CSDHI – Ce que nous observons aujourd’hui dans les médias officiels du régime iranien n’est plus de l’analyse ni même de la critique — c’est une vraies confession. Une confession d’échec, d’épuisement, et d’un système politique arrivé à un point où il ne peut plus avancer.
Lorsque des journaux liés au régime iranien commencent à employer des termes tels qu’impasse, échec profond et crise structurelle, quelque chose de fondamental a changé. Ce ne sont pas les voix de l’opposition. Ce sont celles des initiés — des personnes qui ont contribué pendant des décennies à construire, justifier et défendre le système.
Le 31 janvier, le quotidien proche du régime iranien – Sazandegi – a reconnu que l’Iran fait face à une « impasse profonde et à un échec au sein du système ». Fait essentiel, le journal admet que cette situation n’est pas le résultat d’un événement isolé, mais l’aboutissement de plusieurs années de soulèvements répétés — de 2009 à 2017, 2019, et surtout 2022. Ces protestations, concède le journal, constituent un mouvement profondément enraciné qui n’a été stoppé ni par la censure, ni par la propagande, ni par les méthodes répressives recyclées des années 1980 — et qui ne le sera pas davantage par ces moyens.
Cet aveu est crucial, car il franchit une ligne rouge. Sazandegi affirme ouvertement que l’ancien langage et les anciennes méthodes de gouvernance ne fonctionnent plus. La société a changé. Les générations ont changé. Et toute « réforme réelle », selon le journal, exigerait une confrontation directe avec la direction du régime iranien. Traduit en termes clairs, cela signifie une seule chose : le système actuel — fondé sur le pouvoir absolu du guide suprême — s’est heurté à un mur.
Cette réalité est confirmée ailleurs. L’ancien président du régime iranien, Hassan Rouhani, qui quelques jours auparavant louait encore publiquement Ali Khamenei, a soudainement changé de ton et s’est présenté comme humble face au peuple. « Qui sommes-nous pour donner des ordres ? », a-t-il déclaré. « Le peuple décide de tout. Nous devons cesser de combattre le peuple — cet entêtement ne fonctionne pas. » Un tel langage aurait été impensable, il y a peu encore, de la part d’un ancien président.
Le problème n’est pas que des personnalités du régime iranien ou des médias officiels auraient soudainement découvert la démocratie ou renoncé au principe du pouvoir clérical. Le problème, c’est la pression. La pression des soulèvements répétés. La peur du renversement. La prise de conscience croissante que la répression ne garantit plus la survie.
Ceux qui justifiaient autrefois la violence, défendaient les arrestations massives et qualifiaient les manifestants d’agents étrangers mettent désormais en garde contre les fractures sociales, l’échec interne profond et la confrontation avec la population. Ce n’est pas une évolution — c’est de la panique.
Ces changements ne doivent pas être interprétés comme des signes d’une possibilité de réformer le système. Au contraire, ils constituent des indicateurs classiques d’un système arrivé au bout de sa route. Lorsque les initiés commencent à dire : « Cette structure ne peut pas continuer », ils reconnaissent que les fondations elles-mêmes sont brisées.
L’histoire offre une leçon claire. Lorsque les serviteurs d’une dictature se mettent à parler de réforme après des répressions brutales et des bains de sang, il est déjà trop tard. Le moment de la réforme est passé. Ce qui demeure, c’est la transition.
Il ne s’agit plus de « mieux gouverner ». Il s’agit de dépasser un système qui a épuisé tous ses outils. La force motrice de cette transition est le même soulèvement profondément enraciné que même les médias du régime iranien reconnaissent désormais — un soulèvement qui a transformé la société et dépouillé la structure dirigeante de toute légitimité.
Lorsqu’un régime est contraint d’avouer sa propre impasse, la question n’est plus de savoir si le changement viendra — mais à quelle vitesse.


