Géographie de la discrimination contre les minorités ethniques et religieuses en Iran – Partie 1

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CSDHI – Une analyse du cadre juridique, sécuritaire et judiciaire utilisé pour réprimer les minorités ethniques et religieuses en Iran ; de la sécurisation des régions frontalières aux arrestations arbitraires, aveux forcés et privation des droits à un procès équitable.

La discrimination contre les minorités ethniques et religieuses en Iran a dépassé le stade d’incidents isolés ou de restrictions administratives dispersées. Les cas documentés et les données recueillies ces dernières années indiquent que cette discrimination fonctionne à travers un système interconnecté reliant la loi, les institutions sécuritaires, le pouvoir judiciaire, la privation géographique et la peine de mort. Dans ce cadre, l’identité ethnique ou religieuse peut devenir un motif de suspicion sécuritaire, d’exclusion sociale, de détention arbitraire, de privation des garanties d’une procédure régulière et, dans de nombreux cas, d’exécution.

Ce rapport démontre que la répression des minorités en Iran, particulièrement dans les régions kurdes et dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, fait partie d’un schéma structurel plus large. Dans ce schéma, les mécanismes juridiques et judiciaires, combinés à la sécurisation de la géographie et au contrôle social, sont utilisés pour restreindre l’identité, la religion, la langue, l’activité civile et même les moyens de subsistance.

Cadre juridique ; institutionnalisation de l’inégalité et facilitation d’une interprétation fondée sur la sécurité

La Constitution iranienne reconnaît simultanément certaines libertés tout en leur imposant de larges restrictions. Les articles 23, 24, 26 et 27 reconnaissent formellement la liberté de croyance, d’expression, d’association et de réunion. Cependant, ces droits sont conditionnés par des concepts vagues tels que les « principes islamiques », la « sécurité nationale » et « l’ordre public ». En raison de l’absence de définitions juridiques précises et de la possibilité d’interprétations larges, les institutions sécuritaires et judiciaires sont capables de présenter les activités civiles, culturelles, syndicales ou religieuses comme des menaces sécuritaires.

Dans la sphère religieuse, l’article 12 établit la religion officielle de l’État, tandis que l’article 13 ne reconnaît qu’un nombre limité de minorités religieuses. En conséquence, des communautés telles que les bahaïs restent exclues de la protection juridique officielle et vulnérables à d’importantes restrictions concernant l’éducation, l’emploi, la propriété, la participation sociale et la sécurité personnelle.

Au niveau du droit pénal, des accusations telles que « propagande contre l’État », « rassemblement et collusion », « baghi » (rébellion armée), « inimitié envers Dieu » et « corruption sur terre » sont largement utilisées contre les militants des minorités, les habitants des régions frontalières et les individus associés à des communautés ethniques ou religieuses. La portée étendue et la nature ambiguë de ces accusations augmentent la possibilité d’une application arbitraire et les ont effectivement transformées en outils centraux de répression judiciaire.

Ce cadre juridique a contribué à l’émergence d’une approche dans laquelle non seulement l’activité politique, mais aussi l’identité ethnique, l’appartenance religieuse et même le lieu de résidence peuvent être considérés comme des questions de sécurité.

Régions des minorités ethniques et religieuses en Iran ; la sécurisation de la géographie et la concentration de la répression

Les régions kurdes et la province du Sistan-Baloutchistan sont gouvernées depuis des décennies selon un modèle centré sur la sécurité. En plus de la privation économique, du sous-développement et de l’accès inégal aux opportunités, ces régions sont soumises à une présence sécuritaire et militaire étendue.

Les revendications économiques, culturelles, linguistiques, religieuses et civiles dans ces régions sont fréquemment interprétées comme des menaces contre la « sécurité nationale » ou « l’intégrité territoriale ». En conséquence, les politiques de développement et sociales ont été remplacées par le contrôle sécuritaire, créant un cycle de pauvreté, d’instabilité, de détention, de violence et de répression.

Les données documentées et continuellement recueillies indiquent que les minorités ethniques et religieuses en Iran représentent une part disproportionnée des prisonniers politiques, des détenus dans les couloirs de la mort et des personnes exécutées. Ce schéma est particulièrement visible parmi les communautés baloutches et kurdes et s’est intensifié ces dernières années.

Arrestations massives ; des mesures réactives au contrôle préventif

Lors des récentes vagues de manifestations et de répressions sécuritaires, les arrestations ont évolué au-delà des réactions à des incidents spécifiques et prennent de plus en plus la forme d’un contrôle préventif systématique. Les forces de sécurité ont utilisé des outils de surveillance, y compris des caméras urbaines, la surveillance numérique, le suivi des communications et des réseaux locaux d’identification afin d’identifier et de détenir des individus.

Les arrestations des minorités ethniques et religieuses en Iran sont souvent effectuées de nuit, dans des domiciles privés, sans mandats judiciaires clairs et accompagnées d’intimidations ou de violences contre les membres des familles. Parmi les personnes visées figurent des étudiants, des militants civils, des religieux sunnites, des avocats, des journalistes, du personnel médical, des militants culturels et, dans certains cas, des mineurs de moins de 18 ans.

Les accusations portées contre les détenus incluent fréquemment « propagande contre l’État », « rassemblement et collusion », « baghi », « inimitié envers Dieu », « appartenance à des groupes hostiles » ou « coopération avec des services de renseignement étrangers » ; des accusations pouvant entraîner de lourdes peines, y compris la peine de mort.

Ce schéma indique que les arrestations dans les régions peuplées de minorités fonctionnent non seulement comme des réponses judiciaires mais aussi comme des mécanismes de contrôle social et d’intimidation publique.

Conditions de détention ; pression systématique pour obtenir des aveux

Les rapports documentés indiquent que de nombreux détenus sont maintenus dans des conditions violant considérablement les normes internationales relatives au droit à un procès équitable et à l’interdiction de la torture.

Ces conditions incluent un isolement prolongé, la privation de sommeil, des interrogatoires prolongés, des pressions psychologiques, des menaces contre les membres des familles, des restrictions de communication et le refus d’accès à un avocat durant les premières phases de détention.

Dans plusieurs cas, des aveux présumés obtenus sous pression, en détention sécuritaire et avec refus d’un accès réel à une représentation juridique ont constitué la base de lourdes condamnations. L’utilisation de tels aveux, particulièrement dans les affaires de peine capitale, soulève de graves inquiétudes concernant l’intégrité des procédures judiciaires et la protection du droit à la vie.

Exécutions ; utilisation structurelle de la peine de mort et ciblage disproportionné des minorités

Les exécutions en Iran ont considérablement augmenté ces dernières années et sont devenues l’un des principaux instruments de contrôle social et sécuritaire. Selon des données documentées recueillies quotidiennement :

  • En 2024, 993 exécutions ont été enregistrées.
  • En 2025, le nombre est monté à 2 167.
  • À la fin d’avril 2026, 682 exécutions avaient déjà été enregistrées.

Cette augmentation, combinée au ciblage disproportionné des minorités ethniques et religieuses en Iran, indique que la peine de mort en Iran fonctionne non seulement comme une sanction pénale mais aussi, dans de nombreux cas, comme un mécanisme lié au contrôle des régions marginalisées, à la répression politique et à la création d’une peur sociale.

Les Kurdes ; accusations sécuritaires, procès opaques et exécutions

Dans les régions kurdes, de graves accusations liées à la sécurité comprenant « espionnage », « baghi », « inimitié envers Dieu » et « appartenance à des groupes d’opposition » sont régulièrement portées contre des citoyens kurdes. De telles accusations, particulièrement dans les zones frontalières, sont souvent poursuivies dans des environnements hautement sécurisés avec un accès public limité aux dossiers judiciaires.

Étude de cas : Idris Ali

Idris Ali, un citoyen kurde originaire de Sardasht dans la province de l’Azerbaïdjan occidental, a été exécuté à la prison centrale d’Urmia le 21 mai 2025. Il avait été arrêté et poursuivi sous l’accusation d’« espionnage pour Israël » ; une accusation de plus en plus utilisée ces dernières années dans les affaires sécuritaires impliquant des habitants des régions frontalières.

Selon des rapports publiés par des sources de défense des droits humains affiliées à la Résistance iranienne, Idris Ali s’est vu refuser l’accès à un avocat de son choix durant les interrogatoires dans les centres de détention sécuritaires d’Oroumieh. Sa condamnation à mort aurait été fondée sur des aveux obtenus sous pression et en détention sécuritaire.

Les récits officiels promus par les médias affiliés au régime au pouvoir en Iran le présentaient comme lié à des services de renseignement étrangers. Cependant, des rapports de terrain et des informations documentées par des personnes proches de lui ont soulevé de graves questions concernant le manque de transparence, l’absence de preuves publiquement accessibles et les restrictions entourant les procédures judiciaires.

Le cas d’Idris Ali illustre comment des accusations liées à la sécurité dans les régions kurdes peuvent conduire à des condamnations irréversibles à mort sans garanties suffisantes des droits à un procès équitable.

Citoyens baloutches ; exécutions, pauvreté structurelle et criminalisation des moyens de subsistance

La province du Sistan-Baloutchistan représente l’un des exemples les plus clairs du chevauchement entre pauvreté structurelle, discrimination religieuse, marginalisation géographique et répression sécuritaire. Dans cette province, la proportion de Baloutches parmi les personnes exécutées serait significativement supérieure à leur part dans la population nationale, tandis que les accusations liées aux drogues et à la sécurité sont largement utilisées contre des communautés économiquement marginalisées.

Le transport de carburant, l’une des rares sources de revenus disponibles dans les zones défavorisées, a été à plusieurs reprises confronté à des tirs directs des forces de sécurité, entraînant la mort de civils non armés.

Étude de cas : Amer Ramesh

Le 26 avril 2026, l’exécution du prisonnier baloutche de 20 ans Amer Ramesh a été effectuée à la prison centrale de Zahedan. Il avait 18 ans au moment de son arrestation en octobre 2024 lors d’une opération sécuritaire dans le village de Balingi près de Chabahar.

Un aspect clé de cette affaire est que les forces de sécurité avaient initialement informé sa famille qu’il avait été « tué », avant qu’il n’apparaisse plus tard qu’il était vivant et interrogé dans des centres de détention sécuritaires.

Plusieurs médias affiliés au régime iranien ont diffusé des vidéos des prétendus aveux d’Amer Ramesh. Des ecchymoses et blessures visibles pouvaient être observées sur son visage dans ces images. Selon les normes internationales des droits humains, des aveux obtenus sous violences physiques, coercition ou privation de garanties juridiques ne peuvent constituer une base fiable pour l’imposition de la peine de mort.

Cas complémentaire : Mansour Dehmardeh

Mansour Dehmardeh, un citoyen baloutche, représente un autre exemple de l’intersection entre pauvreté, vulnérabilité personnelle, accusations graves et peine capitale. Les rapports des droits humains indiquent que son affaire impliquait de sérieuses inquiétudes concernant la torture, les aveux forcés, le refus des droits à un procès équitable et le mépris de son état physique.

Pris ensemble, les cas d’Amer Ramesh et de Mansour Dehmardeh démontrent que la répression au Baloutchistan ne se limite pas aux affaires sécuritaires conventionnelles. Elle fonctionne plutôt à travers une combinaison plus large de pauvreté, marginalisation, discrimination religieuse, faible accès à une représentation juridique et absence de contrôle judiciaire indépendant.

Conclusion de la première partie sur la répression des minorités ethniques et religieuses en Iran

Les cas examinés dans les régions kurdes et baloutches démontrent comment l’identité ethnique, la religion, la privation géographique et les accusations sécuritaires sont étroitement liées dans les zones frontalières de l’Iran. Cependant, ce schéma de répression s’étend au-delà des seules régions frontalières.

La deuxième partie de ce rapport examinera des dimensions supplémentaires de la répression structurelle contre les musulmans sunnites, les Arabes ahwazis et les citoyens bahaïs ; y compris les disparitions forcées, les exécutions opaques, la privation éducative et les pressions exercées contre les familles et les communautés plus larges.