Comment le massacre du bazar de Rasht a-t-il eu lieu ?
Des images diffusées de la ville de Rasht montrent l’une des scènes les plus horribles de la répression nationale de janvier 2026. Des scènes où des piles de chaussures abandonnées jonchent le sol sont devenues le symbole silencieux d’un massacre organisé.
Un holocauste iranien à Rasht
Lors des manifestations, les forces de sécurité du régime iranien ont incendié le bazar historique et bondé de Rasht, rempli de civils protestataires. Les flammes et une épaisse fumée ont piégé les gens à l’intérieur du bazar et bloqué les issues. Dans ces conditions, ceux qui tentaient de fuir pour sauver leur vie ont été pris pour cible. De nombreuses victimes sont mortes asphyxiées et brûlées vives, ou ont été tuées par balles en tentant de s’enfuir.
Des vidéos diffusées depuis les lieux montrent les vestiges calcinés du bazar : des murs noircis, des boutiques partiellement incendiées et un sol recouvert de cendres. Ces images témoignent clairement d’une attaque délibérée contre des civils non armés et constituent un exemple flagrant de crime contre l’humanité.
Les réactions à cette tragédie ont dépassé les frontières de l’Iran. Suren Edgar, vice-président de l’Alliance communautaire australo-iranienne, a écrit sur X :
« Ces chaussures à Rasht ne sont pas des œuvres d’art. Elles appartenaient à des personnes prises au piège après que les forces du régime ont incendié le bazar historique et abattu ceux qui tentaient de s’échapper.»
Témoignages du crime contre l’humanité à Rasht
Des témoignages révèlent des aspects encore plus choquants du massacre. Un témoin présent à Rasht les jeudi 8 et vendredi 9 janvier 2026 a déclaré que, pendant l’incendie du bazar, les forces répressives ont tiré sur les personnes qui sortaient des boutiques, les mains levées, pour échapper à la fumée et à l’asphyxie, et qui se rendaient. Ce témoin, qui a récemment quitté le pays, estime, d’après ses observations, que durant ces deux nuits, « deux à trois mille » personnes ont été tuées dans différents quartiers de Rasht, tandis que de nombreuses autres ont été blessées, portées disparues ou arrêtées. Il a décrit les scènes comme suit :
« Le bazar s’est transformé en un véritable enfer. On aurait dit des chambres à gaz. Les gens mouraient asphyxiés par la fumée et les flammes, ou étaient forcés de sortir et d’affronter les balles.»
Un autre témoin oculaire a déclaré : « Le jeudi 8 janvier, mon ami et moi nous sommes dirigés vers la mairie pour rejoindre les rassemblements de protestation. Nous avons été surpris par le nombre impressionnant de personnes qui se dirigeaient vers le bazar. Nous sommes arrivés à une rue qui y menait et avons commencé à scander des slogans. Au début, ils ont essayé de disperser la foule avec des gaz lacrymogènes. De jeunes manifestants renvoyaient les grenades sur les agents avec leurs gants. Mais soudain, les forces spéciales ont ouvert le feu de manière continue et directe avec des fusils de chasse et des Kalachnikovs.»
Il a poursuivi : « Nous nous sommes retrouvés piégés dans une impasse qui donnait sur la rue Takhti, et le feu progressait jusqu’à l’entrée de l’impasse. De l’intérieur, nous avons crié aux agents qu’il y avait des femmes et des enfants et qu’ils devaient appeler les pompiers, mais ils n’en ont rien fait. »
Le témoin a ajouté : « Mon ami, quelques autres et moi avons tenu un tapis sur nos têtes et sommes sortis de la ruelle. Plusieurs agents, rue Takhti, nous ont indiqué une direction et nous ont ordonné d’y aller. L’un d’eux criait : “Que s’est-il passé ? Vous pensiez que le régime était tombé ?” Nous n’avions même pas parcouru cinquante mètres lorsqu’ils nous ont tiré dessus par derrière. J’ai reçu sept balles.»
Un autre témoin a déclaré : « Des manifestants avaient fabriqué des boucliers avec des morceaux de métal pour aller secourir les blessés. Ils avançaient en tête de la foule. Au même moment, les forces répressives ont incendié le bazar.»
Il a poursuivi : « Une foule nombreuse s’était réfugiée à l’intérieur du bazar, mais face à l’intensification des tirs, elle a été contrainte de sortir. En quelques secondes, des coups de feu ont éclaté de façon atroce. De nombreuses personnes ont été abattues sous mes yeux et massacrées juste devant moi. »
Le témoin a déclaré : « Après les premiers coups de feu, j’ai vu une jeune fille touchée au front par des plombs et un garçon qui saignait abondamment de la jambe. Nous les avons secourus et conduits sur le parking d’une maison. Deux autres personnes, grièvement blessées et saignant profondément, s’y étaient abritées.»
Il a ajouté : « On entendait des tirs incessants à l’extérieur. Les agents ont tiré tellement de gaz lacrymogène sur le parking qu’il était devenu impossible de respirer. Quand on nous a forcés à sortir, la situation était critique. La rue était jonchée de blessés et de cadavres, et on ne pouvait plus distinguer les vivants des morts.»
L’incendie délibéré d’un lieu de rassemblement de manifestants, les tirs directs sur des civils non armés et l’obstruction des secours médicaux témoignent de violations généralisées et systématiques des droits humains et constituent un crime contre l’humanité.
Les images de chaussures abandonnées, les vestiges calcinés du bazar et les témoignages oculaires sont autant de documents qui consignent cette catastrophe pour l’histoire.



