CSDHI – Le soulèvement populaire de janvier en Iran pourraient avoir fait jusqu’à 30 000 morts en seulement deux jours, selon Time. Deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé ont déclaré au magazine que jusqu’à 30 000 personnes auraient été tuées lors des manifestations nationales des 8 et 9 janvier, marquant une escalade spectaculaire de l’ampleur de la violence.

Ces responsables ont indiqué à Time que l’intensité de la répression au cours de ces deux journées avait submergé les infrastructures du régime des mollahs. Ils ont expliqué que le nombre de corps était si élevé que les autorités peinaient à les prendre en charge. Les stocks de sacs mortuaires ont été rapidement épuisés et, dans plusieurs cas, des camions semi-remorques ont été utilisés à la place des ambulances pour transporter les morts. Time précise que ces témoignages reposent sur des entretiens directs avec des responsables du secteur de la santé décrivant les conditions au pic su soulèvement populaire de janvier.
L’article présente l’un des récits les plus saisissants à ce jour concernant le nombre de morts liés aux manifestations de janvier en Iran, suggérant un niveau de force bien supérieur aux bilans précédemment rapportés. Time note que ces descriptions indiquent un effondrement de la capacité du gouvernement à traiter les décès par les circuits médicaux et administratifs habituels.
Des exécutions après la répression des manifestations
À mesure que la réponse sécuritaire s’intensifiait, des organisations de défense des droits humains ont signalé une forte augmentation des exécutions à travers l’Iran. Selon ces organisations, au moins 21 prisonniers, dont une femme, ont été exécutés dans les semaines ayant suivi les manifestations de janvier.
Les observateurs des droits humains ont indiqué que plusieurs des personnes exécutées avaient été condamnées dans des procédures manquant de transparence et ne respectant pas les normes internationales en matière de procès équitable. Certains accusés auraient eu un accès limité à un avocat ou se seraient vu refuser toute possibilité réelle d’appel. Des militants estiment que le calendrier de ces exécutions, intervenant peu après les manifestations, soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’usage de la peine capitale comme outil d’intimidation dans un contexte de répression généralisée.
Des détenus maintenus sans chefs d’accusation clairs

Des évaluations en matière de droits humains indiquent également que de nombreuses personnes arrêtées lors du soulèvement populaire de janvier demeurent dans un flou juridique. Selon ces rapports, de nombreux détenus sont maintenus en détention depuis des semaines, voire des mois, sans inculpation formelle ni décision judiciaire définitive.
Les familles des détenus ont exprimé leurs inquiétudes face aux restrictions de communication, à l’incertitude concernant les lieux de détention et à la pression psychologique croissante. Les autorités iraniennes soutiennent que toutes les arrestations ont été effectuées conformément au droit interne, mais des groupes indépendants de surveillance affirment que le manque de transparence rend toute vérification difficile.
Signalements d’enterrements secrets à Ahwaz
Dans la ville d’Ahwaz, au sud-ouest du pays, des sources locales et des observateurs des droits humains ont signalé des enterrements de masse réalisés sans notification aux familles des personnes tuées lors des manifestations de janvier. Selon ces témoignages, les corps auraient été enterrés sans identification appropriée ni enregistrement officiel.
Un témoignage largement diffusé, attribué à un chauffeur d’ambulance, décrit des dizaines de corps enterrés de nuit, en dehors des procédures légales normales. Des témoins locaux ont déclaré que ces enterrements étaient effectués discrètement afin d’empêcher les rassemblements funéraires et de limiter la prise de conscience publique de l’ampleur réelle des tueries. Des défenseurs des droits humains estiment que de telles pratiques, si elles sont confirmées, indiqueraient des efforts délibérés pour dissimuler l’ampleur des morts liées aux manifestations de janvier en Iran.
Des enfants détenus et envoyés dans une prison pour adultes
D’autres inf ont suscité une vive inquiétude concernant la détention d’enfants en âge d’école primaire lors des manifestations de janvier. Selon des sources locales, des groupes de mineurs ont été arrêtés et transférés à la prison de Shiban, principal centre de détention d’Ahvaz.
Les enfants auraient été placés dans des sections réservées à des détenus condamnés pour des crimes graves. Les familles ont déclaré avoir reçu très peu d’informations sur l’état ou le lieu de détention de leurs enfants. Des organisations de défense des droits humains avertissent que la détention de mineurs dans de tels environnements fait peser de graves risques sur leur santé physique et mentale.
Chiraz : le quartier des femmes de la prison d’Adel-Abad sous forte pression

Dans le sud de l’Iran, des observateurs des droits humains ont également mis en lumière la dégradation des conditions dans le quartier des femmes de la prison d’Adel-Abad, à Chiraz, à la suite d’arrestations massives liées aux manifestations nationales de l’année 1404 du calendrier iranien.
Selon ces rapports, l’afflux soudain de femmes détenues a poussé le quartier au-delà de sa capacité d’accueil. Beaucoup des détenues seraient des manifestantes arrêtées dans la rue. Les sources évoquent une surpopulation extrême, une mauvaise hygiène, un accès limité aux soins médicaux et des restrictions aux contacts familiaux. Les défenseurs des droits humains avertissent que la poursuite de cette surpopulation pourrait entraîner de graves conséquences sanitaires et psychologiques pour les personnes détenues.
Une crise des droits humains en croissance
Pris dans leur ensemble, les récits rapportés par Time et par des organisations de défense des droits humains décrivent une crise en rapide aggravation à la suite des manifestations de janvier. Des pertes humaines massives dans les rues aux exécutions, en passant par les enterrements secrets et des conditions de détention sévères, les observateurs estiment que l’après-manifestation soulève des questions urgentes de responsabilité et de transparence.
Les organisations internationales de défense des droits humains continuent d’appeler à des enquêtes indépendantes et à un accès sans restriction aux lieux de détention, tandis que les familles des victimes et des détenus cherchent des réponses sur le sort de leurs proches, dans l’un des épisodes les plus meurtriers liés à des mouvements de protestation de l’histoire récente de l’Iran.



