CSDHI – Alors que la coupure d’Internet en Iran et les manifestations entrent dans une quatrième semaine, des déclarations officielles et des informations provenant de l’intérieur du pays font état de préoccupations persistantes en matière de droits humains.
Vingt-quatre jours après le début des manifestations nationales, les protestations qui coïncident avec la coupure d’Internet en Iran se poursuivent, avec une visibilité très limitée à l’extérieur du pays, selon un analyste des médias. Cet expert affirme que les restrictions continues des communications ont réduit les possibilités de reportage indépendant, laissant les médias affiliés à l’État parmi les principales sources d’information accessibles à l’intérieur de l’Iran.
Cette reconnaissance est venue de Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien. Dans des propos qui ont suscité une large attention, Ghalibaf a décrit la situation comme une « guerre urbaine très violente », reconnaissant des affrontements armés dans plusieurs villes. Il a déclaré que « plusieurs milliers de personnes » avaient été tuées, parmi lesquelles des civils, des membres de la milice Bassidj et des forces de sécurité. Ce langage marque une rupture nette avec les déclarations officielles antérieures, qui présentaient les manifestations comme des troubles limités rapidement maîtrisés.
Des experts estiment que le choix des mots est révélateur. En qualifiant les événements de « guerre urbaine », la déclaration reconnaît implicitement l’existence d’un conflit interne prolongé plutôt que de simples manifestations isolées. Intervenant dans un contexte de blackout prolongé des communications, ces propos soulèvent des questions quant aux informations qui ont été dissimulées au public au cours des 24 premiers jours de troubles.
Tirs directs et usage d’armes militaires
Tirs directs et usage d’armes militaires
Un analyste des médias a cité des rapports émanant de l’intérieur de l’Iran indiquant que, lors des manifestations concomitantes à la coupure d’Internet, les réponses sécuritaires dans plusieurs villes ont impliqué l’utilisation de munitions réelles plutôt que de méthodes classiques de maintien de l’ordre. Selon cet analyste, des témoignages et des déclarations médicales font état de tirs directs, en contradiction avec les récits officiels faisant état de retenue.
Des professionnels de santé ayant soigné des blessés dans la clandestinité ont corroboré ces affirmations. Ils ont signalé des blessures compatibles avec des armes de guerre, et non avec des balles en caoutchouc ou d’autres moyens non létaux. La gravité des blessures, selon eux, ne correspond pas aux pratiques habituelles de contrôle des foules. Bien que ces informations ne puissent être vérifiées de manière indépendante en raison des restrictions d’accès, leur cohérence à travers différentes régions a suscité l’inquiétude des observateurs des droits humains.

Les familles sous pression
Pour les familles touchées par les manifestations liées à la coupure d’Internet en Iran, le manque d’informations a aggravé le traumatisme. Les proches des personnes tuées ou détenues affirment que le blackout a rendu presque impossible toute démarche visant à obtenir des comptes ou une reconnaissance publique.
D’autres ont indiqué avoir été avertis de ne pas déclarer publiquement la cause des décès. Les défenseurs des droits humains soutiennent que de telles mesures entravent le deuil, suppriment toute responsabilité publique et contribuent à un climat de peur. Les autorités iraniennes n’ont pas répondu publiquement à ces accusations spécifiques.

Le cas de Javid Khalis
Les actions judiciaires engagées pendant les manifestations ont également attiré l’attention. Des organisations de défense des droits humains rapportent que Javid Khalis, un jeune conscrit, a été arrêté après avoir refusé d’obéir à un ordre lui demandant de tirer sur des manifestants. Il a été transféré en prison puis condamné à mort, selon des informations fournies par ces organisations.
Des sources proches du dossier indiquent que le refus de Khalis est intervenu alors que les forces de sécurité utilisaient des munitions réelles contre les manifestants. Des observateurs estiment que punir un soldat pour avoir refusé de tirer sur des civils envoie un message glaçant aux autres membres des forces de sécurité et soulève de graves questions juridiques et éthiques.
Des rapports d’organisations de défense des droits humains indiquent que les actions judiciaires se sont intensifiées parallèlement à la répression dans la rue. Selon des documents publiés durant les manifestations liées à la coupure d’Internet en Iran, au moins 30 prisonniers ont été exécutés sur une courte période, certains cas ayant eu lieu parallèlement à la suppression des manifestations. Les organisations de défense des droits humains affirment que ces exécutions ont été menées dans un manque de transparence, alors que l’accès à l’information restait sévèrement restreint, renforçant les inquiétudes quant à l’utilisation de la peine de mort comme outil d’intimidation dans le contexte des troubles en cours.
Un tableau partiel, qui se dessine progressivement
Après 24 jours de manifestations dans un contexte de restrictions numériques étendues, les informations disponibles demeurent limitées. Toutefois, les déclarations officielles, les témoignages provenant de l’intérieur du pays et les dossiers judiciaires documentés indiquent que l’impact humain des manifestations survenues parallèlement à la coupure d’Internet en Iran pourrait dépasser les chiffres rendus publics. Des organisations internationales de défense des droits humains ont appelé à davantage de transparence, à des enquêtes indépendantes et au rétablissement de l’accès à Internet, invoquant les conséquences préoccupantes des restrictions prolongées de l’information.



