« Soit la mort soit Khamenei » : quand le pouvoir déclare la guerre à la société

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CSDHI – La banderole dressée à l’Université de Téhéran n’est pas de la propagande, mais l’aveu ultime d’un effondrement politique lors du soulèvement iranien de 2026.

L’installation d’une banderole portant le slogan glaçant « Soit la mort soit Khamenei » à l’entrée de l’Université de Téhéran — au plus fort du soulèvement de 2026 et après que le sang de milliers de citoyens eut déjà été versé — ne peut être reléguée au rang de simple propagande. Il s’agit d’une déclaration de guerre finale contre la société. Elle pose une question fondamentale : comment un système politique en arrive-t-il à un point où la « mort » devient la seule option qu’il puisse proposer à son peuple ?

Le choix de l’Université de Téhéran comme lieu pour ce message est délibéré. Cette université a longtemps été un bastion de la contestation et un épicentre historique du slogan « Mort à Khamenei », faisant d’elle un cauchemar persistant pour l’establishment au pouvoir. Transformer l’entrée de cette institution en un dispositif d’intimidation représente une tentative d’occupation symbolique — un effort pour reconquérir par la coercition un espace que le régime a irréversiblement perdu sur le terrain des idées, de la conscience et de la légitimité.

Cet acte reflète une forme d’indifférence sadique à la conscience publique. Il constitue une réponse non seulement à la douleur des mères de Kahrizak et des autres victimes de la répression, mais aussi à la rage des réseaux de résistance qui continuent de défier le monopole de la peur exercé par l’État. Un régime qui occupe une université afin de sacraliser la mort admet implicitement qu’il n’existe plus aucun langage politique commun entre lui et une nouvelle génération — si ce n’est celui des balles, des potences et de la contrainte.

Le slogan « Soit la mort soit Khamenei » renferme un paradoxe dévastateur. Il ne naît pas d’une position de force, mais d’une impasse absolue. Un système qui, après avoir tué des milliers de personnes, n’a plus rien à offrir à sa population sinon la mort a épuisé tous les instruments restants de gouvernance. Ce qui est présenté comme un acte de défi est, en réalité, l’aveu d’une faillite stratégique et morale.

Dans cette logique, le « Guide » cesse d’être une figure politique pour devenir un fétiche sacralisé, dont la survie exige l’anéantissement de la société elle-même. En endossant publiquement un tel slogan, le régime proclame officiellement l’effondrement du lien entre l’État et la société, et le remplace par une dynamique de prédateur et de proie. C’est le langage d’un pouvoir déclinant qui, incapable d’imaginer un avenir pour lui-même, cherche à entraîner le présent de toute une société dans les ténèbres et la négation.

« Ou la mort, ou Khamenei » est la traduction politique du désespoir. Cela signifie que le système a atteint un stade où même la prétention à la légitimité est jugée superflue. En théorie politique, lorsqu’un pouvoir en place commence à glorifier la mort de ses opposants — ou sa propre disparition en l’absence d’un dirigeant — il est en train de signer son testament politique.

L’installation de cette banderole reconnaît que la société a échappé au contrôle du régime et que le seul outil restant est la terreur à nu. L’histoire montre cependant que lorsque la peur atteint un tel degré d’obscénité, elle perd son effet dissuasif et devient un carburant pour l’élan révolutionnaire. Une société qui a franchi le seuil de la peur à travers des milliers de morts ne recule pas face à de telles banderoles. Elle y reconnaît au contraire le vide et la fragilité d’un pouvoir contraint de mendier le sang pour survivre.

Le slogan « Soit la mort soit Khamenei » représente la dernière tentative du despotisme pour figer le temps. Pourtant, la réalité vécue du soulèvement de 2026 montre que la société a déjà dépassé ces menaces. L’Université de Téhéran, malgré son occupation physique, demeure un centre nerveux vivant de résistance et de liberté. Ces banderoles s’effondrent d’abord dans la conscience collective des Iraniens, bien avant d’être arrachées par des mains humaines. En criant « la mort », le régime révèle le destin historique qu’il cherche à nier, tandis que la société avance — portée par une volonté irrépressible de vie et de liberté — vers l’écriture de son prochain chapitre.