Pourquoi l’établissement de lignes politiques claires est indispensable pour empêcher la reproduction de la dictature en Iran

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CSDHI – Une unité sans lignes de démarcation claires risque de détourner la révolution iranienne — l’histoire montre que l’absence de frontières nettes ne fait qu’ouvrir la voie à une nouvelle forme d’autoritarisme, de dictature.

Le soulèvement de janvier 2026 et la série de révoltes nationales qui ont suivi ont placé la question de l’avenir de l’Iran au cœur du débat politique. Dès lors que la discussion porte sur le renversement du système en place et sur ce qui doit lui succéder, une hypothèse apparemment intuitive s’impose : tous ceux qui s’opposent à la théocratie au pouvoir seraient nécessairement dans le même camp et avanceraient dans la même direction. C’est précisément à ce moment que surgissent de profondes divergences politiques — et des stratégies contradictoires.

Premièrement, la dictature monarchique en Iran a été définitivement abolie en 1979 par la volonté collective du peuple iranien. Le dernier Shah a été chassé par un consensus populaire. Toute alliance politique avec le fils de ce dictateur renversé entre donc en contradiction directe avec un choix explicite déjà fait par la nation. Reconditionner la monarchie comme une « option » n’a rien de neutre : c’est un déni des faits historiques et de la souveraineté populaire.

Deuxièmement, coopérer avec les vestiges d’une dictature corrompue — dont l’activité actuelle se limite largement au harcèlement, aux invectives et à des comportements antidémocratiques dans les rues européennes et nord-américaines et sur les réseaux sociaux — ne contribue en rien à élargir le front de ceux qui luttent contre la domination cléricale. Bien au contraire, cela sape la confiance d’une population qui résiste activement à la dictature au prix de lourds sacrifices personnels.

Troisièmement, s’aligner sur une figure qui, dans ses propres « plans de transition », concentre entre ses mains l’ensemble des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire est fondamentalement incompatible avec les objectifs d’une révolution démocratique. De tels projets reviennent à préfabriquer une nouvelle autorité absolue — structurellement comparable à la fois à l’absolutisme clérical actuel et à la monarchie sans contrôle du passé. Cette approche ne reflète en rien les aspirations d’un peuple en quête de souveraineté nationale et d’autogouvernement démocratique ; elle les contredit ouvertement.

Quatrièmement, s’allier à quiconque appelle ouvertement à une intervention étrangère pour se faire installer à Téhéran ne peut mener qu’au discrédit politique. Toute imposition venue de l’extérieur, quelle qu’en soit la présentation, prive un mouvement de sa légitimité et aliène précisément ceux dont les sacrifices nourrissent la lutte.

Il existe une différence fondamentale entre la résistance organisée iranienne et le soi-disant « prince ». Cette différence tient à leur conception de la liberté, de la souveraineté populaire et de l’ordre politique à venir. D’un côté se trouvent ceux qui sont sur le terrain — ceux qui ont payé de la prison, de l’exil, de leur sang et parfois de leur vie pour une alternative démocratique. De l’autre, des figures qui parlent de renversement sans avoir assumé le moindre coût, tout en entravant et en détournant le soulèvement populaire.

L’argument selon lequel « la forme du futur système doit être décidée plus tard » peut sembler démocratique en apparence, mais il constitue en pratique une dérive politique grave. Le monarchisme, surtout dans sa version actuelle, n’est pas une théorie politique neutre parmi d’autres. Il s’agit d’une tentative coordonnée de blanchir les crimes d’une dictature passée et de la réimposer comme alternative. L’histoire iranienne est sans équivoque : lorsque les frontières ne sont pas tracées tôt et clairement, la dictature se régénère. En 1979, beaucoup disaient : « D’abord le Shah doit partir, le reste sera décidé ensuite. » Le résultat fut l’instauration de la tyrannie cléricale. Cette erreur ne peut être répétée.

La monarchie n’est pas une préférence politique anodine ; elle est, par nature, antidémocratique dans sa structure. Un référendum réellement libre et équitable ne peut avoir de sens qu’après le rejet total des deux formes de dictature — royale et cléricale. La révolution actuelle contre la théocratie n’est donc pas un détour, mais une étape nécessaire vers l’avant, qui aurait dû suivre la chute de la monarchie, et non revenir vers elle.

La question n’est pas l’opposition à l’unité. La question est que l’unité sans frontières n’est pas une véritable unité. Concrètement, le « vivre ensemble » signifie la solidarité entre forces populaires, groupes sociaux et mouvements démocratiques et nationaux. Les forces qui aspirent à la dictature — ancienne ou nouvelle — ne peuvent se tenir dans le même camp que les forces démocratiques. Mettre victimes et anciens bourreaux sous une même bannière, sans rejet clair du despotisme et de ses racines, constitue une faute politique majeure.

Quiconque cherche à revenir par la dépendance à des puissances étrangères, par l’incitation et l’invective, par des menaces de loi martiale, ou par des alliances déclarées avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (pasdarans), les Bassidjis et les forces sécuritaires répressives, ne fait pas avancer la révolution. Il tente de la neutraliser avant qu’elle n’aboutisse.

Certains opposants autoproclamés au régime clérical, comme Reza Pahlavi, ont ouvertement annoncé leur alignement avec les pasdarans et les forces de sécurité — précisément les institutions responsables de la mort de milliers de personnes lors du soulèvement de janvier 2026. Il ne s’agit pas d’accusations, mais de positions publiquement assumées. Comment peut-on parler d’« unité nationale » en se tenant aux côtés de ceux qui ont assassiné les enfants de la nation ?

Pour tout Iranien doté d’un sens de la dignité, tracer une ligne claire contre les alliés des pasdarans et les tueurs de manifestants est inévitable. Dans ce contexte, l’établissement de frontières n’est pas source de division — il est une question d’honneur. Sans cela, les échecs de l’histoire se répéteront.

Les frontières politiques remplissent deux fonctions essentielles. Premièrement, elles empêchent la tromperie politique. Sans elles, n’importe qui peut prétendre s’opposer au régime sans proposer de programme ni payer le moindre prix. Ceux qui se contentent de surfer sur la vague peuvent se faire passer pour les égaux de ceux qui ont tout sacrifié. La délimitation permet à la société de distinguer les slogans de l’action, la véritable résistance de l’opportunisme, les opposants sincères à la répression de ses partenaires occultes.

Deuxièmement, les frontières empêchent le vol de la lutte populaire. L’histoire iranienne regorge de moments où des soulèvements ont mobilisé les masses, pour que des forces non organisées ou dépendantes s’emparent du résultat à l’étape finale. De la Révolution constitutionnelle à l’ère Mossadegh, de la révolution antimonarchique à aujourd’hui, la leçon est constante.

En définitive, établir des frontières signifie garantir que le sang, la douleur et la résistance du peuple ne servent pas à fabriquer une nouvelle dictature — qu’elle se réclame de la monarchie ou de toute autre étiquette. C’est la garantie d’un système démocratique et populaire. Aujourd’hui, la ligne de fracture centrale est claire : une république démocratique contre le pouvoir héréditaire. Telle est la voie ultime.