CSDHI – L’appareil d’exécutions au sein du système judiciaire de la République islamique d’Iran n’est pas simplement un instrument de châtiment ; il constitue plutôt un mécanisme complexe conçu pour reproduire la terreur, infliger une torture psychologique aux survivants et contenir le potentiel de contestation de la société. Les souffrances liées à l’exécution en Iran s’étendent bien au-delà de la potence : elles se déploient dans les cellules d’isolement emplies d’angoisse, dans le cœur des familles privées d’un dernier adieu, ainsi qu’au-dessus de tombes anonymes dont la simple remise des corps inspire la crainte au pouvoir en place. En mettant en lumière des faits documentés concernant de graves violations des garanties d’une procédure régulière, des exécutions secrètes et des mises à mort silencieuses par privation de soins médicaux, ce rapport révèle une catastrophe humaine qui interpelle la conscience de l’humanité tout entière.
1. Exécutions secrètes ; aucun droit de voir ses proches une dernière fois
Dans la continuité de la tendance alarmante consistant à appliquer les condamnations à mort sans aucune transparence institutionnelle, la pratique inhumaine des « exécutions secrètes » est devenue un instrument de routine dans les prisons du pays. En droit international, le fait de ne pas informer la famille avant une exécution, de priver le condamné d’une dernière visite avec ses proches et de dissimuler le lieu de son inhumation constitue les éléments essentiels du crime d’exécution secrète — une pratique illégale qui se retrouve, point par point, dans les affaires suivantes :
Ali-Asghar Aminipour : âgé de 48 ans, marié et père de trois enfants, originaire du Sistan et résidant à Gorgan. Il a été arrêté le 4 juin 2022 dans une affaire liée aux stupéfiants et a été exécuté à l’aube du 14 juin 2026 à la prison de Birjand, sans notification préalable à sa famille et sans possibilité d’une dernière visite. Les autorités n’ont informé sa famille de son décès qu’après l’exécution de la sentence.
Belal Saadat Jahani (Gorgij) et Mohammad Amin Narouei : Mohammad Amin, âgé de 57 ans, et Belal, âgé de 35 ans, tous deux pères de trois enfants et originaires des provinces du Sistan et du Golestan. Leurs condamnations à mort ont été exécutées respectivement à l’aube du dimanche 14 juin 2026 et du lundi 15 juin 2026 dans la prison centrale de Birjand, sans information préalable à leurs familles et dans une privation totale de leur droit à une dernière rencontre.
Ali-Bakhsh Raeisi : jeune Baloutche de 27 ans, marié et père d’un enfant. Son exécution a également été menée secrètement à l’aube du 14 juin 2026 à la prison de Roudan, dans la province de l’Hormozgan, sans qu’aucune information préalable ne soit communiquée à sa famille.
2. L’angoisse de la mort dans la cellule ; suicide ou mise à mort organisée par l’État ?
La torture psychologique résultant de l’attente interminable de l’exécution et de la menace permanente de la potence est devenue une autre composante meurtrière du système carcéral iranien. Le lundi 22 juin 2026, un détenu de la prison de Ghezel Hesar nommé Mostafa Nezami s’est suicidé et a perdu la vie après avoir subi de très fortes pressions mentales et psychologiques.
Mostafa, arrêté pour homicide et condamné à mort, vivait sous la menace imminente de son exécution depuis 2023. La pression insoutenable, les conditions de détention effroyables et l’absence d’accès à des services spécialisés de santé mentale en prison ont conduit cet homme à un point de rupture où, avant même l’arrivée du bourreau, il a mis fin à ses jours — un drame dont le pouvoir judiciaire et l’Organisation des prisons portent la responsabilité directe.
3. La mort de Jabbar Mostafa à Evine ; une mise à mort silencieuse par privation de soins médicaux
La privation délibérée d’un accès à des soins médicaux adéquats constitue un bras caché et auxiliaire des condamnations à mort, utilisé pour éliminer physiquement les détenus. Jabbar Mostafa, prisonnier politique d’origine irakienne détenu dans le salon 2 du quartier 7 de la prison d’Evin, est un exemple frappant de ces mises à mort silencieuses.
Condamné à un an et demi d’emprisonnement sur la base de l’accusation infondée de « propagande contre l’État », il a perdu la vie après avoir présenté des symptômes aigus d’une crise cardiaque, en raison de l’absence de réponse à ses appels à l’aide médicale et du manquement total des autorités pénitentiaires à intervenir immédiatement. Cette tragédie démontre une nouvelle fois comment l’appareil judiciaire utilise le retard délibéré dans le transfert des prisonniers malades et le refus de leur fournir des soins médicaux comme des instruments de torture et de mort.
4. La prise en otage des dépouilles et les tombes anonymes ; la torture éternelle des survivants
La politique cruelle consistant à retenir les corps des personnes exécutées et à dissimuler leur lieu d’inhumation constitue une forme manifeste de torture psychologique continue infligée aux familles survivantes. Depuis le début de l’année 1405 (mars 2026), les corps d’un grand nombre de prisonniers politiques, notamment Vahid Bani-Amerian, Mohammad Taghavi, Babak Alipour, Pouya Ghobadi, Abolhassan Montazer, Akbar Daneshvarkar, Nima Masoomshahi et Hamed Validi, ainsi que ceux de personnes arrêtées lors des manifestations nationales de janvier 2026, telles que Amir-Hossein Hatami, Mohammad-Amin Bigleri, Shahin Vahedparast et Ali Fahim, ont été enterrés secrètement après leur exécution, sans être restitués à leurs familles.
Cette pratique s’inscrit dans le prolongement de la politique mise en œuvre en 1404 (2025) à l’encontre de prisonniers politiques tels que Mehdi Hassani, Behrouz Ehsani, Ali Mojadam, Habib Deris, Salem Mousavi, et d’autres encore. Le poignant message publié sur Instagram par le père de Vahid Bani-Amerian révèle toute l’ampleur de cette souffrance :
« Combien de temps garderez-vous deux yeux remplis d’attente tournés vers le seuil de la maison ? Vous ne verrez plus jamais l’ombre de votre enfant apparaître à la porte. Ils n’ont toujours pas remis le corps de Vahid ni ceux des autres personnes exécutées, et ils n’ont pas davantage révélé l’emplacement de leurs tombes. »
5. Entraves systématiques aux garanties d’une procédure régulière ; l’ingénierie des condamnations à mort
Les faits mis en évidence dans les affaires récentes démontrent que les garanties juridiques accordées aux accusés ont été totalement anéanties :
L’affaire Armin Noormohammadi : étudiant en architecture né en 1998, il a été condamné à mort pour « Moharebeh » (« inimitié envers Dieu ») par le juge Salavati, de la 15ᵉ chambre du tribunal révolutionnaire, pour avoir causé des dommages mineurs à un distributeur automatique de la banque Sepah lors des manifestations de 2022. Cette condamnation a été prononcée alors même que les dommages financiers, évalués à 184 millions de tomans, avaient été intégralement remboursés et que la partie civile avait officiellement retiré sa plainte. Son avocat, Ali Sharifzadeh Ardkani, a déclaré avoir déposé un recours dans le délai légal ; toutefois, le juge Salavati refuse de transmettre le dossier à la Cour suprême et affirme, à tort, qu’aucun appel n’a été formé.
L’affaire Peyman Ganjehi : jeune homme de 33 ans et l’un des manifestants arrêtés lors des protestations nationales de janvier 2026. Il a été condamné à mort par le juge Iman Afshari, de la 26ᵉ chambre du tribunal révolutionnaire, pour « Moharebeh », l’accusation reposant sur l’allégation selon laquelle il aurait incendié des biens publics.
Les affaires des manifestants de Zahedan : des condamnations à mort ont été prononcées contre Misagh Rahmatzadeh (Kharkouhi), un jeune Baloutche de 18 ans soumis à de graves tortures physiques et psychologiques afin de lui extorquer des aveux forcés, ainsi que contre Yasin Kabdani, âgé de 22 ans, qui était mineur (17 ans) au moment de son arrestation et a été condamné à mort uniquement sur la base d’aveux obtenus sous la torture.
Saadan Hassani : un autre exemple particulièrement effroyable est celui de l’exécution de sa condamnation à mort à la prison de Hamedan, après vingt-six années passées dans l’attente angoissante de son exécution, sous la menace permanente d’un décret de mise à mort.
6. Les signaux d’alarme d’exécutions imminentes et les avertissements de la communauté internationale
À la suite de l’accalmie relative des conflits régionaux et des tensions géopolitiques, les autorités iraniennes ont considérablement intensifié leur vague de répression intérieure. Les transferts discrets de détenus ont fait retentir l’alarme quant à l’exécution imminente de nouvelles condamnations à mort.
Transfert vers les quartiers d’attente d’exécutions
Le 13 juin 2026, Ali Fattah (Kamali) et Mohammad (Babak) Naghizadeh, tous deux manifestants arrêtés lors des protestations de janvier 2026, ont été immédiatement transférés de la prison du Grand Téhéran vers la prison de Ghezel Hesar, à Karaj, après la confirmation de leurs condamnations à mort (pour les chefs d’accusation de Moharebeh et de Sab-al-Nabi, fondés sur des aveux obtenus sous la torture).
Parallèlement, Alireza Peighambari, prisonnier politique de 26 ans, précédemment condamné à mort par la 23ᵉ chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran pour Moharebeh et dont le dossier est actuellement pendant devant la Cour suprême, a lui aussi été transféré de la prison du Grand Téhéran vers la prison de Ghezel Hesar (lieu d’exécution des condamnations). Une source informée avait auparavant indiqué qu’Alireza Peighambari n’avait même pas pris part aux manifestations et qu’il s’était retrouvé au milieu de la foule par pur hasard, après avoir quitté son lieu de travail.
En outre, Ali Pishevarzadeh, athlète de 28 ans, médaillé en water-polo et originaire de Rasht, est lui aussi exposé à un risque imminent d’exécution pour le chef d’accusation de Moharebeh.
Avertissement de Volker Türk
Soulignant qu’au moins 40 personnes avaient été exécutées depuis le début de l’année 2026 pour des accusations liées à la sécurité nationale — dont 18 manifestants —, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a qualifié la situation en Iran de critique, déclarant :
« J’éprouve une profonde solidarité envers le peuple iranien, pris entre la guerre et une répression brutale. »
Déclaration conjointe de l’Union européenne et d’Amnesty International
L’Union européenne a fermement condamné les violations généralisées des droits humains ainsi que le recours aux exécutions pour réduire au silence les voix dissidentes à la suite des manifestations de janvier 2026.
Amnesty International, ainsi que sa secrétaire générale, Agnès Callamard, ont également averti que les accords géopolitiques et les cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran ne devaient pas servir de « bouclier à la poursuite de l’impunité » ni masquer une intensification de la répression intérieure.
Conclusion et recommandations exécutives et juridiques
(Un appel urgent à l’action)
Les souffrances liées à l’exécution doivent cesser. La communauté internationale ne doit pas confondre la fin des affrontements militaires dans la région avec la fin de sa propre responsabilité ; sous le lourd voile de la répression actuelle, les potences en Iran continuent de faucher la vie de jeunes à un rythme sans précédent.
Une paix dépourvue de justice ne fait qu’assurer l’impunité des auteurs de violations des droits humains. Afin d’enrayer cette trajectoire catastrophique, les mesures concrètes suivantes sont impératives :
Criminalisation internationale des « exécutions secrètes » et de la prise en otage des dépouilles
Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies doit documenter et enquêter sur l’absence de notification aux familles, la privation des dernières visites et la rétention des corps des personnes exécutées en tant que « manifestations évidentes de torture systématique » et crimes contre l’humanité.
Parallèlement, la communauté internationale doit exercer une pression diplomatique soutenue sur la République islamique afin qu’elle mette fin à ces violations flagrantes des droits humains.
Sanctions contre les juges prononçant des condamnations à mort et les responsables de la répression des manifestations
Il est essentiel que le juge Abolghasem Salavati (15ᵉ chambre) et le juge Iman Afshari (26ᵉ chambre), qui prononcent des condamnations à mort en empêchant systématiquement l’exercice des recours judiciaires et en s’appuyant sur des aveux extorqués sous la torture, fassent l’objet de sanctions internationales sévères et soient poursuivis devant les juridictions pénales internationales.
Conditionner tout accord diplomatique à l’arrêt des exécutions
Comme l’a souligné Amnesty International, les gouvernements occidentaux et les institutions internationales doivent subordonner tout accord politique ou économique avec Téhéran à l’arrêt immédiat de la machine des exécutions, à la libération inconditionnelle des manifestants et au respect absolu du droit à la vie.
Création d’une commission internationale d’enquête sur les mises à mort silencieuses par privation de soins et les suicides provoqués
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme doivent enquêter, au sein d’une commission internationale indépendante, sur des affaires telles que la mise à mort silencieuse de Jabbar Mostafa à la prison d’Evin et les suicides provoqués par l’attente de l’exécution, comme celui de Mostafa Nezami à Ghezel Hesar, afin que les autorités pénitentiaires répondent concrètement de leurs actes.


