L’Iran et la Déclaration universelle des droits de l’homme : une trahison gravée dans le sang

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CSDHI – À l’occasion de l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), l’Iran demeure l’exemple le plus saisissant de ce qui advient lorsqu’un État transforme la dignité humaine en dommage politique collatéral.

Soixante-dix-sept ans après l’adoption de la Déclaration, l’écart entre son esprit fondateur et la réalité iranienne n’a jamais été aussi abyssal.

La DUDH est née des décombres d’une catastrophe mondiale, façonnée par les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale et nourrie par les révolutions intellectuelles des Lumières et de la Révolution française. Son objectif était clair : définir un socle minimal de dignité humaine et circonscrire le pouvoir politique par des principes universels.

Le concept même de « droits de l’homme » fit son entrée dans le langage constitutionnel moderne grâce à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, un texte qui a façonné l’architecture juridique et morale de nombreuses nations.

Mais en Iran, pays gouverné par une autocratie théocratique, cet héritage a été méthodiquement démantelé. Le modèle de gouvernance du régime – fondé sur la suprématie idéologique plutôt que sur la citoyenneté – a engendré une situation où presque chaque article de la Déclaration gît en ruines.

Un simple examen des trois premiers articles suffit à mesurer l’ampleur du naufrage.

L’article premier affirme que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Or, selon les chiffres publiés par les propres médias du régime, plus d’un million de personnes dans les provinces du Sistan-et-Baloutchistan, du Khorasan, du Golestan, du Kerman et de l’Azerbaïdjan occidental n’ont toujours aucun document d’identité.

Dans un pays où ces documents déterminent l’accès aux services essentiels, aux protections juridiques et à la vie civile, la notion d’égalité et de liberté à la naissance relève de la fiction.

L’article 2 proscrit toute discrimination. En Iran, la discrimination n’est pas un accident : c’est une politique d’État.

La persécution des minorités ethniques et religieuses – notamment les Baloutches, les Sunnites, les chrétiens et tout particulièrement les Bahá’ís – est institutionnalisée. On emprisonne, torture ou exécute des individus pour leurs croyances, leur conversion ou leur dissidence.

Le système judiciaire applique une justice à deux vitesses : l’exécution de Mohsen Shekari, menée de l’arrestation à la pendaison en seulement dix-huit jours, contraste violemment avec l’impunité dont bénéficient les grands corrompus du régime, souvent épargnés pendant des années.

Même les médias proches du pouvoir ont qualifié ces exécutions expéditives de « nœud coulant autour du cou de la justice » et de « marathon pour s’emparer d’une vie humaine ».

L’article 3 garantit le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité – des droits que les services de sécurité iraniens foulent ouvertement aux pieds.

Plutôt que de respecter ces principes, le régime a créé un prétendu « Quartier général des droits de l’homme » au sein du pouvoir judiciaire, une structure bureaucratique destinée non pas à protéger les droits fondamentaux, mais à justifier la torture, légitimer les exécutions et détourner les critiques internationales.

Le paradoxe est grotesque : une institution qui orchestre la violence se proclame gardienne des droits humains.

Depuis des décennies, le Guide suprême Ali Khamenei et ses fidèles rejettent les droits de l’homme comme un « outil impérialiste », une rhétorique destinée à légitimer la brutalité d’État et à étouffer toute tentative citoyenne de reconquête des libertés fondamentales.

Nulle part ce mépris n’est plus tangible que dans l’usage implacable de la peine de mort. Novembre 2025 est devenu le mois le plus sanglant depuis 37 ans, avec au moins 335 exécutions, dont sept femmes — un chiffre plus que doublé par rapport à 2024 et onze fois supérieur à celui de 2021.

Au début du mois de décembre, la cadence s’est encore accélérée : toutes les quatre-vingt-dix minutes, une nouvelle vie était fauchée.

Ces chiffres ne sont pas des excès isolés. Ils reflètent un système dont la survie repose sur la peur, la contrainte et l’appareil de mort.

Cette escalade de violence n’indique pas la force du régime, mais son effondrement politique et idéologique.

Ces atrocités relèvent clairement des crimes contre l’humanité et appellent un rejet international ferme de l’appareil d’exécution et de terreur qui tient lieu de gouvernance en Iran.

La Journée des droits de l’homme invite à la réflexion, mais la réflexion ne suffit plus. La question essentielle est désormais la suivante :

La communauté internationale est-elle prête à défendre des valeurs universelles au-delà des calculs politiques immédiats ?

L’ONU et les institutions mondiales continueront-elles à produire des déclarations symboliques, ou s’engageront-elles enfin sur la voie de la responsabilité pénale pour Khamenei et les architectes de la violence d’État ?

Si les droits de l’homme doivent conserver un sens, l’Iran ne peut rester hors de leur portée.

Le peuple iranien a inscrit le prix de la dignité avec son propre sang.

Il revient désormais au monde de veiller à ce que ce cri de justice ne demeure pas sans réponse.