Selon des informations recueillies auprès de sources de terrain et des rapports locaux, lors des manifestations nationales, au moins 3 200 citoyens manifestants dans 80 villes iraniennes ont été arrêtés par les forces de sécurité et de police. Ce chiffre ne couvre que les cas dont l’identité et l’arrestation ont été confirmées par des sources indépendantes et, selon les observateurs des droits humains, ne reflète pas l’ampleur réelle de la répression.
Les sources informées insistent sur le fait que le nombre réel des personnes arrêtées lors des manifestations nationales est largement supérieur à ce chiffre. Cependant, l’atmosphère de sécurité extrême, les menaces contre les familles, la pression sur les témoins oculaires et les coupures ou perturbations massives d’Internet ont rendu l’enregistrement et la documentation des arrestations très difficiles. Dans de nombreuses villes, les familles, par crainte des conséquences sécuritaires, s’abstiennent de rendre publiques les arrestations de leurs proches.
Transfert des détenus vers des lieux inconnus
Les rapports indiquent que les arrestations se sont souvent déroulées de manière arbitraire, sans ordonnance judiciaire et accompagnées de violence, et qu’un certain nombre de personnes arrêtées ont été transférées vers des lieux inconnus. Par ailleurs, des inquiétudes croissantes concernent l’état physique et juridique des détenus, ainsi que leur privation d’accès à un avocat et de contact avec leur famille.
Les défenseurs des droits humains alertent que si la répression et le secret se poursuivent, les chiffres réels des personnes arrêtées lors des manifestations pourraient ne jamais être complètement connus.
Répartition géographique des arrestations recensées
Le plus grand nombre d’arrestations confirmées par ville s’établit comme suit :
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Téhéran : 228
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Bojnourd : 223
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Zahedan : 212
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Harsin : 207
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Qom : 201
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Yasouj : 199
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Izeh : 120
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Lorestan : 100
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Mashhad : 81
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Amlash : 77
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Ilam : 74
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Yazd : 69
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Varamin : 65
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Malard : 63
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Kermanshah : 61
D’autres villes touchées incluent Shahsavar (45), Khorramabad (43), Kuhdasht (42), Azna (37), Sonqor (34), Qazvin (29), Alborz (28), Lapui (25), Abdanan (21), Farsan (20), Behbahan (18), Darreh Shahr (18), Gachsaran (17), Kavar (16), Borujerd (16), Kazerun (15), Sabzevar (15), Fooladshahr (12), Ispahan (11), et bien d’autres localités à travers le pays. Un grand nombre d’arrestations (326 cas) restent pour l’heure sans localisation précise confirmée.
Noms de certains détenus identifiés
Voici les noms de quelques-unes des personnes dont l’arrestation a été confirmée :
Ehsan Ahmadi, Hossein Karami, Mohammad Moradi, Ahmad Khosravi, Ahmadi Zeini, Behnam Fatehi, Rahmat Rashidi, Behrouz Shikhi, Ashkan Sabzi, Arman Karami, Aref Mirzaei, Amirhossein Khan Mohammadi, Mostafa Saffar, Iqbal Piri, Mobin Mohammadzadeh, Arsalan Salehi, Milad Ahani, Aso Keykhosravi, Pouria Kishmas, Mehrali Biglou (Ayat Yuresh), Saeed Abolhasani, Alishah Shirmohammadkouh, Maral Shirani, Fatemeh Shirani, Mohammad Taha, Peyman Hasanvand, Amin Shokripour, Shahrouz Shokripour, Esmail Zohrabi, Mohammad Rostami.
Arrestations massives à Zahedan
À Zahedan, lors d’un raid violent des forces de sécurité contre les manifestants, plus de 150 citoyens, dont des femmes et des enfants, ont été arrêtés. Les rapports locaux font état de comportements brutaux, de coups et blessures et d’arrestations collectives dans différents quartiers de la ville. Certaines sources mentionnent également le transfert immédiat des détenus vers des centres de détention sécuritaires, sans que leurs familles ne soient informées de leur sort. Cette opération a été menée avec l’utilisation de véhicules militaires, d’équipements anti-émeutes et de gaz lacrymogène.
Vague croissante d’arrestations dans les provinces
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Kerman : Le président du tribunal général de la province a annoncé l’arrestation d’un nombre indéterminé de citoyens protestataires.
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Mazandaran : La direction générale du renseignement a publié un communiqué annonçant l’arrestation de plusieurs manifestants dans différentes villes, leur attribuant des accusations d’« actions armées » sans fournir de preuves, alors que les familles affirment que leurs proches manifestaient pacifiquement.
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Golestan : Le président du tribunal général a confirmé l’arrestation de plusieurs manifestants et leur transfert rapide en prison. Les rapports indiquent que les détenus n’ont pas accès à un avocat lors des premières phases d’interrogatoire.
Extension de la répression au centre et à l’ouest
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Karaj (Mahdasht) : L’agence de presse Tasnim a rapporté l’arrestation de plusieurs personnes lors des manifestations du 9 janvier, accusant les détenus d’avoir tiré sur les forces de l’ordre, une rhétorique habituelle pour justifier la répression.
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Kermanshah : Le procureur général a annoncé l’émission d’ordres judiciaires pour identifier et arrêter les manifestants.
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Bojnourd : Des médias proches des institutions sécuritaires ont rapporté l’arrestation de citoyens accusés de liens avec des groupes d’opposition et de vouloir « créer le chaos ».
Intensification dans le sud et les autres régions
À Abadan, le commandant de la police a annoncé l’arrestation de plus de 20 citoyens. Des sources locales signalent des traitements violents lors des transferts. Des rapports similaires proviennent de Marvdasht, Yasuj et Hamedan, où les manifestants sont accusés d’« émeute ».
Un schéma répétitif de répression
Les rapports de terrain et les données recueillies par les organisations de défense des droits humains montrent que la structure au pouvoir utilise un modèle éprouvé : sécurisation massive de l’espace public, intervention violente des forces de sécurité, suivie d’arrestations massives et extrajudiciaires. Ce schéma, visant à étouffer toute voix dissidente, s’est une nouvelle fois répété lors de ce soulèvement de janvier.



