La conférence de Berlin marque un tournant stratégique pour l’Iran

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CSDHI – La conférence de Berlin met fin à l’apaisement et souligne une alternative démocratique structurée face au régime clérical iranien.

Le 8 février 2026, Berlin a accueilli une conférence internationale majeure intitulée « Iran : perspectives de changement et redéfinition des politiques ». Rassemblant Mme Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (NCRI), ainsi que des figures politiques internationales éminentes, cette rencontre a dépassé le cadre d’un simple forum de haut niveau pour devenir une plateforme de réévaluation des décennies de politique occidentale envers Téhéran et de présentation d’une alternative claire à la théocratie au pouvoir.

Un contexte critique

Le calendrier de la conférence était crucial. L’Iran, sous la doctrine de la Velayat-e Faqih, fait face à un mécontentement durable, à une détérioration économique profonde et à une mobilisation sociale croissante. Dans ce contexte, les intervenants ont affirmé que le débat ne porte plus sur la réforme du régime, mais sur la gestion d’une transition inévitable.

L’effondrement de l’apaisement et l’émergence d’une alternative démocratique

Charles Michel, ancien président du Conseil européen (2019–2024) et ancien Premier ministre de Belgique, a critiqué directement l’approche de longue date de l’Europe vis-à-vis de Téhéran.

Il a souligné que peu, voire aucun, acteur politique de l’Union européenne ne pourrait mobiliser des foules à l’échelle observée chez les partisans de la Résistance iranienne, suggérant que cette mobilisation reflète un soutien social réel plutôt qu’un activisme symbolique. Selon lui, ce niveau d’organisation indique que le mouvement constitue un courant significatif au sein de la société iranienne.

Michel a ajouté que des décennies d’engagement conciliant avec Téhéran n’ont pas modéré le comportement du régime. Les politiques d’apaisement, selon lui, ont au contraire renforcé le sentiment d’impunité du régime. Il a insisté sur le fait que la ligne de partage essentielle entre gouvernance démocratique et substituts autoritaires réside dans des élections libres et équitables. Dans ce cadre, il a décrit le Plan en dix points du NCRI comme un cadre politique complet capable de guider la transition de la dictature à la démocratie.

Mise en garde contre les fausses alternatives et la manipulation numérique

Un thème central de la conférence de Berlin a été le rejet de ce que les intervenants ont qualifié d’alternatives artificielles ou régressives au régime actuel.

Michel a mis en garde contre les efforts visant à rebrander une restauration monarchique via des campagnes en ligne coordonnées. Il a qualifié certains mouvements sur les réseaux sociaux liés au fils de l’ancien Shah de largement amplifiés par des algorithmes, des réseaux automatisés et des tactiques numériques à grande échelle. Selon lui, les démocraties européennes ne doivent pas confondre visibilité en ligne et légitimité politique réelle, ni laisser l’opinion publique être façonnée par des récits manipulés qui pourraient contrecarrer les aspirations démocratiques de l’Iran.

L’ambassadeur Joachim Rücker, ancien président du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, a renforcé ce constat. Il a noté que certaines plateformes associées à la restauration monarchique ont été critiquées par des chercheurs pour contenir des éléments compatibles avec des modèles de gouvernance autoritaires ou néo-fascistes.

À l’inverse, Rücker a mis en avant les engagements explicites du Plan en dix points de Mme Rajavi en faveur de l’égalité des sexes, de l’abolition de la peine de mort, de la séparation de la religion et de l’État, et de la démocratie pluraliste. À ses yeux, ces principes en font un programme politique fondé sur les droits et tourné vers l’avenir.

Un régime au-delà de la crise

L’ambassadeur Robert Joseph, ancien sous-secrétaire d’État américain au contrôle des armements et à la sécurité internationale, a décrit la situation actuelle en Iran comme dépassant l’instabilité cyclique. S’appuyant sur des parallèles historiques, il a suggéré que le régime n’entame pas seulement une phase de déclin, mais approche d’un stade terminal.

Joseph a souligné la portée politique du désengagement de la classe marchande iranienne vis-à-vis de l’établissement au pouvoir. D’un point de vue historique, lorsqu’un pilier économique traditionnel retire son soutien, les fondements structurels de l’autorité commencent à s’éroder de manière irréversible.

Il a également insisté sur le fait que toute transformation significative doit émerger de l’intérieur de l’Iran. Les acteurs internationaux doivent reconnaître le droit du peuple iranien à déterminer son avenir politique sans imposer de plans externes ni revenir à des systèmes passés discrédités. La question n’est ni le changement de régime imposé de l’extérieur ni la restauration de la monarchie, mais la mise en place d’une transition démocratique souveraine.

Transition organisée et nécessité d’une action internationale

L’ancien ambassadeur allemand Andreas Reinicke a abordé la question sous l’angle de la stabilité régionale. Se référant aux transitions ratées ailleurs au Moyen-Orient, il a affirmé que la variable décisive pour éviter le chaos est la préparation organisationnelle.

Selon Reinicke, la conférence de Berlin et le rassemblement public qui l’accompagnait ont transmis un message clair : contrairement aux mouvements d’opposition fragmentés observés ailleurs, l’Iran dispose d’une alternative structurée et articulée. L’existence d’une plateforme politique définie et d’une direction organisée réduit le risque d’un vide de pouvoir après l’effondrement du régime.

Robert Joseph a complété cette évaluation par des recommandations concrètes : renforcer la pression diplomatique et économique, fermer les ambassades du régime impliquées dans des activités malveillantes, appliquer des sanctions pétrolières globales et garantir un accès Internet libre et illimité pour les citoyens iraniens. Selon lui, ces mesures accéléreraient la dynamique interne déjà en cours.

Vers une république démocratique

La conférence de Berlin a montré un consensus croissant parmi certains segments de la communauté politique internationale : le régime clérical est structurellement incapable de réformer et de plus en plus isolé, tant sur le plan national qu’international. La convergence autour du Plan en dix points comme feuille de route démocratique marque un passage d’un engagement tactique à une clarté stratégique.

Les intervenants ont présenté ce moment non comme un optimisme spéculatif, mais comme une phase de transformation active. Ils ont cité les manifestations en cours en Iran et le plaidoyer international croissant comme preuve que la question n’est plus de savoir si un changement interviendra, mais comment il sera structuré.

La vision articulée à la Conférence de Berlin était claire : un futur Iran défini par une république démocratique, la séparation de la religion et de l’État, l’égalité des sexes et l’abolition de la peine capitale. Dans cette perspective, l’Iran ne retourne pas à une monarchie autoritaire, ni ne reste enfermé dans la théocratie actuelle : il se dirige vers un ordre constitutionnel fondé sur la souveraineté populaire et la responsabilité institutionnelle.

Le titre de la conférence de Berlin – « Iran : perspectives de changement et redéfinition des politiques » – reflète donc à la fois une transformation interne et externe : une redéfinition de la politique occidentale, loin de l’apaisement, et une redéfinition de l’avenir politique de l’Iran, vers la démocratie.