CSDHI – Une diplomatie qui fait abstraction des droits humains, des exécutions, des prisonniers politiques et des revendications du peuple iranien risque de légitimer la répression au lieu de favoriser la stabilité.
Alors que l’attention internationale se tourne une nouvelle fois vers les négociations avec Téhéran, un débat récurrent ressurgit : faut-il dissocier la diplomatie nucléaire et la sécurité régionale du bilan de l’Iran en matière de droits humains ?
L’expérience montre que non.
Tout accord visant à instaurer une stabilité durable tout en fermant les yeux sur la répression systématique qui sévit en Iran repose sur des bases fragiles. La diplomatie peut répondre à des préoccupations sécuritaires immédiates, mais elle ne peut produire des résultats durables si elle ignore les atteintes permanentes de l’État contre ses propres citoyens.
C’est depuis longtemps l’argument central défendu par l’opposition démocratique iranienne, qui appelle constamment les gouvernements démocratiques à subordonner leurs relations avec Téhéran à des progrès mesurables en matière de droits humains, notamment à la fin des exécutions. De plus en plus, toutefois, cette position ne se limite plus à l’opposition. Les organisations internationales de défense des droits humains ainsi que les experts des Nations unies parviennent désormais à des conclusions similaires.
La raison en est simple.
Les violations des droits humains en Iran ne sont pas des abus isolés coexistants avec la politique gouvernementale ; elles constituent un élément essentiel du mode de gouvernance du régime des mollahs. Les exécutions, les arrestations arbitraires, la torture et l’emprisonnement des opposants ne sont pas des exceptions au système : ils en sont l’un des principaux instruments de contrôle.
L’ampleur de la répression illustre cette réalité.
Au cours de la seule semaine écoulée, 48 prisonniers auraient été exécutés, soit une moyenne de près de sept exécutions par jour. Parmi eux figuraient deux femmes, tandis que beaucoup des autres étaient de jeunes Iraniens dont les parcours avaient déjà été marqués par les difficultés économiques et la marginalisation sociale avant même leur entrée dans le système judiciaire.
Dans le même temps, de nouvelles peines de prison ont continué de viser des militants syndicaux, des avocats, des prisonniers politiques ainsi que des membres de minorités religieuses.
Un militant syndical a été condamné à 42 mois d’emprisonnement pour avoir défendu les droits des travailleurs. Le prisonnier politique Taqi Salimi serait décédé dans des circonstances suspectes à la prison d’Amol après avoir été arrêté lors des manifestations nationales. L’avocat Javad Alikordi a été condamné à 18 ans de prison après avoir organisé une cérémonie commémorative en hommage à son frère tué. Par ailleurs, les forces de sécurité ont arrêté des dizaines de citoyens sunnites lors de descentes nocturnes dans la province du Khuzestan.
Ces événements ne sont pas des incidents isolés.
Pris ensemble, ils témoignent d’un système politique qui continue de s’appuyer sur la peur, l’emprisonnement et la peine capitale pour étouffer toute contestation, tout en cherchant simultanément à acquérir une légitimité internationale par la voie diplomatique.
Dans ce contexte, l’une des formes de résistance les plus remarquables est apparue au sein même des prisons du pays.
Depuis plus de deux ans, des militants emprisonnés participant à la campagne « Les mardis contre les exécutions » (No to Execution Tuesdays) observent chaque semaine une grève de la faim afin de protester contre le recours croissant à la peine de mort. Ce mouvement est récemment entré dans sa 126ᵉ semaine consécutive, avec l’adhésion des détenus de la prison de Kerman.
Sa longévité revêt une portée politique qui dépasse largement les murs des prisons.
Dans une déclaration récente, les prisonniers participant à cette campagne ont affirmé que les droits humains du peuple iranien « ne sont pas négociables » et se sont engagés à poursuivre leur combat pour la liberté, l’égalité et l’abolition de la peine de mort, quels qu’en soient les sacrifices personnels.
Ce message mérite toute l’attention.
Cette campagne démontre que même ceux qui subissent la répression la plus sévère du régime refusent que les droits humains deviennent une monnaie d’échange dans les négociations internationales. Leur position soulève une question évidente : si ceux qui risquent leur vie en Iran refusent de dissocier la diplomatie des droits humains, pourquoi les gouvernements étrangers le feraient-ils ?
Cette interrogation est de plus en plus relayée par les institutions internationales.
Amnesty International a averti que tout accord conclu entre les gouvernements occidentaux et Téhéran ne devait pas devenir un bouclier protégeant de toute responsabilité les auteurs de graves violations des droits humains. Selon l’organisation, un accord durable doit placer la justice, l’obligation de rendre des comptes, les réparations dues aux victimes et la protection des droits fondamentaux au cœur de ses dispositions. Dans le cas contraire, les négociations risquent de renforcer la culture de l’impunité qui caractérise la République islamique depuis plusieurs décennies.
L’organisation a également indiqué que, depuis le début du récent conflit, les autorités iraniennes ont intensifié la répression intérieure en procédant à des milliers d’arrestations arbitraires et à des dizaines d’exécutions, tandis que l’attention internationale demeurait focalisée sur les développements régionaux.
Les experts des Nations unies ont exprimé des préoccupations similaires.
La Rapporteuse spéciale des Nations unies, Mai Sato, ainsi que douze experts indépendants de l’ONU, ont récemment salué la cessation des hostilités tout en soulignant que le peuple iranien lui-même était largement absent des discussions concernant l’avenir du pays.
Leur constat met en évidence un important déficit démocratique.
Au cours des dernières années, des millions d’Iraniens ont participé à des manifestations nationales réclamant des changements politiques et juridiques fondamentaux. Pourtant, les négociations concernant l’Iran continuent de porter principalement sur les gouvernements, les programmes nucléaires et la sécurité régionale, sans véritable prise en compte des aspirations exprimées à maintes reprises par la population iranienne.
Cette réflexion dépasse ainsi le seul cadre traditionnel des droits humains.
Elle devient une question de représentation politique.
Le droit à la vie ne peut être dissocié du droit à la participation politique. La liberté d’expression ne peut être séparée du droit des citoyens de décider de l’avenir de leur propre pays. Tout cadre diplomatique qui néglige ces principes ne traite qu’une partie de la crise.
L’importance croissante accordée aux droits humains par les organisations internationales traduit une évolution significative.
De plus en plus, le débat ne porte plus uniquement sur le respect, par Téhéran, de ses obligations internationales. Il concerne également la légitimité même de tout accord qui ignorerait les revendications des personnes les plus directement concernées par ses conséquences.
C’est une question que les gouvernements démocratiques ne devraient pas écarter.
La diplomatie demeure un instrument essentiel des relations internationales. Mais une diplomatie qui ferme les yeux sur une répression systématique ne résout pas les causes profondes de l’instabilité. Elle ne fait que les repousser.
Un accord durable avec l’Iran exige davantage que des engagements sur le nucléaire ou des arrangements régionaux. Il nécessite que les violations des droits humains donnent lieu à une véritable obligation de rendre des comptes, que les libertés fondamentales soient protégées et que la voix du peuple iranien soit reconnue comme indispensable à toute réflexion sur l’avenir du pays.
Sans ces éléments, tout accord pourra peut-être atteindre des objectifs politiques à court terme. Il est peu probable, en revanche, qu’il permette d’instaurer une paix durable ou une stabilité véritable.


