Date : 30 juillet 2026
Organisateurs : Collectif Voix d’Iran, Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran (CSDHI),
Le webinaire s’est ouvert sur une mise en perspective historique indispensable. La conférence a été organisée à l’occasion du 38e anniversaire du massacre des prisonniers politiques de 1988, une tragédie qui continue de définir la nature répressive du régime iranien.
L’intervenante, Azadeh Alemi (CSDHI), a souligné que cet événement n’est pas un simple souvenir du passé, mais une plaie ouverte. Le régime, redoutant l’émergence de mouvements populaires à la fin de la guerre Iran-Irak, a utilisé le massacre pour étouffer toute opposition. Aujourd’hui, en 2026, cette impunité persiste, puisque plusieurs auteurs de ces massacres occupent toujours des fonctions au sein de l’État, ce qui renforce le risque de répétition de tels crimes.
Le combat des femmes
Azadeh Alemi la porte-parole du CSDHI, a mis en lumière la transformation du mouvement des femmes en Iran. Elle a rappelé que les femmes ont été en première ligne depuis l’instauration du régime, contestant des lois structurellement misogynes. Elle a particulièrement insisté sur l’évolution du slogan « Femme, Vie, Liberté » qui s’est mué, par la pratique, en « Femme, Résistance, Liberté ». Selon elle, le combat quotidien des femmes en Iran, souvent sanctionné par la peine de mort — comme dans le cas de Zahra Tabari ou d’Arghavan Fallahi – constitue le moteur de la résistance. Elle affirme que ce sont ces femmes, au sein des unités de résistance, qui portent l’espoir du renversement du régime.

Les statistiques de la terreur
Hamid Assadollahi Président du CSDHI a fourni une analyse rigoureuse de la machine d’exécution iranienne. Il a précisé que les chiffres officiels ne reflètent qu’une fraction de la réalité en raison de la censure et du secret d’État. Entre janvier et juin 2026, 890 exécutions ont été confirmées, marquant une accélération effroyable. M. Assadollahi a exposé la stratégie du pouvoir en place derrière cette politique : face à une crise de légitimité profonde et une société en colère depuis les manifestations de janvier 2026, le régime utilise l’exécution comme un instrument stratégique de dissuasion. Il a cité l’exemple marquant de la prison de Ghezel Hessar, où 1 500 prisonniers ont mené une grève de la faim réussie pendant 16 jours pour suspendre les exécutions dans leur unité, prouvant que la résistance collective peut faire reculer le pouvoir.

Le dilemme existentiel du régime
Behzad Naziri ancien prisonnier politique, ex-journaliste de l’AFP à Téhéran et membre du CNRI a axé son intervention sur l’analyse géopolitique et les impasses internes du régime. Pour lui, le régime des Mollahs se trouve dans un dilemme incurable : pour se maintenir, il doit soit reculer sur ses principes fondamentaux (armes nucléaires, influence régionale, missiles), ce qui signerait sa fin, soit poursuivre l’agression, ce qui attise le soulèvement populaire. Il a insisté sur le fait que la menace principale pour le régime ne vient pas de l’extérieur (guerre, bombardements), mais de l’intérieur : la conjonction des unités de résistance et du soulèvement populaire. Il a présenté le Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI) comme l’alternative structurée, capable d’assurer une période de transition vers une république démocratique et laïque par le biais d’élections libres.

Les participants soulignaient, avec un ton interrogatif et critique, pourquoi les médias traditionnels et les « médias » internationaux ne couvrent pas les catastrophes liées aux droits humains en Iran et les exécutions quotidiennes à la hauteur de ce qu’elles méritent.
Ils estimaient que ce « silence médiatique » constituait en quelque sorte un « feu vert » accordé au régime pour poursuivre les massacres, et demandaient aux intervenants de proposer des solutions pour briser cette impasse informationnelle.
Cet échange a montré que la société civile et les Iraniens de la diaspora sont, plus que jamais, prêts et désireux de s’engager dans des actions concrètes et de terrain.
Synthèse de la Séance de Questions-Réponses
- La session interactive a permis d’approfondir les dynamiques sociopolitiques et les stratégies de soutien à la résistance.
- Le rôle de la diaspora : Interrogé sur l’utilité de la diaspora, Behzad Naziri a rappelé qu’elle compte entre 5 et 7 millions de personnes. Contrairement à d’autres diasporas, les Iraniens maintiennent un lien fort et un désir de retour. Le CNRI, à travers ses rassemblements et son travail de sensibilisation, parvient à mobiliser des parlementaires internationaux (France, Europe, États-Unis), ce qui gêne considérablement le régime dans sa stratégie de dissimulation.
- La nature du CNRI et la division au sein du régime Répondant à des questions sur la structure du CNRI, M. Naziri a clarifié qu’il s’agit d’une coalition, et non d’un seul parti. Les Moudjahidine du Peuple (OMPI) en sont la force axiale, mais la coalition inclut diverses sensibilités politiques, ethniques et religieuses. Concernant les divisions au sein du régime, les intervenants ont noté que si les factions s’accordent sur la répression, elles divergent sur la méthode : certains prônent la négociation par peur de l’effondrement, tandis que d’autres, les bellicistes, veulent embraser la région pour survivre.
- Défis juridiques et justice transitionnelle : une discussion juridique notable a été introduite par les participants concernant l’utilisation du droit international. Il a été suggéré de coordonner des plaintes internationales basées sur la compétence universelle pour qualifier les actions du régime de « crimes contre l’humanité ». Sur la question de la justice après la chute du régime, Hamid Assadollahi a précisé que la justice dans un Iran démocratique ne viserait pas la vengeance, mais la vérité, avec une abolition totale de la peine de mort et la garantie de procès équitables pour les anciens bourreaux, par une justice indépendante.
- La condition des minorités : il a également été souligné que les minorités (Kurdes, Baloutches, Arabes et …) subissent depuis le régime impériale une double répression : celle liée à leur opposition à toutes les formes de dictature (monarchique ou religieuse) et celle liée à leur origine ethnique, souvent dans des zones géographiquement isolées et économiquement délaissées, faisant de ces régions des bastions de résistance particulièrement exposés.
Conclusion : Un Appel à l’Action
En conclusion, les intervenants ont appelé à briser le silence médiatique. La conférence a mis en évidence le contraste entre l’inaction perçue des chancelleries occidentales, guidée par une « politique de complaisance », et l’urgence de la situation sur le terrain.
Le message central est clair : le changement viendra de l’intérieur de l’Iran, porté par la population et ses unités de résistance.
Le soutien international, via la sensibilisation, le relais d’information et l’action juridique, est jugé vital pour sauver des vies et accroître la pression sur le régime au moment où sa stabilité interne s’érode sous le poids de la crise économique et de la dissidence.


