Le jeudi 23 avril 2026, une conférence-débat de grande envergure s’est tenue à Paris Centre, réunissant des personnalités politiques françaises, des experts juridiques et des représentants de la Résistance iranienne. Face à une actualité marquée par l’escalade des tensions régionales et une vague d’exécutions sans précédent en Iran, la question centrale de la soirée était cruciale : Comment sortir de l’impasse historique ? La réponse des intervenants a été unanime : ni guerre étrangère, ni complaisance, ni retour à la dictature monarchique, mais un soutien indéfectible au peuple iranien et à sa Résistance organisée.
La réunion, modérée par Afsaneh Behnia, auteure et militante politique et des droits humains, a été divisée en deux parties : des interventions de soutiens de longue date de la Résistance iranienne, suivies d’un hommage poignant aux récents martyrs, et enfin, une table ronde analytique sur les perspectives d’avenir.

Dès son introduction, Mme Behnia a rappelé l’urgence de la situation. Face aux informations contradictoires et à la crise qui secoue le Moyen-Orient, les amis de l’Iran libre se sont réunis pour dissiper le brouillard et tracer une voie claire vers la liberté.
Première partie : La solidarité indéfectible des élus français
La première partie de la conférence a donné la parole à deux figures emblématiques de la politique parisienne, qui ont accompagné la Résistance iranienne pendant des décennies.
Jean-François Legaret : « Paris a été libéré par son peuple, l’Iran sera libéré par les Iraniens »

Jean-François Legaret, ancien maire du 1er arrondissement de Paris et Président de la Fondation d’Études pour le Moyen-Orient (FEMO), a dressé un parallèle historique saisissant. Il a d’abord dénoncé la barbarie du régime des mollahs, soulignant que pendant que le monde a les yeux rivés sur les tensions internationales, « le peuple iranien continue à subir une répression barbare », avec une multiplication terrifiante des exécutions capitales.
M. Legaret a rejeté fermement l’idée qu’une intervention militaire étrangère puisse apporter la démocratie. S’inspirant de l’histoire de France, il a rappelé l’esprit de la Libération de Paris : « Le général de Gaulle l’avait voulu. Il avait voulu que le peuple de Paris soit déterminant dans la libération de Paris… ‘Paris libéré par son peuple’. La question iranienne, on doit la poser dans les mêmes termes. Ce n’est pas de cette manière-là [par des frappes étrangères] que le peuple iranien retrouvera sa souveraineté. »
Il a également mis en garde contre le mirage d’un retour à la dictature précédente : « Il faut que ce régime barbare tombe, oui. Mais il faut que la démocratie lui succède. Et la démocratie n’est pas un produit d’importation… Il est hors de question de restaurer une autre dictature pour succéder à une dictature. Qui a pu imaginer une chose pareille ? Que le fils du Shah puisse être envoyé par une puissance étrangère pour reprendre le trône ? Tout cela n’est pas sérieux. »
Jacques Boutault : « Notre devoir de démocrates et de républicains est d’accompagner le peuple iranien »

Jacques Boutault, ancien maire du 2e arrondissement de Paris, a fait écho à son collègue, rappelant que malgré leurs sensibilités politiques différentes (l’un étant écologiste, l’autre issu de la droite républicaine), leur engagement pour un Iran libre, laïque et démocratique les a toujours réunis.
« Les valeurs de la République, l’égalité, la fraternité, la liberté, devraient être fondamentales, et elles ont du mal à dépasser nos frontières », a-t-il déploré, critiquant la complaisance des diplomaties occidentales. M. Boutault a souligné que l’espoir ne viendra pas de l’Occident complaisant ni des partisans de l’ancienne monarchie qui attendent une « opportunité extérieure », mais bien du courage du peuple iranien et de sa Résistance.
Dominique Attias : « Le courage des femmes iraniennes est contagieux »

Dominique Attias, Vice-bâtonnière de Paris (2016-2017) et Présidente du Conseil d’Administration de la Fondation des Avocats Européens, a livré un discours enflammé, puisant son énergie dans sa rencontre avec les résistants iraniens d’Achraf 3 en Albanie. Elle a salué leur résilience face à l’adversité et « leur amour infini pour le peuple iranien », rappelant comment le récent piratage des caméras de la sinistre prison d’Evin par la Résistance avait permis de montrer au monde entier la réalité de la barbarie des mollahs.
Mme Attias s’est ensuite insurgée contre les tentatives de récupération de la révolution par les partisans de l’ancienne monarchie. Elle s’est dite profondément choquée par une récente interview télévisée de Reza Pahlavi. Interrogé par le journaliste Gilles Bouleau sur les crimes passés et sur les dizaines de milliers de martyrs, le fils du Shah s’est contenté de balayer ces tragédies d’un revers de main, les qualifiant de simples « aléas ». « Que faites-vous des 30 000 exécutés ? Et il répond : « Ah, ce sont des aléas ». Je n’ai pas pu m’arrêter de pleurer, parce que cela changeait le sens même du mot « résistance » », s’est indignée l’avocate.
Elle a dénoncé avec force ces coalitions de façade, fabriquées depuis l’étranger, qui s’effondrent dès leur création, et a fustigé l’utilisation opportuniste de l’expression « Regime Change » par des individus qui n’ont aucun programme pour l’avenir de l’Iran.
Face à ce vide politique, Dominique Attias a rappelé que la véritable alternative existe déjà, qu’elle lutte depuis plus de quatre décennies et qu’elle possède une feuille de route claire : le Conseil national de la Résistance iranienne. « Maryam Rajavi a répondu concrètement, par écrit, en dix points. Pas de slogans, mais un vrai programme : l’Iran sera libéré par le peuple iranien et par lui seul. Pas d’intervention militaire étrangère. Un État laïque. Une condition sine qua non d’élections libres et pluralistes. L’abolition de toutes les lois discriminatoires, le voile obligatoire, la polygamie, et l’égalité totale en droits civils, politiques, économiques et sociaux. »
Pour conclure, Mme Attias a souligné que ce n’est pas un hasard si ce programme émancipateur est porté par une femme. Elle a rendu un hommage appuyé aux Iraniennes, véritables fers de lance de cette lutte : « Les femmes ne sont pas une catégorie à protéger, elles sont la moitié du peuple et l’avant-garde de ce combat. Le peuple iranien ne compte sur personne d’autre que sur lui-même pour se libérer, et ce courage est contagieux. »
Un hommage bouleversant aux martyrs des Unités de Résistance
La transition vers la table ronde a été marquée par un moment d’une rare intensité émotionnelle. Une vidéo a été diffusée, montrant les visages de jeunes manifestants et de prisonniers politiques membres de l’OMPI (Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran), récemment exécutés par le régime de Khamenei. Le documentaire a mis en lumière leur courage face à la mort, refusant de se repentir et chantant des hymnes de liberté dans les couloirs de la prison de Ghezel Hesar quelques heures avant leur exécution.

Pour honorer leur mémoire, David Simpson, violoncelliste et professeur de musique, a interprété des extraits d’une suite de Benjamin Britten. M. Simpson a expliqué que cette œuvre avait été composée pour Mstislav Rostropovitch, un artiste dissident ayant fui le régime soviétique. « Cette pièce correspond au caractère de cette résistance politique à un régime autoritaire », a-t-il souligné, offrant une méditation musicale douloureuse mais empreinte de dignité en hommage à la Résistance iranienne.
Table ronde : L’alternative démocratique face au chaos

La seconde partie de la soirée a réuni un panel d’experts et de militants pour décrypter les dynamiques internes de l’Iran et analyser l’alternative au régime des mollahs.
Fahimeh Maktabi-Ponsonnaille : « Le mythe des modérés a aveuglé l’Occident pendant des décennies »
Fahimeh Maktabi-Ponsonnaille, ingénieure et membre de l’Association des Femmes Iraniennes en France (AFIF), a dressé un bilan implacable de la politique de complaisance occidentale à l’égard de Téhéran. Rappelant son propre exil à l’âge de 16 ans pendant la guerre Iran-Irak, elle a fustigé la naïveté, voire le cynisme, des pays occidentaux qui ont, pendant près de 47 ans, cherché des « modérés » au sein d’un régime fondamentalement despotique.
« Après la mort de Khomeiny en 1989, Rafsandjani a été présenté comme l’homme fort, le modéré, capable de mener des discussions pragmatiques. Il a commencé à normaliser les relations diplomatiques et commerciales. On a eu le même schéma avec Khatami pendant huit ans », a-t-elle expliqué. Pendant que les Occidentaux signaient des contrats juteux, ils fermaient les yeux sur les atrocités internes, à commencer par le massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988 ou la répression sanglante des étudiants en 1999, sans parler du financement du terrorisme régional.
Mme Maktabi-Ponsonnaille a également dénoncé l’illusion de l’accord sur le nucléaire (JCPOA) de 2015, salué comme un « coup de maître » par l’Occident, mais qui a surtout servi à renflouer l’appareil répressif des mollahs. « La seule organisation qui, depuis le début, n’a cessé de répéter qu’il ne pouvait y avoir de modérés au sein d’un régime qui massacre sa population, c’est la Résistance iranienne », a-t-elle conclu, appelant à mettre fin définitivement à cette illusion meurtrière.
Sara Nouri : « Une guerre étrangère ne produira jamais une alternative démocratique »
Sara Nouri, avocate au Barreau de Paris et analyste à la FEMO, a déconstruit deux illusions dangereuses qui circulent en Occident : l’idée qu’une guerre étrangère libérerait l’Iran, et le mirage d’un retour de la monarchie.
D’emblée, elle a été catégorique : « La guerre étrangère détruit, tue et aggrave les souffrances de la population, mais elle ne va pas produire par elle-même une alternative légitime et durable. »
Elle a pointé du doigt les partisans de l’ancienne monarchie (les soutiens de Reza Pahlavi), qui misent justement sur une telle ingérence. Pour l’analyste, ce courant souffre de deux maux incurables : « Une absence totale d’ancrage populaire à l’intérieur de l’Iran, et l’absence de tout outil réel de renversement du régime. » Incapables de structurer un mouvement en 47 ans, ils attendent passivement qu’une puissance étrangère les place au pouvoir.
Me Nouri a rappelé que la révolution de 1979 avait marqué le rejet définitif d’une dynastie associée « à la dictature, à la répression de la sinistre Savak et à la dépendance étrangère ». Loin d’être une figure neutre, le fils du Shah revendique fièrement cet héritage profondément clivant.
En conclusion, Sara Nouri a réaffirmé qu’attendre un « prince providentiel » imposé d’en haut n’est qu’un « raccourci espéré par ceux qui ne peuvent pas conquérir le pouvoir par une dynamique populaire interne ». La véritable démocratie, a-t-elle insisté, se construit par le bas : ce sont le peuple iranien et sa Résistance organisée qui forgeront un Iran libre, débarrassé à la fois de la théocratie des mollahs et de la dictature du Shah.
Afchine Alavi : « Un soulèvement spontané ne suffira pas face aux pasdarans, il faut une résistance organisée »
Pour répondre à la question récurrente de savoir si un soulèvement de masse spontané — semblable à celui de 1979 — pouvait suffire aujourd’hui à faire tomber la dictature religieuse, Afchine Alavi, membre du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), a livré une analyse historique et stratégique d’une grande lucidité.
Il a rappelé que la chute du Shah avait été rendue possible par la dépendance de ce dernier à l’égard des États-Unis. Sous la pression de l’administration américaine de l’époque en matière de droits de l’homme, le Shah avait été contraint de relâcher l’étau sécuritaire, ouvrant ainsi une brèche dans laquelle la révolution a pu s’engouffrer. « Les mollahs ont tiré les leçons de l’expérience du Shah. Ils l’ont dit très clairement : « Nous ne ferons pas la même erreur. » Leur appareil de répression, dominé par les Gardiens de la révolution (pasdarans), ne dépend pas de l’Occident et n’abandonnera jamais de son plein gré », a analysé M. Alavi.
Par conséquent, attendre pacifiquement qu’une marée humaine non organisée renverse le régime est une stratégie vouée à l’échec, car elle se heurte systématiquement aux bains de sang perpétrés par les pasdarans. « Lancer un appel, depuis l’étranger, à descendre dans la rue à telle heure, face à une machine de mort intacte, c’est envoyer les gens au suicide », a-t-il affirmé, en référence aux appels irresponsables lancés par certains partisans de l’ancienne monarchie.
Pour Afchine Alavi, l’équation est claire : « Ce régime ne peut être renversé que par une combinaison précise : l’action d’une force de résistance organisée de l’intérieur, couplée à l’insurrection populaire. » C’est dans ce but que l’OMPI a entrepris, depuis plus d’une décennie, de structurer les Unités de Résistance à travers tout l’Iran. Leur mission, a-t-il conclu, n’est pas d’attendre passivement un soulèvement, mais de « provoquer l’insurrection », de briser le mur de la peur et d’épuiser méthodiquement l’appareil répressif pour ouvrir la voie à la libération du peuple iranien.
Arman Habibi : « La jeunesse iranienne n’a plus peur »
Prenant la parole au nom de la jeune génération, Arman Habibi, Président de l’Association JPLL (Jeunesse pour un Iran Libre et Laïque), a livré un témoignage vibrant sur la réalité du terrain.
« La jeunesse iranienne n’a plus peur. Elle ne manque ni de courage, ni d’esprit de sacrifice pour arracher son droit fondamental à la liberté », a-t-il déclaré avec force. Il a mis en lumière le rôle crucial des Unités de Résistance, affiliées à l’OMPI, qui opèrent clandestinement dans tout le pays. Loin d’être une fiction, ces unités agissent au péril de leur vie. M. Habibi a rappelé qu’une semaine seulement avant l’éclatement des récents conflits régionaux, ces unités avaient mené une opération spectaculaire en ciblant directement le quartier général des Gardiens de la révolution et d’autres centres de répression du régime.
S’appuyant sur des vidéos diffusées lors de la conférence — montrant des jeunes incendiant des symboles du régime et affichant les portraits de Maryam et Massoud Rajavi en pleine rue —, Arman Habibi a souligné l’ampleur du réseau. « Ces Unités de Résistance ne sont pas seulement composées de jeunes, mais d’Iraniens de toutes générations, issus de toutes les couches sociales, coordonnés par l’OMPI et forts d’une expérience de lutte de plusieurs décennies. »
Il a rappelé que si le régime multiplie aujourd’hui les exécutions sommaires, y compris celles des jeunes manifestants mis à l’honneur au début de la conférence, c’est précisément parce que ces Unités de Résistance représentent la menace la plus sérieuse à sa survie. « Malgré les arrestations par milliers et les pendaisons, cette flamme ne s’éteindra jamais », a-t-il affirmé. M. Habibi a conclu en appelant la communauté internationale et l’Europe à cesser de chercher des modérés illusoires ou des figures du passé, et à reconnaître enfin ces Unités de Résistance comme le véritable moteur du changement démocratique en Iran.

Une seule voie possible
La conférence s’est achevée sur une certitude partagée par la salle et la tribune : l’impasse historique de l’Iran ne sera brisée ni par l’ingérence militaire étrangère, ni par les nostalgiques de l’ancienne dictature monarchique. La seule force capable d’instaurer une république libre, laïque et démocratique est le peuple iranien lui-même, guidé par les Unités de Résistance et structuré autour du projet politique du Conseil national de la Résistance iranienne.
Comme l’a rappelé le panel, il est grand temps que la communauté internationale cesse sa politique d’apaisement avec les mollahs et reconnaisse enfin le droit légitime du peuple iranien à résister et à renverser cette tyrannie.



