L’impasse structurelle de l’Iran : pourquoi les crises – la guerre et les exécutions – sont devenues les piliers de la survie du régime

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CSDHI – Les crises politiques, économiques et sociales qui s’aggravent en Iran ne sont pas des échecs isolés. Elles sont les symptômes d’un conflit irréconciliable entre le régime et une société qu’il ne peut plus gouverner par le consentement.

Une crise qui prend sa source au sommet

En août 2026, l’Iran est confronté à une convergence de crises politiques, économiques, sociales et internationales. La question importante n’est toutefois pas simplement de savoir pourquoi ces crises existent, mais d’où elles proviennent et comment elles se répercutent au sein de la société iranienne.

Dans tout système politique, la situation de la société est indissociable de la nature et de l’action de ses institutions dirigeantes. Les difficultés économiques, la répression politique, les troubles sociaux et les confrontations internationales n’apparaissent pas indépendamment de l’État. Ils sont façonnés, aggravés ou atténués par les politiques de ceux qui détiennent le pouvoir.

En Iran, cela renvoie directement à la structure même du régime.

L’institution centrale du système au pouvoir a toujours été la doctrine et l’institution du velayat-e faqih, ou pouvoir absolu du clergé. Dès l’origine, une contradiction fondamentale existe entre les intérêts de cette structure dirigeante et ceux de la société iranienne.

Pendant des décennies, le régime a résolu cette contradiction en donnant la priorité à sa propre survie plutôt qu’aux besoins et aux revendications de la population.

Ce qui n’était autrefois qu’une contradiction politique persistante s’est désormais transformé en quelque chose de bien plus profond : un conflit structurel apparemment irréconciliable entre le régime et la société.

Lorsque la crise au sein de la société pénètre le régime

Les contradictions politiques ne restent pas éternellement confinées à la relation entre le gouvernement et la population. Lorsqu’elles s’intensifient au fil des décennies, elles finissent inévitablement par pénétrer elles-mêmes les institutions du pouvoir.

C’est apparemment le stade auquel l’Iran est parvenu.

La crise structurelle du régime est désormais visible dans pratiquement toutes les dimensions de la gouvernance — politique, économique, idéologique, sociale, professionnelle et culturelle. Les conflits internes entre factions, la paralysie économique, l’ampleur des mécontentements sociaux et le recours constant du régime à la coercition renvoient tous au même problème sous-jacent : la structure dirigeante dispose de moins en moins d’un mécanisme viable permettant de concilier ses propres exigences de survie avec les revendications de la société iranienne.

Le régime est donc confronté à un dilemme qui ne possède aucune solution institutionnelle simple.

La réforme menace les structures dont dépend sa survie. La poursuite de la répression, quant à elle, approfondit l’hostilité sociale même qui rend la réforme de plus en plus inévitable.

C’est là l’essence même d’une impasse structurelle.

La guerre à l’étranger et les exécutions à l’intérieur du pays

Face à cette impasse, le régime s’est de plus en plus appuyé sur deux instruments : le conflit extérieur et la répression intérieure.

Il ne faut pas considérer ceux-ci comme de simples tactiques temporaires. Du point de vue du régime, ils sont devenus des mécanismes de survie.

La confrontation extérieure permet aux autorités d’invoquer la sécurité nationale, de mobiliser leurs soutiens, de réprimer la dissidence et de détourner l’attention du public des échecs intérieurs. À l’intérieur du pays, les exécutions et la répression systématique servent d’instruments d’intimidation, en particulier lorsque les autorités craignent que les mécontentements économiques et politiques ne convergent pour donner naissance à des troubles à l’échelle nationale.

Le danger pour le régime est que l’abandon de l’un ou l’autre de ces instruments pourrait révéler l’ampleur de sa vulnérabilité intérieure.

Si la confrontation extérieure diminue, le régime risque de perdre l’un de ses principaux outils de mobilisation et de diversion.

Si la répression est considérablement assouplie, les mécontentements accumulés au fil des années pourraient disposer d’un espace plus important pour s’organiser et s’exprimer.

Cela permet de comprendre pourquoi le régime revient régulièrement aux mêmes politiques, même lorsque leurs coûts sont manifestes.

L’Assemblée des experts révèle l’impasse

Une déclaration lue le 3 août 2026 à la télévision d’État iranienne par l’Assemblée des experts fournit un exemple révélateur de cette mentalité.

Selon cette déclaration, l’instance a souligné la poursuite de ce qu’elle a appelé le « front de la résistance mondiale » et appelé à maintenir la mobilisation publique en soutien aux dirigeants.

La déclaration a salué les rassemblements nocturnes et appelé à maintenir la présence dans les rues aussi longtemps que les dirigeants le jugeraient nécessaire.

Ce langage est significatif.

Plutôt que de présenter un programme destiné à répondre à l’inflation, au chômage, à la pauvreté, à la corruption, à la baisse du niveau de vie ou aux revendications politiques, la réponse institutionnelle du régime met l’accent sur la mobilisation et la confrontation.

Le message confirme de fait que les dirigeants n’envisagent pas leur avenir à travers une ouverture de l’espace politique à la société, mais à travers le maintien d’un état de mobilisation permanente.

L’appel à la poursuite du « front de la résistance mondiale » signale également que le régime continue de considérer son réseau régional et sa projection de puissance à l’extérieur comme des éléments essentiels de sa posture stratégique.

En d’autres termes, le coût des ambitions régionales du régime continue d’être transféré à la société iranienne.

Les exécutions : une répression qui risque de produire l’effet inverse

Le deuxième pilier est le recours croissant à la peine capitale.

Le régime s’est régulièrement appuyé sur les exécutions pour intimider la société et dissuader toute opposition politique. Pourtant, même certaines voix issues de l’establishment politique et juridique iranien ont reconnu que cette stratégie pouvait produire précisément l’effet inverse.

Dans un commentaire publié le 3 août par le site Didar, affilié au régime, l’avocat Ali Mojtahadzadeh a averti que les exécutions prononcées dans le but de préserver le système politique pourraient finalement se retourner contre celui-ci.

Il a affirmé que des considérations politiques influençaient les condamnations à mort et cité le cas du manifestant Mohsen Shekari comme exemple de ce qu’il a décrit comme des décisions judiciaires motivées par des considérations politiques.

L’importance de cette critique ne réside pas seulement dans le cas individuel. Elle montre que le recours du régime aux exécutions suscite des inquiétudes même parmi des personnalités évoluant au sein de son propre environnement politique.

La contradiction fondamentale est claire : les exécutions peuvent temporairement intimider des individus, mais elles peuvent simultanément approfondir la colère collective et transformer les victimes en symboles de résistance.

Chaque exécution politiquement motivée risque de créer un nouveau grief qui ne peut être facilement effacé.

Les trois branches du régime et la crise de légitimité

Le problème dépasse donc la responsabilité de responsables individuels ou les abus judiciaires isolés.

Lorsque le pouvoir politique, la justice et les institutions législatives sont placés sous le contrôle ultime d’une même structure de pouvoir non élue, la séparation entre la loi et les considérations politiques devient de plus en plus floue.

Il en résulte un système dans lequel la loi peut devenir un instrument de contrôle politique plutôt qu’une protection contre celui-ci.

Cela permet de comprendre pourquoi la défiance du public s’est enracinée si profondément.

La société iranienne a connu des décennies d’exécutions, d’arrestations arbitraires, de corruption, de mauvaise gestion économique, de discriminations et de répression politique. Chaque nouvelle crise est donc interprétée à la lumière de l’expérience accumulée au cours des décennies précédentes.

Le conflit entre la société et le régime n’est pas le produit d’une seule élection, d’un seul ralentissement économique ou d’une seule vague de manifestations.

Il est le produit d’une accumulation historique.

La véritable question n’est plus de savoir s’il existe une crise

La question centrale à laquelle l’Iran est confronté n’est plus de savoir si le régime traverse une crise.

Les preuves sont visibles dans l’ensemble du paysage politique et social du pays.

La question plus profonde est de savoir si un système dont les principaux mécanismes de survie sont la répression à l’intérieur du pays et la confrontation à l’extérieur peut résoudre le conflit structurel qui a produit ces crises en premier lieu.

La réponse semble de plus en plus négative.

Un gouvernement ne peut pas résoudre durablement une crise de légitimité par des exécutions. Il ne peut pas résoudre les revendications économiques par la propagande. Il ne peut pas répondre aux demandes sociales par la coercition. Et il ne peut pas indéfiniment substituer la confrontation extérieure à la gouvernance intérieure.

À un moment donné, les contradictions s’accumulent au-delà de la capacité de la répression à les contenir.

C’est pourquoi la situation actuelle en Iran ne doit pas être comprise comme un ensemble de crises distinctes. La crise économique, la crise politique, les troubles sociaux, les violations des droits humains et la confrontation internationale sont des expressions interdépendantes d’une impasse structurelle plus profonde.

Les propres réponses du régime révèlent le problème.

Plutôt que d’ouvrir la voie à une participation politique, à une responsabilité économique et au respect des droits fondamentaux, il continue de s’appuyer sur les mêmes mécanismes qui ont produit le conflit.

Pour la société iranienne, cela laisse sans réponse la question politique fondamentale : un système fondé sur l’autorité absolue du clergé peut-il coexister avec une population qui réclame de plus en plus de liberté, de responsabilité et d’autodétermination politique ?

La confrontation croissante entre ces deux forces est en train de devenir la réalité politique déterminante de l’Iran.

Et tant que le régime continuera de considérer la répression et la confrontation comme des solutions, il risque de transformer les instruments mêmes conçus pour assurer sa survie en forces accélérant finalement son effondrement.