Étude de cas : Déclarations et actions de Seyyed Mohammad-Mehdi Hosseini Hamedani, représentant du Guide suprême dans la province d’Alborz et imam de la prière du vendredi à Karaj
CSDHI – Ce rapport structure et examine le rôle des imams de la prière du vendredi dans le système politique de la République islamique d’Iran, en se concentrant sur les positions et les déclarations de Seyyed Mohammad-Mehdi Hosseini Hamedani, représentant du Guide suprême dans la province d’Alborz et imam de la prière du vendredi à Karaj.
Les conclusions de ce rapport démontrent que l’institution de la prière du vendredi, au sein de la structure politique dirigeante de l’Iran, va bien au-delà d’un rituel religieux : elle fonctionne comme un bras exécutif et idéologique destiné à l’ingénierie sociale, à la répression de la dissidence, à la légitimation des actions coercitives de l’État et au contrôle de l’opinion publique dirigé par les autorités étatiques.
Un examen minutieux des discours de Hosseini Hamedani révèle des dimensions alarmantes de violations des droits humains, notamment : la théorisation de sanctions sévères contre les critiques à l’aide d’allégories religieuses (comme l’histoire de Samiri), la transformation des comportements civiques en questions de sécurité, la défense de l’application obligatoire du hijab associée à des superstitions religieuses (l’attribution des sécheresses à l’absence de hijab) et la promotion d’une culture de la violence et du militarisme.
Introduction
Dans l’architecture politique de la République islamique d’Iran, les imams de la prière du vendredi servent de représentants directs du Guide suprême dans différentes provinces et villes. Leur fonction est définie de telle manière que la tribune de la prière du vendredi est considérée non pas comme un espace indépendant de culte, mais comme un « quartier général » (Ghararghah) et un pilier essentiel de l’orientation politique et sécuritaire du pays.
L’examen des positions adoptées par Seyyed Mohammad-Mehdi Hosseini Hamedani, imam de la prière du vendredi à Karaj, illustre la manière dont les tribunes publiques et les budgets de l’État sont utilisés pour diffuser des discours de haine, restreindre les libertés fondamentales et réclamer une répression soutenue par l’État contre les militants civiques et les dissidents.
Section 1 : la doctrine du « quartier général » et la militarisation de la sphère culturelle dans la guerre cognitive
En définissant la fonction de l’institution de la prière du vendredi, Hosseini Hamedani la dépouille de toute identité civile et religieuse pour lui attribuer une finalité strictement politico-sécuritaire. Faisant référence aux directives du Guide suprême, il souligne que les prières du vendredi « assurent une partie essentielle des activités du bureau du Guide suprême ».
Dans ce discours, les mosquées sont présentées comme des « tranchées de première ligne » et la prière du vendredi comme un « quartier général » chargé de concevoir, d’organiser et de diriger les activités sociales à grande échelle.
En invoquant le concept de « guerre cognitive et de guerre des volontés », il affirme que l’ennemi cherche à modifier les convictions de la société et, par conséquent, à transformer les comportements du public. Il soutient que le devoir de l’imam de la prière du vendredi est de s’opposer aux courants adverses.
Analyse des droits humains : transformer les mosquées et les tribunes de la prière du vendredi en bases opérationnelles de contrôle social constitue une violation manifeste de l’indépendance des institutions religieuses et civiles. Cela ouvre la voie à des atteintes systémiques aux droits fondamentaux des citoyens, notamment à la liberté de pensée et d’expression.
Section 2 : la criminalisation de la dissidence, les discours de haine et les appels à des sanctions sévères (l’allégorie de Samiri)
L’une des dimensions les plus dangereuses des déclarations de Hosseini Hamedani réside dans la théorisation d’actions coercitives de l’État contre les opposants idéologiques et politiques au moyen d’allégories religieuses. Citant l’histoire de « Samiri »* et les sanctions sévères qui lui sont infligées dans les textes religieux, il s’est directement adressé au pouvoir judiciaire en réclamant une répression sévère des critiques :
Il a explicitement déclaré : « Tous ceux qui, de diverses manières, agissent pour promouvoir la déviation, la division et la polarisation au sein de la société doivent être identifiés et punis. »
Il a affirmé que « dans certaines circonstances, les sanctions doivent être aggravées », alléguant que les actions sociales organisées peuvent entraîner des conséquences structurelles.
Contradiction avec le droit international :
L’utilisation de notions vagues dépourvues de définition juridique claire — telles que la « déviation », la « division » et la « polarisation » — pour réprimer les critiques viole directement le principe fondamental de légalité des délits et des peines (Nullum Crimen Sine Lege).
Ces déclarations sont en contradiction directe avec l’article 18 (liberté de pensée, de conscience et de religion) et l’article 19 (liberté d’expression) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Elles constituent une incitation explicite à la discrimination et à la répression des dissidents.
Section 3 : façonner les corps et la société ; hijab obligatoire, superstition et répression des femmes
Hosseini Hamedani établit un lien direct entre le choix vestimentaire et l’opposition au hijab obligatoire, d’une part, et une crise sécuritaire et idéologique, d’autre part, réclamant les niveaux les plus élevés de pression étatique contre les femmes :
Il présente le dévoilement (Kashf-e Hijab) comme le fait de « pénétrer sur le terrain de l’ennemi », soulignant la nécessité d’une confrontation totale avec les femmes qui expriment leur opposition.
Dans une déclaration particulièrement notable, il a présenté le « caractère catastrophique de la situation du hijab » comme l’une des principales causes de l’arrêt des précipitations (sécheresses), recourant à un discours superstitieux pour justifier l’autoritarisme juridique.
Il a appelé à des mesures administratives et judiciaires coercitives — telles que la fermeture de locaux commerciaux, le retrait des licences commerciales et l’application des mesures de contrôle par les responsables sans aucune hésitation.
Contradiction avec le droit international :
Ces positions violent ouvertement l’article 17 (droit au respect de la vie privée), l’article 19 (liberté d’expression) et l’article 26 (non-discrimination et égalité devant la loi) du PIDCP. L’application par l’État de codes vestimentaires imposés aux femmes et son intrusion dans les choix personnels constituent une discrimination systémique fondée sur le genre.
Section 4 : promotion de la culture du sacrifice, du martyre et du militarisme idéologique
Lors d’une réunion avec des responsables de la Fondation des martyrs et des anciens combattants, Hosseini Hamedani a souligné la nécessité de renforcer les approches médiatiques et culturelles afin de promouvoir la culture du « sacrifice et du martyre », tant au niveau national qu’international.
La promotion organisée, dans l’espace public, d’un discours belliciste centré sur le martyre, ainsi que les efforts visant à l’exporter, s’inscrivent dans une doctrine de militarisme idéologique qui entre directement en contradiction avec les principes de paix durable et de droits humains.
Conclusion
Les positions et les déclarations de Seyyed Mohammad-Mehdi Hosseini Hamedani démontrent que les tribunes de la prière du vendredi en Iran fonctionnent non pas comme des sanctuaires spirituels pour les citoyens, mais comme des centres de production de discours répressifs et haineux, ainsi que de légitimation des violations des droits humains.
Les appels répétés à punir les dissidents, la transformation en enjeux de sécurité des revendications civiles des femmes concernant leurs vêtements et les tentatives d’effacer la diversité intellectuelle de la société justifient une réponse immédiate des mécanismes internationaux de défense des droits humains.
Exigences et recommandations à l’intention des procédures spéciales des Nations unies en matière de droits humains
À l’attention du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Iran : mener une enquête approfondie sur le rôle des institutions politico-religieuses opérant sous l’autorité du Guide suprême — telles que les quartiers généraux de la prière du vendredi — dans l’incitation à la violence, la répression de la société civile et les violations systématiques des droits des citoyens.
À l’attention du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression : surveiller et documenter les déclarations de personnalités religieuses qui utilisent des notions vagues — telles que la « déviation » et « Samiri » — pour criminaliser la dissidence et les critiques pacifiques.
À l’attention du Rapporteur spécial sur la violence contre les femmes et les filles : évaluer les effets destructeurs des directives étatiques imposant de sévères restrictions, des fermetures de commerces et des pressions judiciaires contre les femmes sous couvert du hijab obligatoire.
À l’attention du Rapporteur spécial sur l’indépendance des juges et des avocats : alerter sur l’ingérence des imams de la prière du vendredi et des entités étatiques dans la détermination de la sévérité et de la nature des peines imposées par le pouvoir judiciaire, ce qui démantèle l’indépendance de la justice.
Résultats opérationnels et perspectives internationales (à la suite d’une intervention des Nations unies)
L’intervention et l’action des organes et des procédures spéciales des Nations unies serviront de cadre aux résultats juridiques et internationaux concrets suivants :
Élever la question au rang de responsabilité internationale de l’État : la documentation de ces violations dans les rapports officiels du Conseil des droits de l’homme des Nations unies et de l’Assemblée générale ouvre la voie à la saisine de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits (FFM) et d’autres mécanismes internationaux de responsabilisation concernant le rôle des représentants du Guide suprême et des quartiers généraux de la prière du vendredi.
Fournir une base probatoire à des sanctions ciblées en matière de droits humains : les rapports officiels des Nations unies constituent des sources de preuve primaires permettant à l’Union européenne, aux États-Unis, au Royaume-Uni et à d’autres juridictions d’appliquer des sanctions ciblées en matière de droits humains, de type Magnitsky, contre des imams de la prière du vendredi pris individuellement — tels que Seyyed Mohammad-Mehdi Hosseini Hamedani —, contre le Conseil central des imams de la prière du vendredi et contre leurs appareils médiatiques affiliés.
Démanteler les affirmations relatives à l’indépendance de la justice : établir que les imams de la prière du vendredi dictent activement les décisions judiciaires et les politiques publiques invalide les affirmations du régime concernant l’indépendance de la justice et permet aux organismes juridiques internationaux, tels que l’Association internationale du barreau, de contester la légitimité des peines prononcées conformément aux directives émanant de ces tribunes.
Établir les fondements d’une compétence universelle : documenter l’incitation systématique à la répression et la théorisation de sanctions extrêmes (par exemple, l’allégorie de Samiri) fournit aux procureurs des États exerçant la compétence universelle un cadre juridique pour engager des enquêtes pénales et émettre des mandats d’arrêt si ces responsables se rendent à l’étranger.
Note de bas de page
Note explicative : l’histoire de Samiri et sa symbolique
Dans les récits religieux (Coran, sourate Ta-Ha), « Samiri » est un personnage qui, pendant l’absence de Moïse, fabriqua un veau d’or émettant un mugissement et persuada les Israélites de l’adorer, les conduisant ainsi à l’apostasie.
Dans le discours des responsables de la République islamique, « Samiri » sert de symbole politico-religieux pour désigner les personnes qui, selon le régime, détournent la société de la voie idéologique officielle et provoquent des divisions entre factions, des tromperies et des fractures idéologiques.
L’utilisation de cette allégorie religieuse par les imams de la prière du vendredi contre les critiques et les dissidents politiques constitue une technique d’étiquetage idéologique. En assimilant la critique politique à « l’apostasie et à la sédition de Samiri », les responsables cherchent à rationaliser des sanctions d’une sévérité extrême et des mesures de répression judiciaire.
Sources et références
Site officiel de l’ayatollah Seyyed Mohammad-Mehdi Hosseini Hamedani (imam de la prière du vendredi à Karaj), rubrique Actualités :
https://hoseinihamedani.ir/category/news/
Etemad Online, article sur les déclarations de l’imam de la prière du vendredi à Karaj concernant le hijab obligatoire et les sécheresses :
https://www.etemadonline.com/بخش-سیاسی-9/591375-امام-جمعه-کرج-مسئله-حجاب
Fararu, article sur les appels à la confrontation, à la fermeture des commerces et à l’application des lois sur le hijab :
https://fararu.com/fa/news/600199/


