles sont inévitables et portent en elles le potentiel de redéfinir le destin de l’Iran en profondeur.

Il revient donc à celles et ceux engagés pour la liberté, la justice et une république démocratique de se préparer, de s’organiser et d’accompagner ce moment.

Portée par un mouvement de résistance fort de six décennies de lutte, la voie est claire : transformer ce tournant historique en un Iran libre et démocratique.