CSDHI – Quatre décennies d’expérimentations politiques visant à contrôler l’enseignement supérieur et les universités ont transformé les campus iraniens — mais ne les ont pas fait taire.
Les lundi 23 et mardi 24 février 2026, les universités iraniennes sont redevenues des points de rassemblement pour des manifestations anti-gouvernementales. Des vidéos circulant en ligne montraient des étudiants scandant des slogans contre la République islamique sur plusieurs campus.
Ce n’était pas un simple incident isolé. Même après la répression massive qui a suivi les manifestations nationales de janvier 2026 — l’une des réponses sécuritaires les plus sanglantes de ces dernières années — les campus universitaires restent politiquement agités.
La question centrale est incontournable : après plus de quarante ans d’efforts systématiques pour contrôler l’enseignement supérieur, pourquoi la République islamique n’a-t-elle pas réussi à soumettre complètement les universités à son contrôle ?
L’ombre longue de la Révolution culturelle

La lutte sur les universités iraniennes a commencé presque immédiatement après la révolution de 1979. En 1980, l’État lança ce qui devint la « Révolution culturelle », fermant les universités pendant des années pour « islamiser » les programmes, purger les professeurs dissidents et restructurer la vie universitaire selon des lignes idéologiques.
Des milliers d’étudiants et de membres du corps professoral ont été évincés. L’objectif était clair : les universités ne devaient pas être des centres indépendants de débat intellectuel, mais des institutions alignées sur les valeurs révolutionnaires.
Au cours des décennies suivantes, l’État a affiné son approche.
Il a considérablement élargi les inscriptions universitaires, en partie pour disperser la concentration politique dans les grandes villes. Il a créé de nouvelles institutions dans des villes plus petites, élargi les programmes d’enseignement à distance et introduit des systèmes de quotas qui ont remodelé la démographie étudiante. Les organisations étudiantes pro-gouvernementales — notamment les branches universitaires de la milice Basij — ont été intégrées aux universités pour surveiller et influencer la dynamique des campus.
Sur le papier, c’était une stratégie complète.
Dans la pratique, elle n’a jamais complètement fonctionné.
Une inadéquation structurelle : les universités produisent des questions
Il existe une raison plus profonde pour laquelle la répression seule n’a pas suffi. Les universités, par leur nature, génèrent des questionnements. Même dans des limites idéologiques, l’exposition aux débats académiques, aux flux d’informations numériques et aux discours mondiaux rend le contrôle total de la narration extrêmement difficile.
Les étudiants iraniens d’aujourd’hui ne sont pas isolés intellectuellement. Grâce aux réseaux sociaux, aux applications de messagerie cryptée et aux réseaux mondiaux, ils peuvent comparer la rhétorique officielle avec la réalité vécue en temps réel.
Cet écart — entre le récit de l’État et l’expérience quotidienne — est politiquement combustible.

Changements générationnels et nouveau langage politique
Chaque génération d’étudiants iraniens a trouvé son propre vocabulaire politique.
La fin des années 1990 a connu des troubles sur les campus lors des manifestations de juillet 1999. Le Mouvement Vert de 2009 a fortement reposé sur l’activisme étudiant. Dans les années 2020, les protestations étudiantes se sont de plus en plus mêlées à des revendications sociales plus larges — déclin économique, restrictions des libertés personnelles et méfiance croissante envers les institutions.
La répression peut calmer temporairement les campus. Mais elle n’a pas rompu le lien entre universités et frustration sociale plus large.
Dans de nombreux cas, des réponses sécuritaires musclées ont renforcé la solidarité plutôt qu’éteint la contestation.
Pression économique et retombées politiques
Les universités ne vivent pas dans un vide.
La crise économique prolongée de l’Iran — marquée par une inflation élevée, une perte de pouvoir d’achat et des perspectives d’emploi limitées — affecte directement les étudiants et les jeunes diplômés. Un diplôme ne garantit plus la mobilité ; pour beaucoup, il garantit l’incertitude.
Lorsque l’anxiété économique converge avec les restrictions politiques, les campus deviennent des arènes naturelles d’expression.
De plus, l’État est confronté à des contraintes structurelles. Une répression soutenue et à grande échelle des jeunes instruits a des coûts à long terme, y compris l’accélération de la fuite des cerveaux. L’Iran a déjà connu une émigration significative de professionnels qualifiés. Une stratégie qui aliénerait définitivement sa cohorte la plus instruite risquerait d’aggraver cette tendance.
Contrôle en apparence, pas en substance
Certes, la République islamique a réussi à renforcer la surveillance, étendre les mécanismes disciplinaires et décourager l’organisation politique ouverte à certains moments. L’activité sur les campus est aujourd’hui plus surveillée que par le passé.
Mais le contrôle de l’espace physique ne se traduit pas automatiquement par un contrôle des idées.
Les réseaux de communication numériques, les cercles étudiants informels et les revendications intergénérationnelles ont transformé la manière dont la contestation s’exprime. Les manifestations d’aujourd’hui peuvent être plus fragmentées, plus décentralisées — mais restent persistantes.
Cela suggère que ce qui semble être un échec de l’application reflète en réalité quelque chose de plus structurel : un État tentant de gérer une société qui a évolué plus rapidement que ses mécanismes de contrôle.
Une question plus profonde
L’agitation récurrente sur les campus iraniens soulève un problème plus large.
La persistance des protestations étudiantes est-elle simplement un échec de la politique sécuritaire ? Ou s’agit-il d’un signe de transformations générationnelles et sociétales profondes, impossibles à éradiquer par des restructurations administratives, une supervision idéologique ou la force ?
Si les universités continuent d’émerger comme centres de contestation malgré quatre décennies d’intervention, la question la plus urgente n’est peut-être pas pourquoi elles résistent au contrôle — mais si ces protestations étudiantes ravivent les braises d’un mécontentement plus large, pouvant déclencher une nouvelle et vaste vague d’opposition.


