Iran : des milliers de personnes en détention, à la suite du soulèvement national, exposées à un risque de torture

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AMNESTY INTERNATIONAL – Des milliers de personnes arbitrairement détenues en lien avec le soulèvement national en Iran sont exposées à un risque de torture et d’autres formes de mauvais traitements, y compris des violences sexuelles, ainsi qu’à des procès gravement inéquitables pouvant conduire à de longues peines d’emprisonnement ou à la peine de mort. Beaucoup demeurent victimes de disparitions forcées.

Les inquiétudes concernant les personnes arrêtées en relation avec les manifestations qui ont éclaté le 28 décembre sont renforcées par le fait que le chef du pouvoir judiciaire a ordonné aux procureurs « d’agir sans indulgence », tandis que de hauts responsables du régime ont assimilé la participation aux protestations à des infractions passibles de la peine capitale.

(…) Alors que les médias officiels faisaient état de l’arrestation de milliers de personnes en lien avec le soulèvement national au 16 janvier 2026, les informations reçues par Amnesty International de la part de médias indépendants, d’organisations de défense des droits humains et de défenseur·e·s des droits humains indiquent que des dizaines de milliers de personnes demeurent arbitrairement détenues.

Les autorités ont procédé à des arrestations dans l’ensemble du pays, notamment dans les provinces d’Alborz, Ardabil, Boushehr, Ispahan, Fars, Gilan, Golestan, Hormozgan, Kerman, Kermanshah, Khorassan-e Razavi, Khouzistan, Kurdistan, Lorestan, Markazi, Mazandaran, Qazvin, Qom, Semnan, Sistan-et-Baloutchistan, Téhéran, Azerbaïdjan occidental, Yazd et Zanjan, selon les annonces des médias officiels depuis le 8 janvier.

D’après les médias officiels, les accusations portées contre les manifestants incluent des liens avec des médias en langue persane basés hors d’Iran, notamment Iran International et Manoto ; l’appartenance à un groupe monarchiste ; le fait d’être des « leaders » du soulèvement national ; la possession d’armes ; la « participation à des émeutes » ; et le meurtre de membres des forces de sécurité.

Amnesty International a reçu des informations de sources bien informées indiquant que, dans un contexte de refus systématique de l’accès à un avocat, les autorités contraignent les personnes détenues à signer des déclarations qu’elles n’ont pas été autorisées à lire et à faire de fausses “confessions” forcées pour des crimes qu’elles n’ont pas commis, ainsi que pour des actes pacifiques de dissidence.

Les familles des détenus, des militants et des journalistes ont indiqué à Amnesty International que les autorités refusent régulièrement de fournir toute information sur le sort et le lieu de détention de nombreuses personnes arrêtées, les soumettant ainsi à des disparitions forcées, un crime au regard du droit international.

Certaines personnes détenues ont été transférées dans des prisons et d’autres lieux officiels de détention, tandis que d’autres sont retenues dans des casernes militaires, des entrepôts ou d’autres lieux de détention non officiellement enregistrés, ce qui les expose à un risque accru de torture et d’autres mauvais traitements.

Dans un cas documenté par Amnesty International, les forces de sécurité ont perquisitionné le domicile familial d’un manifestant, Amirhossein Ghaderzadeh, à Rasht, dans la province de Gilan, le 9 janvier 2026, et l’ont soumis, lui et ses deux sœurs, à des violences sexuelles, en violation de l’interdiction absolue de la torture et des autres mauvais traitements. Les forces de sécurité les ont déshabillés entièrement, lui et ses deux sœurs — dont l’une est une enfant de 14 ans — devant toutes les personnes présentes, afin d’inspecter leurs corps à la recherche de projectiles métalliques pour « prouver » leur participation aux manifestations.

Les forces de sécurité ont ensuite arrêté Amirhossein Ghaderzadeh, et depuis lors, les autorités refusent de révéler son sort et le lieu où il se trouve à sa famille, le soumettant ainsi à une disparition forcée.

Les personnes blessées lors des manifestations et en détention sont également exposées à des risques accrus, compte tenu des pratiques bien documentées de torture et de mauvais traitements lors des précédentes répressions de manifestations. Amnesty International a depuis longtemps documenté la manière dont les forces de sécurité refusent systématiquement des soins médicaux adéquats aux manifestants blessés, y compris à ceux retirés des hôpitaux, augmentant ainsi le risque de décès illégaux en détention.

Selon une source bien informée en Iran, à la suite de leur répression meurtrière du soulèvement national des 8 et 9 janvier, les forces de sécurité à Ispahan ont ordonné au personnel médical des hôpitaux de les informer de la présence de patients souffrant de blessures par balle ou par projectiles métalliques, susceptibles d’indiquer leur participation aux manifestations.

Deux autres sources bien informées ont indiqué à Amnesty International que les forces de sécurité dans les provinces d’Ispahan et de Chaharmahal-et-Bakhtiari ont arrêté des manifestants blessés directement dans les hôpitaux, y compris des personnes nécessitant des soins médicaux vitaux continus.

Selon une source informée, les autorités iraniennes ont également arrêté arbitrairement des travailleurs médicaux pour avoir prodigué des soins médicaux en dehors des hôpitaux à des manifestants blessés ayant évité les établissements hospitaliers par crainte d’être arrêtés.

Le soulèvement national a éclaté en Iran le 28 décembre 2025, à la suite d’un effondrement brutal de la monnaie, d’une mauvaise gestion chronique des services essentiels par l’État et d’une dégradation des conditions de vie. Débutant par des fermetures de commerces et des grèves dans le Grand Bazar de Téhéran, les protestations ont évolué vers des manifestations de masse à l’échelle nationale, appelant à la chute du système de la République islamique.

Les autorités iraniennes ont mené une répression meurtrière du soulèvement national sans précédent, procédant à des homicides illégaux de masse sous couvert d’une coupure nationale d’internet imposée le 8 janvier 2026, destinée à dissimuler leurs crimes.

Amnesty International a à de nombreuses reprises constaté que les procès devant les tribunaux révolutionnaires, compétents pour les infractions liées à la sécurité nationale, sont systématiquement inéquitables, y compris dans les affaires passibles de la peine de mort, qui aboutissent à des exécutions arbitraires.

Au fil des années, l’organisation a documenté des centaines de cas dans lesquels les procédures devant les tribunaux révolutionnaires, conduisant à des peines de prison ou à la peine capitale, ont gravement violé le droit à un procès équitable. Ces violations concernaient notamment les droits suivants :
– l’accès à une assistance juridique dès la phase d’enquête ;
– l’accès à un avocat de son choix dès l’arrestation et tout au long des procédures de jugement et d’appel ;
– la protection contre la torture et les autres mauvais traitements ;
– le droit de ne pas être contraint de s’incriminer ni de confesser sa culpabilité ;
– la présomption d’innocence ;
– le droit de contester effectivement la légalité de la détention ;
– le droit d’être jugé par un tribunal indépendant, compétent et impartial ;
– et le droit à un réexamen effectif de l’affaire par une juridiction supérieure.

Depuis le soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, les autorités iraniennes ont également instrumentalisé de plus en plus la peine de mort pour instiller la peur, écraser la dissidence et punir les communautés marginalisées. En 2025, les autorités ont procédé au nombre d’exécutions le plus élevé enregistré depuis des décennies.