Le régime iranien et la politique de la misère

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CSDHI – Un aveu tardif venu de l’intérieur du système de Khamenei révèle le lien structurel entre effondrement économique, répression et massacres de masse.

Les récentes déclarations de Javad Emam, présenté comme un « réformateur » du régime, ont une nouvelle fois mis en lumière le gouffre béant qui sépare la réalité vécue par les Iraniens de la propagande officielle du pouvoir. Dans une courte vidéo publiée le 4 février 2026 par un média Telegram lié au gouvernement, Emam n’a pas décrit la situation actuelle du pays comme un simple « déséquilibre », mais comme une véritable « misère ».

Ce mot unique — depuis longtemps familier aux Iraniens ordinaires — tranche avec des années d’euphémismes et de déformations délibérées. Bien qu’exprimée depuis l’intérieur même de l’appareil dirigeant, la déclaration d’Emam relève moins du courage que du reflet involontaire d’une société poussée à bout. La misère des conditions de vie n’est plus une exagération rhétorique ; elle est le résultat direct de décennies de mauvaise gestion systémique et du pillage des ressources publiques par le régime anti-humain de Khamenei.

Au cours des dernières années, les politiques économiques du système au pouvoir en Iran ont méthodiquement vidé le pays de sa substance, le plongeant dans la misère. L’effondrement de la monnaie nationale, l’extension rapide de la pauvreté et la destruction de la sécurité de l’emploi ont réduit des millions de personnes à une lutte quotidienne pour la survie.

Emam lui-même évoque la « contraction des ressources nationales » — une limitation que le régime attribue systématiquement aux sanctions. Pourtant, cet appauvrissement n’est ni accidentel ni imposé de l’extérieur. Il résulte d’un choix politique délibéré : canaliser les richesses nationales vers la répression, les ambitions nucléaires, les programmes balistiques et l’exportation du terrorisme et du fondamentalisme.

Dans ces conditions, la misère des moyens de subsistance est devenue le principal moteur de la colère populaire — jusqu’à déclencher un soulèvement national dans plus de 400 villes. Ce qui avait commencé comme des protestations pour le pain, les salaires et des droits confisqués s’est propagé dans les rues et transformé en une révolte de masse. Face à cette explosion, Khamenei a répondu dans le seul langage que son système comprend : une répression brutale. Comme le disent les habitants eux-mêmes, le régime a eu recours au meurtre et à l’abattage de masse de jeunes manifestants pour conserver le contrôle.

Au lieu d’assumer ses responsabilités, l’establishment au pouvoir a qualifié les manifestants « d’ennemis ». Cette criminalisation a servi de prétexte à une violence extrême. Des manifestations nées de tables vides et de salaires impayés ont été accueillies par des balles et des cellules de prison.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique — principal instrument de terreur du régime — a été déployé dans les rues, justifiant le meurtre de manifestants par le vocabulaire de la « sécurité ». La misère que le régime avait lui-même engendrée est alors devenue un alibi pour l’élimination physique de la dissidence, coûtant la vie à des milliers de jeunes Iraniens épris de liberté. Cette tache restera à jamais gravée dans le bilan de Khamenei et dans la doctrine du Velayat-e Faqih.

Les propos d’Emam constituent un aveu tardif d’une vérité que la société iranienne crie depuis des années. Il s’interroge sur la possibilité d’éviter le mécontentement dans de telles conditions. La réponse est évidente : une population poussée au-delà de ses limites finit inévitablement par se soulever.

Le régime de Khamenei, cependant, répond par la tromperie — en qualifiant la contestation de complot — et par la force brute. La misère actuelle des conditions de vie n’est ni une erreur de politique ni un revers temporaire ; elle est l’aboutissement logique d’une structure qui privilégie la survie d’un système oppressif à la vie de son peuple.

Les chiffres officiels ne font que confirmer cette réalité. Selon la Banque centrale, l’inflation annuelle a atteint 44,2 % à la fin janvier ; le Centre statistique d’Iran évoque 44,6 %. Si l’écart est minime, les deux institutions confirment la même tendance : une inflation galopante et accélérée au cours des derniers mois. Compte tenu de l’aggravation de la crise économique du régime, ces chiffres ont peu de chances de se stabiliser. Au contraire, la trajectoire demeure ascendante, faisant peser une menace toujours plus grave sur les moyens de subsistance de la population.

Un examen sur dix mois de l’année en cours (calendrier persan) montre que le mois de Dey (janvier 2026) a enregistré la hausse inflationniste la plus brutale. L’inflation mensuelle a atteint 7,9 % selon le rapport du Centre statistique — un signal sans équivoque de l’intensification de l’effondrement économique. Les projections indiquent que l’inflation mensuelle de février pourrait se situer entre 8 et 10 %.

Les estimations actuelles suggèrent qu’à la fin de l’année, l’inflation atteindra entre 47 et 48 %. Si cette trajectoire se poursuit, même ces records sinistres seront dépassés dans les années à venir — des records dont les conséquences se feront sentir directement sur les tables des Iraniens ordinaires.

Dans ce contexte, qualifier la crise de « misère » n’a rien de radical — c’est une description exacte. Ce qui demeure radical, en revanche, c’est un système qui fabrique sciemment la pauvreté, répond aux protestations qu’elle engendre par le massacre, tout en exigeant encore l’obéissance et le silence.