CSDHI – De Téhéran à Abdanan, les manifestants honorent les victimes de l’insurrection tandis que les forces de sécurité ouvrent le feu et imposent des coupures d’internet.
Ces derniers jours, des villes à travers l’Iran ont été le théâtre de nouvelles vagues de manifestations anti-régime, marquant le 40e jour des martyrs de l’insurrection de janvier. Les manifestations se sont étendues de Téhéran à Arak, Kazeroun, Marvdasht et Mamasani, pour culminer le 16 février avec des slogans puissants de « Mort à Khamenei » remplissant les rues d’Abdanan dans la province d’Ilam.
Malgré les coupures d’internet, le déploiement massif de forces de sécurité et les tirs à balles réelles des forces du régime, les rues ne se sont pas vidées. Au contraire, la défiance s’est intensifiée.
Un écho national de résistance
Le timing coordonné de ces manifestations — aligné avec les cérémonies traditionnelles du 40e jour de deuil — n’est pas un hasard. Dans la culture iranienne, le 40e jour après la mort d’un martyr revêt une signification symbolique profonde. Cette année, cette tradition s’est transformée en déclaration politique.
Dans plusieurs villes, les manifestants ont ouvertement défié le leader suprême du régime, scandant des slogans tels que :
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« Mort à Khamenei »
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« Nous n’avons pas donné nos vies pour des compromis, ni pour louer un dirigeant meurtrier »
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« Par le sang de nos camarades, nous tiendrons jusqu’au bout »
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« Pour chaque mort, mille se lèveront derrière »
À Abdanan, les manifestants sont retournés dans les rues pour un deuxième jour consécutif. Selon les rapports, des unités du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) ont ouvert le feu sur des civils et des jeunes non armés. Pourtant, les rassemblements ont persisté.
Au cimetière Behesht-e Zahra de Téhéran, de jeunes manifestants se sont regroupés en petits groupes, invoquant les noms des morts et réaffirmant leur engagement à poursuivre le combat. Leurs slogans rejetaient des décennies de répression et proclamaient que les chars, les balles et les mitrailleuses ne les feraient plus taire.
Forte présence sécuritaire à Mashhad et au-delà
À Mashhad, les forces de sécurité du régime et les agents en civil auraient bloqué le boulevard Vakilabad et les quartiers environnants dès le matin. Néanmoins, les manifestants se sont regroupés en petits clusters, fusionnant en groupes plus larges au fil de la journée.
Des slogans similaires ont été entendus à Hashtgerd, Lahijan et Najafabad dans la province d’Isfahan, signalant que le mécontentement ne se limite pas à des zones isolées mais reflète un courant national plus large.
La réponse du régime — coupures d’internet, patrouilles armées et tirs directs — souligne son inquiétude face à l’élan de ces commémorations. Pourtant, le retour répété des manifestants dans les rues montre que les barrières de la peur s’effritent.
« Le courage est devenu collectif » : le témoignage d’un manifestant
Une lettre d’un jeune participant à l’insurrection de janvier, depuis Téhéran, offre un récit saisissant de l’évolution de la résistance collective.
Il se souvient de la première nuit de manifestations, lorsque deux de ses amis ont été touchés par des tirs — l’un blessé, l’autre tué. De retour chez lui couvert de sang — le sien et celui de ses camarades tombés — il a compris que les rues s’étaient transformées en arènes de confrontation entre citoyens non armés et un État lourdement armé.
Malgré ses blessures, il ne pouvait rester à la maison. Après avoir été témoin de tels sacrifices, se retirer aurait été un déni.
Dans un autre passage, il décrit comment la solidarité a modifié l’équilibre des forces :
Les rues leur ont appris que la force ne réside pas seulement dans les armes, mais dans la connexion. Lorsque les forces de sécurité chargeaient, personne n’était laissé seul. Des mains se tendirent, des voies de fuite s’ouvrirent, des portes furent déverrouillées. Des inconnus se soutenaient les uns les autres. Si une personne tombait, plusieurs autres la relevaient. La peur était individuelle, mais le courage était collectif — et ce courage collectif a forcé les forces de sécurité à battre en retraite.
Selon ce témoignage, lorsque les gens se tiennent ensemble, l’intimidation perd son efficacité. Le courage se multiplie ; la peur devient isolée.
Un message qui traverse l’Iran
De Téhéran à Marvdasht, de Kazeroun à Abdanan, un message résonne : le peuple iranien avance malgré la répression.
Ces manifestations suggèrent que l’insurrection n’est pas un moment éphémère mais une trajectoire continue — soutenue par chaque slogan, chaque rassemblement et chaque acte de défi. À mesure que le courage se transmet de main en main, les tentatives du régime de faire taire les rues apparaissent de plus en plus inefficaces.
Ce qui a commencé comme un deuil s’est transformé en mobilisation renouvelée. Et tant que les slogans continuent de résonner dans les villes, il est clair que l’appel au changement reste vivant.


