Iran : exécutions à grande échelle et destruction de preuves de crimes contre l’humanité

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CSDHI – Entre le 23 août et le 15 septembre 2026, la République islamique d’Iran a exécuté au moins 61 prisonniers dans des établissements pénitentiaires à travers le pays. Cette hausse sans précédent démontre une intensification systématique du recours aux exécutions comme outil de répression, d’intimidation sociale et de purge politique. Au cours de cette période, une personne a été exécutée toutes les 9,6 heures.

Parallèlement à cette vague d’exécutions de personnes ne relevant pas de dossiers politiques, deux nouvelles condamnations à mort ont été prononcées contre des personnes arrêtées lors des manifestations du 22 décembre 2025 au 22 janvier 2026, renforçant les inquiétudes quant à l’utilisation de la peine capitale pour réprimer la dissidence et intimider la jeune génération.

Dans le même temps, le gouvernement a entrepris la démolition de la prison de Gohardasht ainsi que la destruction de fosses communes de victimes des années 1980 et du massacre de 1988 dans plusieurs villes. Ces actions constituent l’effacement de preuves de crimes contre l’humanité, entravent les efforts visant à établir la vérité et, en vertu du droit international, constituent une continuation du crime.

Le présent rapport appelle les mécanismes des Nations unies à prendre d’urgence des mesures concrètes et préventives pour mettre un terme à la machine à exécuter, empêcher la destruction des preuves et garantir que les auteurs de ces graves violations des droits humains répondent de leurs actes.

Introduction

Ces dernières années, l’Iran a enregistré le nombre d’exécutions le plus élevé parmi les pays où de telles données sont publiquement documentées et rapportées ; en 2025, le pays représentait environ 80 % des exécutions recensées dans le monde, le gouvernement utilisant cette peine comme un outil de contrôle politique, de répression sociale et d’instauration de la peur au sein de la population. La nouvelle vague d’exécutions de septembre 2026 — accompagnée du prononcé de condamnations à mort contre des manifestants et de la destruction de preuves concernant des crimes passés — reflète un schéma systématique de violations des droits humains, notamment :

  • Violation du droit à la vie (61 exécutions en 24 jours)
  • Procès inéquitables (disparition forcée, absence d’information de la famille, refus d’accès à un avocat ; affaire Omidreza Heidari)
  • Torture et aveux forcés (informations faisant état de coercition et de torture lors des interrogatoires d’Omidreza Heidari)
  • Exécutions politiques (condamnations à mort prononcées contre deux manifestants : Mohammadreza Majidi-Asl et Omidreza Heidari)
  • Destruction de preuves de crimes contre l’humanité (démolition de la prison de Gohardasht ; nivellement de la parcelle 41 de Behesht-e Zahra ; destruction de fosses communes à Khavaran, ainsi qu’à Tabriz, Mashhad et Ahvaz)

Ces actes constituent des violations manifestes du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), des normes relatives au procès équitable et des obligations de l’Iran au regard des mécanismes des Nations unies relatifs aux droits humains.

1. La vague d’exécutions du 23 août au 15 septembre

Statistiques des exécutions

  • 61 exécutions en 24 jours
  • Moyenne : 2,5 exécutions par jour
  • Environ une exécution toutes les 9,5 heures

Caractéristiques de la vague d’exécutions

  • Large dispersion géographique (de Tabriz à Zahedan, de Mashhad à Ahvaz)
  • Exécution de femmes, de jeunes et de personnes ayant des enfants
  • Exécution de ressortissants afghans

En raison de l’absence de données officielles et de l’opacité structurelle du système judiciaire iranien, ces chiffres représentent des nombres minimums vérifiés, et le nombre réel d’exécutions est probablement nettement supérieur.

Journal quotidien des exécutions (23 août – 15 septembre)

23 août – 9 exécutions

  • Majid Adineh – manifestant du mouvement de Dey 1404
  • Fatemeh Kamal-Zare’ – Karaj
  • Ardalan Sabzi – Maku
  • Mohammadali Kafashi – Semnan
  • Hamed Emami – Semnan
  • Mahmoud Talebi – Vakilabad, Mashhad
  • Hossein Hessari – Vakilabad, Mashhad
  • Navid Mohammadpour – Dehdasht
  • Ali Zibaei – Semnan

24 août – 7 exécutions

  • Arezoo Rostad – 23 ans – Ispahan
  • Saleh Zeidabadi – Ispahan
  • Mer’at Zeidabadi (neveu de Saleh) – Ispahan
  • Amir Danaei – Ispahan
  • Bahram Keshavarzi – Chiraz
  • Mosib (nom de famille inconnu) – Mashhad
  • Shafi’ Shokati – 39 ans – père de 4 enfants – Chiraz

25 août – 7 exécutions

  • Saeed Najafi – Qezel Hesar
  • Hamid Najafi (frère de Saeed) – Qezel Hesar
  • Zahra Azizpour – Lakan, Rasht
  • Hedayat Jamalzadeh – Lakan, Rasht
  • Ali-Asghar Salarzehi – Yazd
  • Omid (Aliakbar) Shahouzehi – Zahedan
  • Yousef Bavi – Sepidar, Ahvaz

26 août – 3 exécutions

  • Mostafa Vosoughi – Khorramabad
  • Masoud Hemmati – Sari
  • Esmail Ajami – Sari

29 août – 4 exécutions (Tabriz)

  • Yavar Alizadeh – 28 ans
  • Hossein Khalilian – 40 ans
  • Mojtaba Vahedi – 28 ans – père d’un enfant
  • Davoud Tarkhan – 48 ans – père de quatre enfants (dont un handicapé)

31 août – 2 exécutions (Qom)

  • Abbas Mardani – 30 ans
  • Mansour Rahiminejad – 38 ans – père d’une jeune fille

1er septembre – 2 exécutions

  • Sina Alipour – 26 ans – Zahedan
  • Mojtaba Salahi Laqani – Lakan, Rasht

2 septembre – 8 exécutions

  • Aziz Roshanayi – Adelabad, Chiraz
  • Ali Mirrezai – chanteur – Babol
  • Omid Rakhshani – Vakilabad, Mashhad
  • Yaser Momeni – Adelabad, Chiraz
  • Ansar Nami – 52 ans – ressortissant afghan – Vakilabad
  • Nazif Rasoulkhandeh – 46 ans – ressortissant afghan – Vakilabad
  • Ahmad Haj-Hosseini – 50 ans – Gorgan
  • Valijan Norzai – 29 ans – ressortissant afghan – Rafsanjan

5 septembre – 1 exécution

  • Reza Salimi – Semnan

6 septembre – 3 exécutions (Mashhad)

  • Mohammadreza Mohammadparast
  • Fatemeh Jahangard – 40 ans
  • Mehrdad Mokhtari – 24 ans

8 septembre – 1 exécution

  • Ezzat Asgari – Behshahr

9 septembre – 4 exécutions

  • Mohammad Yousef Issa-Zehi (Rigi) – 40 ans – père de 5 enfants – Ispahan
  • Shahrukh Pourasmaeili – 27 ans – Ispahan
  • Hossein Ghasemzadeh – 54 ans – père de 3 enfants – Ispahan
  • Mohammadreza Nirang – 30 ans – Yazd

13 septembre – 8 exécutions

  • Hashem Rakhshani – 34 ans – père de 2 enfants – Zabol
  • Amanollah Nazarkhani – Zabol
  • Mohammad Mousa-Zehi – 34 ans – père de 2 enfants – Iranshahr
  • Asghar Pish-Ahang – 34 ans – père de 3 enfants – Zahedan
  • Yousef Abil – 27 ans – père de 2 jeunes enfants – Jiroft
  • Farzad Ahmadpour – 35 ans – Jiroft
  • Khalil Afghan – ressortissant afghan – Zahedan
  • Houshang Soltani – 37 ans – Ispahan

14 septembre – 1 exécution

  • Abdolrahim Narouyi Rozaneh – 47 ans – père de 9 enfants – Ispahan

15 septembre – 1 exécution

  • Fereydoun Akbarzadeh – Ilam – père de plusieurs enfants

2. Condamnations à mort politiques récentes

Mohammadreza Majidi-Asl – 34 ans

  • Arrêté lors des manifestations de Dey 1404
  • Condamné à mort et à la confiscation de ses biens
  • La Cour suprême a rejeté son recours
  • Accusations : « action opérationnelle pour le compte d’un État hostile », « collaboration avec des groupes hostiles »

· La Cour suprême avait précédemment annulé les condamnations à mort prononcées contre lui et Bita Hemmati (l’épouse de Mohammad-Reza) et renvoyé l’affaire devant une juridiction de même degré pour un nouveau procès ; toutefois, lors de la procédure récente, le recours de Majidi-Asl a été rejeté.

Omidreza Heidari – 19 ans, étudiant originaire d’Izeh

  • Arrêté lors des manifestations de Dey 1404
  • Condamné à mort par le tribunal révolutionnaire d’Ispahan
  • Disparition forcée après son arrestation
  • Informations faisant état de torture et de coercition pendant son interrogatoire
  • Les accusations comprennent :
    • destruction délibérée de biens publics ;
    • propagande contre l’État ;
    • insultes envers le Guide suprême ;
    • incitation ;
    • rassemblement et collusion contre la sécurité nationale.

3. Destruction des preuves d’exécutions et de crimes contre l’humanité

A) Démolition de la prison de Gohardasht (Karaj)

Les médias d’État, notamment Alborz TV et l’agence de presse Fars, affiliée aux Gardiens de la révolution, ont diffusé le 22 Shahrivar 1405 (13 septembre 2026) des images montrant la démolition de la prison de Gohardasht en présence de Heydar Asiabi, directeur de l’Organisation des prisons iraniennes. Il a déclaré :

« Sur ordre explicite de la direction de l’autorité judiciaire, nous sommes aujourd’hui ici, à Karaj, afin de procéder à la démolition de tous les murs d’enceinte de la prison. Les travaux ont commencé et seront achevés dans un délai d’un mois afin de préparer le terrain pour un développement urbain — résidentiel et commercial. »

Gohardasht était l’un des principaux centres de torture et d’exécutions politiques dans les années 1980. Après Evin, c’est là qu’a eu lieu le plus grand nombre de pendaisons lors du massacre de 1988. Son « couloir de la mort », sa « salle de la mort » et d’autres lieux de torture sont documentés depuis des décennies et ont été présentés en détail lors du procès de Hamid Nouri (1400–1401).

Note au lecteur :

Le procès de Hamid Nouri — accusé d’avoir participé à l’exécution massive de prisonniers politiques iraniens durant l’été 1988 — s’est achevé le 4 mai 2022. Le 14 juillet, le tribunal de district de Stockholm, en Suède, a condamné Nouri à la réclusion criminelle à perpétuité pour son rôle dans les exécutions de prisonniers politiques en 1988.

Le procès a duré neuf mois et s’est déroulé en 92 audiences, au cours desquelles 34 plaignants et 26 témoins ont déposé.

B) Destruction des fosses communes

  • La destruction de la parcelle 41 de Behesht-e Zahra — lieu d’inhumation de milliers de prisonniers politiques, dont la majorité étaient des sympathisants et des membres de l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI), exécutés en 1981 sur ordre de la République islamique — menée en août 2025 sur ordre de Khamenei.
  • Destruction de Khavaran (site du massacre de 1988) ainsi que des tombes de prisonniers politiques à Tabriz, Mashhad, Ahvaz et dans d’autres villes ;
  • Passage de bulldozers et nivellement à l’aide d’engins lourds ;
  • Protestation de 1 112 membres de familles de victimes dans une lettre adressée au secrétaire général des Nations unies.

C) Documentation internationale

Le rapporteur spécial des Nations unies Javaid Rehman a déclaré dans son rapport du 17 juillet 2024 :

« Depuis le début des années 1980, le gouvernement iranien a systématiquement détruit des tombes individuelles et des fosses communes à travers le pays, dont on pense qu’elles contiennent les restes de dissidents exécutés. Les autorités continuent de dissimuler ou d’effacer des données susceptibles de constituer des preuves potentielles afin d’éviter d’avoir à rendre des comptes sur le plan juridique. Il a été rapporté que deux importants lieux d’inhumation du cimetière de Behesht-e Zahra ont été systématiquement détruits par les autorités au cours des dernières décennies.89 Ces parcelles (connues sous les numéros 41 et 93) contiennent les restes de centaines de dissidents politiques exécutés entre 1980 et 1988. »

Ces actes constituent, en vertu du droit international, une continuation des crimes contre l’humanité.

Conclusion

  • La vague d’exécutions de Shahrivar 1405 est systématique.
  • Les condamnations à mort prononcées contre des manifestants pour des motifs politiques violent les normes relatives au procès équitable et témoignent de l’utilisation de la peine capitale comme outil de répression politique.
  • La démolition de prisons et de fosses communes représente une destruction de preuves de crimes contre l’humanité et une tentative d’effacement historique.

Une action urgente et concrète des mécanismes des Nations unies est nécessaire.

Recommandations aux organes des Nations unies

1. Mettre immédiatement un terme à la vague d’exécutions

  • Convoquer une session d’urgence du Conseil des droits de l’homme ;
  • Exercer une pression diplomatique afin de mettre fin aux exécutions ;
  • Mettre en place un mécanisme spécifique de surveillance de la situation en Iran.

2. Conditionner les relations internationales avec l’Iran

  • Conditionner tout accord et toute coopération à l’arrêt de la torture et des exécutions ;
  • Imposer des sanctions ciblées aux responsables judiciaires et sécuritaires impliqués dans le prononcé ou l’exécution des condamnations à mort.

3. Empêcher la destruction des preuves

  • Mettre immédiatement un terme à la démolition de la prison de Gohardasht ;
  • Protéger les lieux d’exécution et les fosses communes en tant que scènes de crime.

4. Garantir que les responsables répondent de leurs actes

  • Transmettre les exécutions politiques et le massacre de 1988 aux mécanismes d’enquête des Nations unies ;
  • Étudier les possibilités de poursuites internationales au titre de la compétence universelle.

5. Soutenir les familles des victimes

  • Garantir le droit à la justice ;
  • Empêcher l’intimidation et le harcèlement des familles ;
  • Préserver les témoignages et la documentation.