CSDHI – Le 20 janvier 1979, sous la pression croissante d’un soulèvement national, la monarchie iranienne libéra le dernier groupe de prisonniers politiques. Pour une grande partie de la population, ce moment symbolisait une conclusion : le Shah avait fui, les portes des prisons s’étaient ouvertes, et des décennies de censure, de répression et de pouvoir absolu semblaient toucher à leur fin.
L’histoire allait toutefois montrer que ce moment n’était pas une fin. Il constituait un tournant.
Un moment largement mal compris
Pour ceux qui n’ont pas été témoins des derniers jours du règne du Shah, l’importance de cet événement peut ne pas apparaître immédiatement. Pourtant, sa portée réside dans ce qui a suivi. Quelques jours plus tard, alors que le pouvoir basculait rapidement et que de nouvelles forces politiques émergeaient, Massoud Radjavi — l’un des prisonniers politiques libérés le 20 janvier — s’adressa aux étudiants de l’Université de Téhéran.
Loin de proclamer la victoire, Massoud Radjavi avertit que la chute d’un seul dirigeant ne suffit pas à éliminer l’autoritarisme. Selon son analyse, les symboles du pouvoir peuvent tomber, mais l’état d’esprit qui nourrit la tyrannie demeure souvent intact et peut rapidement se reconstituer sous de nouvelles bannières.
À une époque où l’enthousiasme populaire décourageait toute remise en question et où de nouvelles figures politiques étaient portées au pinacle sans esprit critique, cet avertissement tranchait nettement avec l’optimisme ambiant.
Au-delà de la célébration : la nécessité d’une orientation politique
Massoud Radjavi soutenait que le changement révolutionnaire ne devait pas se réduire à une célébration passive des événements au fil de leur déroulement. La transformation politique, selon lui, exigeait une direction consciente et des principes clairs. Les sociétés, affirmait-il, doivent déterminer activement non seulement ce qu’elles souhaitent construire, mais aussi les formes de pouvoir qu’elles doivent rejeter.
Le message implicite était clair : sans cadre démocratique, les révolutions risquent d’être détournées par de nouvelles élites qui ne font que remplacer une forme de domination par une autre.
Rejeter le pouvoir pour le pouvoir
Alors que des factions rivales manœuvraient pour s’approprier l’autorité et se partager l’influence, Massoud Radjavi soulignait que le soulèvement n’avait pas été mené pour échanger le sacrifice contre le privilège. L’objectif, tel qu’il le formulait, n’était ni la richesse ni les positions, mais la liberté et la dignité.
Cette position contrastait fortement avec la course au pouvoir émergente qui allait bientôt définir le paysage politique de l’après-monarchie.
Une alternative démocratique laissée de côté
La vision plus large exprimée par Massoud Radjavi à ce moment-là était celle d’un avenir démocratique pour l’Iran — fondé sur la souveraineté populaire plutôt que sur la monarchie ou le pouvoir clérical. En l’espace de quelques semaines, cependant, cette vision fut marginalisée, tandis qu’un nouveau système autoritaire consolidait son emprise.
La rapidité avec laquelle une dictature céda la place à une autre confirma l’avertissement selon lequel la tyrannie peut survivre à un changement de régime si ses fondements ne sont pas démantelés.
Pourquoi cet avertissement résonne aujourd’hui
Plus de quatre décennies plus tard, alors que l’Iran est de nouveau confronté à des manifestations nationales et à une profonde crise de légitimité, ce moment longtemps négligé retrouve toute sa pertinence. Le système au pouvoir actuel, à l’instar de la monarchie qui l’a précédé, présente des signes évidents d’épuisement et de décomposition interne. L’analyse de Massoud Radjavi souligne la conviction que l’Iran est aujourd’hui entré dans un moment où les issues ne sont plus lointaines, mais imminentes.
Une question que l’histoire répète
Les événements de janvier 1979 posent une question qui demeure sans réponse définitive : la chute d’un dirigeant conduit-elle automatiquement à la liberté, ou crée-t-elle simplement l’espace pour une nouvelle forme de domination ?
La libération des prisonniers politiques ce jour-là en 1979 ne constituait pas l’aboutissement de la lutte de l’Iran pour la démocratie. Elle était un avertissement — largement ignoré. Alors que l’Iran se trouve une fois encore à un carrefour historique, cet avertissement revient avec une urgence renouvelée.
Le fait que ce moment soit une répétition du passé ou une véritable rupture avec celui-ci dépend de la capacité à tirer, enfin, les leçons de ce tournant décisif.



