CSDHI – Des informations faisant état de morts et de détentions d’écoliers iraniens lors du soulèvement de janvier 2026 révèlent une crise profonde des droits humains et du système éducatif en Iran.
L’arrestation et la mort d’écoliers lors des manifestations nationales de janvier 2026 constituent l’un des chapitres les plus alarmants des troubles en cours en Iran.
Selon de multiples rapports provenant de l’intérieur du pays, des élèves de moins de 18 ans ont participé en grand nombre à des manifestations dans plus de 400 villes. Certains ont été tués. Beaucoup ont été arrêtés. Des familles décrivent depuis des recherches angoissées, de prison en prison, sans obtenir d’informations claires sur le sort de leurs enfants.
Pour un gouvernement qui affirme maintenir l’ordre social, l’image de mineurs arrêtés — et, dans certains cas, abattus selon des témoignages — a provoqué une crise que même les médias affiliés à l’État ne peuvent plus totalement ignorer.
Quand la contestation franchit les grilles de l’école
Le 3 février, le média proche du régime des mollahsTose’e Irani a publié un entretien avec l’expert en éducation Mohammad Reza Niknejad. Celui-ci y reconnaît que l’arrestation d’écoliers n’est plus un phénomène isolé :
« L’arrestation d’élèves — à un âge où la loi les considère encore comme des “enfants” — n’est plus une information marginale ou exceptionnelle ; elle est devenue une réalité préoccupante des récentes manifestations. »
Il admet que les statistiques officielles sont inexistantes et que les informations proviennent principalement des familles, des avocats et de réseaux informels. L’absence de transparence, souligne-t-il, a intensifié l’anxiété publique.
Sa question la plus frappante, simple mais révélatrice, est la suivante :
Comment la contestation est-elle entrée dans l’école ?
Une génération connectée au monde
Niknejad rejette l’idée d’une cause unique à la participation des élèves. Il évoque ce qu’il appelle la « génération Internet » — des jeunes qui comparent leur quotidien à celui de leurs pairs à travers le monde.
Contrairement aux générations précédentes, les adolescents iraniens grandissent avec un accès — malgré une censure sévère — aux réseaux sociaux et aux contenus internationaux. Ils ont pleinement conscience des standards éducatifs mondiaux, des opportunités économiques et des libertés sociales existant ailleurs.
Le contraste est saisissant.
Les écoliers iraniens font face à des difficultés économiques, à des perspectives de chômage élevé, à des réglementations sociales strictes et à des libertés politiques limitées sous l’autorité du Guide suprême Ali Khamenei. De nombreuses familles sont en difficulté financière, une pression qui se répercute directement sur les enfants.
Niknejad identifie le désespoir comme un facteur central. Les adolescents, explique-t-il, s’interrogent de plus en plus sur l’utilité des études lorsqu’ils ne perçoivent aucune perspective d’avenir stable ou prospère.
Des écoles qui ne sont plus des espaces sûrs
L’un des aspects les plus troublants de l’entretien est la reconnaissance que les écoles elles-mêmes ne sont plus perçues comme des lieux sûrs.
Selon lui, des arrestations auraient eu lieu non seulement dans les rues, mais aussi à proximité ou aux abords des établissements scolaires. Lorsque la détention de mineurs devient une information récurrente, la confiance du public dans les institutions éducatives s’érode.
Dans certaines villes, des écoles auraient fonctionné en régime semi-fermé. La fréquentation a diminué. Les discussions ouvertes se sont restreintes.
« Aujourd’hui, observe Niknejad, les écoles sont pleines de contestation, de critiques, de ressentiment et de colère. L’enseignant censé apaiser les élèves est souvent plus en colère que quiconque. »
Des enseignants sous pression
La crise ne s’arrête pas aux élèves.
Les enseignants en Iran subissent de faibles salaires, des difficultés économiques et une surveillance accrue. Certains ont eux-mêmes été arrêtés pour avoir soutenu les manifestations ou exprimé des critiques.
Dans un tel contexte, le système éducatif traverse une double crise : pression économique et répression politique.
Niknejad soulève également la question des inégalités éducatives. Bien que la Constitution iranienne promette un enseignement gratuit, les familles — y compris dans les zones défavorisées — doivent souvent assumer des coûts importants. L’expansion de l’enseignement privatisé a renforcé le sentiment d’injustice.
Pour des adolescents déjà confrontés à des perspectives économiques limitées, ces inégalités alimentent la frustration.
Une crise des droits humains
Les témoignages de familles indiquent que de nombreux détenus ont moins de 18 ans. Des avocats évoquent un accès restreint à leurs jeunes clients. Le silence officiel persiste quant aux chiffres exacts.
L’arrestation d’écoliers ne constitue pas seulement une crise éducative — elle représente une crise des droits humains.
Au regard du droit international, les mineurs et écoliers iraniens bénéficient de protections spécifiques. Des réponses sécuritaires impliquant l’usage de la force létale ou des pratiques de détention opaques soulèvent de graves préoccupations juridiques et éthiques.
Le gouvernement, de son côté, qualifie fréquemment les manifestants de « fauteurs de troubles » ou de « terroristes », une rhétorique qui abaisse le seuil d’un recours sévère à la répression.
Une impasse structurelle
La question dépasse une seule vague de manifestations.
Depuis plus de quatre décennies, le système au pouvoir en Iran privilégie des réponses sécuritaires face à la dissidence. La participation d’adolescents et écoliers iraniens à des manifestations nationales indique que le mécontentement atteint désormais les segments les plus jeunes et politiquement conscients de la société.
Lorsque des écoliers iraniens concluent qu’aucun avenir ne leur est offert dans les structures politiques et économiques existantes, les implications sont profondes.
Le soulèvement de janvier 2026 — et les arrestations rapportées d’écoliers dans des centaines de villes — signalent un élargissement du fossé entre l’État et sa jeunesse. La répression peut étouffer temporairement les manifestations, mais elle ne répond pas aux griefs fondamentaux : précarité économique, libertés restreintes et inégalités systémiques.
L’histoire des quatre dernières décennies montre que les cycles de protestation et de répression se répètent plus qu’ils ne se résolvent.
Lorsque la contestation atteint la salle de classe, il ne s’agit plus d’un événement politique marginal. C’est un signal d’alarme structurel.


