CSDHI – Pourquoi les appels à la réforme, au référendum et à la coexistence pacifique ont systématiquement échoué face à la structure absolutiste du système des mollahs iraniens ?
Au lendemain du soulèvement national de janvier 2026 — lorsque les rues d’Iran ont été maculées du sang de ceux qui aspiraient à la liberté — nous assistons une fois encore à une multiplication de prises de position et de déclarations politiques dans l’espace social et politique iranien. Pourtant, après 47 années d’expérience vécue, une question fondamentale continue de s’imposer : quel langage le régime clérical iranien des mollahs comprend-il réellement ?
La structure politico-religieuse du Velayat-e Faqih — à en juger par des décennies d’affrontements tant dans l’arène politique officielle que dans la rue — est-elle capable de tolérance, de coexistence ou d’un engagement pacifique avec ses opposants ? A-t-elle jamais manifesté une ouverture sincère envers les militants non violents, les partisans de la réforme ou ceux qui réclament un référendum ?
Si la réponse a toujours été non, quel a alors été le prix de tant d’années investies dans ces revendications — en temps, en énergie et en espoir ? Quel résultat concret cette voie a-t-elle apporté au peuple iranien ? Existe-t-il ne serait-ce qu’un seul précédent tangible et concluant pouvant servir de preuve ?
Combien d’années supplémentaires — voire de décennies — les Iraniens devront-ils encore réclamer leurs droits fondamentaux auprès de l’establishment clérical, pour n’essuyer en retour que le silence, la répression ou la trahison ? Pourquoi aucun individu, aucune classe sociale, aucun courant politique — aussi pacifique ou modéré soit-il — n’est-il jamais parvenu à arracher des concessions significatives à ce système ? Et pourquoi tous les présidents de ce régime, malgré leurs promesses répétées de réforme, ont-ils invariablement fini par se réaligner sur le Guide suprême et la doctrine de l’autorité cléricale absolue ?
Le problème tient à deux facteurs fondamentaux.
Le premier est le refus persistant — de la part de ceux qui proposent certaines « solutions » — d’assumer le coût réel nécessaire à leur mise en œuvre. Prenons l’exemple récurrent de l’appel à un référendum. Si celui-ci est véritablement présenté comme l’unique solution viable pour l’Iran, pourquoi ses promoteurs se contentent-ils de publier des déclarations et de recueillir des signatures ? Pourquoi ne s’engagent-ils pas, avec acharnement et quel qu’en soit le prix, à transformer cette proposition en une réalité politique concrète ?
Publier des manifestes sans stratégie opérationnelle ne fait guère plus qu’épuiser l’énergie sociale, gaspiller le temps et induire l’opinion en erreur. Dans un pays gouverné par l’un des régimes absolutistes les plus violents de l’histoire contemporaine, obtenir le changement par un véritable référendum serait certes remarquable — et hautement souhaitable. Mais si telle est la voie choisie, pourquoi n’y a-t-il pas de mobilisation totale, pas d’effort national soutenu, pas de volonté d’affronter la répression inévitable ? Quel est donc l’obstacle réel — sinon un système totalitaire qui, par nature même, est irréformable et imperméable à toute logique référendaire ?
Sans la volonté d’en payer le prix, il ne reste que l’illusion : du temps perdu, une énergie dissipée, des espoirs brisés, et un coût toujours plus lourd supporté par les Iraniens ordinaires. Le résultat est un cycle récurrent de violences sans issue — une tragédie chronique qui se répète de génération en génération.
Le second facteur réside dans la nature intrinsèque du régime lui-même. Le système des mollahs iraniens est fondamentalement totalitaire, monopolistique et exclusif — régi par une logique du « avec moi ou contre moi ». Il s’agit d’une structure de pouvoir fondée sur la suprématie idéologique, la domination et la soumission forcée, renforcée par des pratiques politiques et sociales prédatrices. En son cœur se trouve une vision narcissique du monde, incapable de tolérer « l’autre ».
Ajoutez à cela une mentalité cléricale médiévale, et l’on obtient ce qui ne peut être décrit que comme la force réactionnaire la plus redoutable de l’histoire moderne de l’Iran.
Cette réalité ne s’est pas atténuée au cours des 47 dernières années ; elle s’est au contraire renforcée. Année après année, l’absolutisme du régime des mollahs est devenu plus rigide, plus violent et plus réfractaire au changement. Toute stratégie crédible visant à affronter le Velayat-e Faqih doit commencer par une reconnaissance lucide de cette réalité.
L’histoire montre que, jusqu’à présent, l’approche adoptée par l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) dans sa confrontation avec ce système a été cohérente avec la véritable nature du pouvoir clérical des mollahs. Bien avant que l’affrontement armé ne devienne inévitable, l’OMPI a payé le prix le plus élevé dans ses tentatives pour contraindre Rouhollah Khomeini, fondateur du régime, à reconnaître les droits et la souveraineté du peuple iranien. Ils ont épuisé toutes les voies disponibles dans l’immédiat après-1979, espérant que le régime accepterait ne serait-ce que des réformes minimales — les libertés fondamentales d’expression, de presse, de réunion et d’activité politique en dehors du cadre imposé par le régime.
De telles concessions, pourtant modestes, auraient signalé une volonté de recul face à l’autoritarisme absolu dissimulé sous le vernis de la sacralité religieuse. Mais l’expérience a rapidement démontré que Khomeini n’abandonnerait jamais le principe du Velayat-e Faqih, ni n’accepterait la réforme, le référendum ou une compétition politique pacifique. Cette intransigeance n’était pas tactique : elle était idéologique, institutionnelle et inhérente au système lui-même. Ali Khamenei en a depuis hérité et en a préservé l’essence.
Après 47 années d’épreuves et d’échecs répétés, une conclusion s’impose à la majorité des Iraniens : ce régime ne répond pas au dialogue seul. Dans ce contexte, ceux qui continuent de prôner l’accommodement pacifique ou d’appeler le régime à organiser un référendum doivent apporter des réponses claires à l’opinion publique. Quelle voie concrète proposent-ils ? Quel prix sont-ils prêts à payer ? Et par quel mécanisme entendent-ils contraindre un système absolutiste à se soumettre à leurs exigences ?
Sont-ils prêts à renoncer à l’attente du « consentement » du régime, à mobiliser des millions de personnes dans la rue et à maintenir cette présence pendant des semaines — malgré la répression — jusqu’à ce que la structure du pouvoir soit forcée de céder ?
À défaut de réponses à ces questions, les appels à la modération risquent de devenir non pas une stratégie de changement, mais la prolongation d’une illusion — une illusion que le peuple iranien ne peut plus se permettre.


