Les médias du régime iranien mettent en garde contre une « explosion sous les cendres » alors que le soulèvement de janvier continue de résonner

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CSDHI – Les médias du régime iranien reconnaissent ouvertement l’ampleur des blessures sociales, la paralysie du régime et un climat de peur qui dissuade les manifestants blessés de se rendre à l’hôpital.

Les médias du régime iranien continuent de reconnaître l’impact profond et durable du soulèvement national de janvier 2026, révélant un niveau d’anxiété qui dépasse largement la simple gestion de crise. À travers des métaphores telles que « le feu sous les cendres », les organes alignés sur l’État ne se contentent plus de relater les événements : ils mettent en garde les responsables du régime contre une menace imminente et existentielle, capable de déstabiliser le système de l’intérieur.

Ce langage traduit une prise de conscience croissante au sein même de l’écosystème médiatique du régime : le soulèvement de janvier n’a pas été une flambée isolée, mais une rupture structurelle dont les répliques continuent d’ébranler le paysage politique, social et sécuritaire de l’Iran.

Un régime à la croisée des chemins : déni, sédation ou « traitement national »

Dans un article révélateur intitulé « Le carrefour à trois voies du destin : déni, sédation ou traitement national », le quotidien proche du régime Arman-e Emrooz reconnaît que les récentes manifestations — quels qu’aient été leurs reflux et leurs reprises dans la rue — ont porté des messages que ni les institutions politiques ni les instances exécutives n’ont réellement voulu entendre.

Le journal décrit l’accumulation de « blessures » au sein de la société — des griefs profonds qui se rouvrent périodiquement sous forme de protestations sociales, économiques ou liées aux conditions de travail. Il avertit que l’ignorance de ces réalités conduira inévitablement à des crises récurrentes, imposant à l’État des coûts sociaux, économiques et même sécuritaires de plus en plus lourds.

Selon Arman-e Emrooz, un des médias du régime iranien, l’establishment dirigeant se trouve désormais à une « croisée décisive à trois voies », reconnaissant implicitement que la trajectoire actuelle n’est plus tenable.

L’échec de la « sédation politique »

L’un des aveux les plus frappants de l’article réside dans sa critique de ce qu’il appelle la « sédation politique » — une stratégie qui privilégie l’accalmie à court terme au détriment du traitement des causes profondes de la colère populaire. Plutôt que d’affronter la corruption systémique, la répression et l’effondrement économique, les décideurs s’en remettent à des mesures temporaires destinées à étouffer le mécontentement.

Le journal concède que si cette approche peut réduire momentanément les tensions, elle accélère en réalité l’érosion de la confiance publique et reproduit des formes de contestation plus profondes et plus dangereuses. Il s’agit là d’une reconnaissance rare du fait que le modèle même de gestion de crise du régime est devenu un facteur d’instabilité.

La peur comme politique : des manifestants blessés évitent les hôpitaux

Des aveux encore plus accablants émanent du quotidien Shargh, également affilié au régime, qui met en lumière le climat de terreur régnant dans l’Iran post-soulèvement. Dans un reportage au titre évocateur, « Cause de la blessure : inconnue », le journal documente comment la peur de l’arrestation, des interrogatoires et de la torture empêche les manifestants blessés de chercher des soins médicaux.

Selon Shargh, de nombreuses victimes des manifestations de janvier 2026 ont soigné chez elles des blessures graves plutôt que de risquer une détention à l’hôpital. En conséquence, certaines ont perdu la vue, d’autres sont menacées d’amputation, tandis que beaucoup souffrent d’infections sévères, de handicaps permanents, voire sont décédées.

Le journal affirme explicitement que des considérations judiciaires et sécuritaires ont tenu les blessés à l’écart des centres médicaux — un aveu implicite que les hôpitaux eux-mêmes sont devenus des extensions de l’appareil répressif du régime.

Un système effrayé par sa propre société

Pris ensemble, ces aveux dessinent un tableau cohérent : celui d’un régime profondément effrayé par sa propre société, incapable de résoudre ses crises et de plus en plus contraint de confesser ses vulnérabilités à travers ses propres médias. La peur qui éloigne les citoyens blessés des hôpitaux est la même que celle qui pousse les responsables à se mettre mutuellement en garde contre une « explosion sous les cendres ».

Loin de signaler une stabilité retrouvée, ces reportages des médias du régime iranien soulignent une réalité centrale : le soulèvement de janvier n’est pas terminé. Il s’est inscrit dans le tissu social iranien, réapparaissant sous forme de méfiance, de silence, de blessures non soignées et d’une disponibilité permanente à éclater de nouveau — cette fois avec une force encore plus grande.