Rapport mensuel des violations des droits humains et des exécutions – Iran HRM, juin 2026

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CSDHI – Le mois de juin 2026 a été marqué par un durcissement des violations des droits humains, de la répression menée par le régime iranien, visant principalement les dissidents politiques, les manifestants, les minorités ethniques et les étudiants, dans un contexte de crainte manifeste d’un nouveau soulèvement national. Au total, 141 exécutions ont été recensées, dont l’immense majorité n’a fait l’objet d’aucune annonce par les médias d’État, révélant une politique délibérée de dissimulation et d’intimidation. L’appareil judiciaire et sécuritaire du régime a continué de recourir à des méthodes brutales, notamment les arrestations arbitraires, les conditions de détention inhumaines, la torture et la peine capitale, afin d’étouffer toute forme de dissidence.

La crise des exécutions : 141 vies perdues en un seul mois

Le mois de juin 2026 a connu une hausse effroyable des exécutions perpétrées par l’État, Iran HRM ayant documenté 141 exécutions. Parmi celles-ci, 132 ont été menées sans annonce officielle, une pratique qui prive les victimes et leurs familles de toute garantie de procédure régulière et de tout contrôle public. Parmi ces exécutions non annoncées figuraient au moins trois femmes. Les neuf exécutions officiellement reconnues concernaient notamment cinq personnes arrêtées lors des récentes manifestations, ce qui souligne l’utilisation de la peine de mort par le régime comme instrument de répression politique.

Exécutions de manifestants

Une part importante des exécutions concernait directement des personnes ayant participé au soulèvement de janvier 2026.

Le 16 juin, Javad Zamani et Abolfazl Saedi, deux jeunes hommes originaires de Shahroud, ont été exécutés après avoir été présentés comme les « dirigeants armés » du soulèvement de janvier. Ils étaient poursuivis notamment pour « Moharebeh » (« inimitié envers Dieu ») et « corruption sur Terre », sur la base d’accusations telles que le port d’armes à feu, l’opposition au système, les troubles à l’ordre public, la dégradation d’agences bancaires et l’incendie d’un véhicule de police.

Le 3 juin, Fathollah Avari, âgé de 42 ans et arrêté à Malard, a été exécuté à la prison de Hamedan. Il était accusé d’avoir participé à la mort d’un commandant des Forces de sécurité de l’État (SSF) lors du soulèvement de janvier à Hamedan.

Le 1er juin, Mehrdad Mohammadinia et Ashkan Maleki ont été pendus à Téhéran. Ils avaient été présentés comme des dirigeants du récent soulèvement de janvier et accusés d’avoir mené des « opérations contre la sécurité nationale », notamment l’incendie d’un centre du Basij et d’un séminaire religieux, la destruction de biens publics, des affrontements avec les agents des SSF et le blocage de rues. Le centre du Basij concerné, situé dans la mosquée Jafari à Kuy-e Nasr (Gisha), est identifié comme un important centre de répression dans l’ouest de Téhéran.

Exécutions de masse dans les prisons

De nombreuses exécutions collectives ont été signalées tout au long du mois.

Le 21 juin, au moins six personnesIsa Rahmani (36 ans), Nematollah Barahouyi à Zahedan, Mirveis Khalilzadeh et Ebrahim Ahmadshahi à Shiraz, ainsi que Homayoun Noorzehi et Hossein Yousefzehi à Zabol — ont été exécutées.

Le 17 juin, 14 prisonniers ont été pendus dans plusieurs villes, parmi lesquels Reza Nazif (28 ans), Noorjalal Mojahed (27 ans) et Esfandiar Sadri à Yazd ; Fereydoun Varasteh à Shirvan ; Ali Aghahosseini (38 ans) à Maragheh ; Rashid Arefi (38 ans) à Borujerd ; Khaleq Shahriari à Gorgan ; Abdollah Jalali (25 ans), Taher Shahouzehi et un autre prisonnier dont le nom n’a pas été communiqué à Zahedan ; Aref Barahouyi (34 ans) à Zabol ; ainsi que Farzad Bahrami (36 ans), Alireza Maleki et Ramin Bagheri à Hamedan.

Entre le 13 et le 16 juin, au moins 31 prisonniers ont été exécutés, soit en moyenne une exécution toutes les trois heures. Cette vague comprenait Seyyed Akbar Bani-Hashem et Amir-Abbas Dekavand à la prison de Qezel Hesar (parmi les huit personnes exécutées le 13 juin), Hassan Hosseini Narouei et Ali-Bakhsh Raeisi (27 ans, compatriotes baloutches) à Zahedan (parmi les dix exécutés le 14 juin), Mohammad Amin Narouei et Balal Saadat-Jahani (Gorgij, 35 ans) à Birjand (parmi les huit exécutés le 15 juin), ainsi que Omar Shahbakhsh et Ghafoor Shahbakhsh (Baloutches) à Yazd (parmi les cinq exécutés le 16 juin).

Les 31 mai et 1er juin, au moins 18 prisonniers ont été exécutés. Le 31 mai, 12 prisonniers ont été pendus, parmi lesquels Parviz Valizadeh (27 ans) à Zanjan, Aslan Amiri (33 ans) à Arak, ainsi que dix autres à Shiraz, dont Saeed Dehghanzadeh, Borzou Mousavizadeh (30 ans), Abbas Bayat (30 ans), Ali Akbar Sarabi-Moghadam, Salar Sheikhi (29 ans), trois Baloutches (Mohammad Osman Daneh-chin, Mohammad Sediq Baluchi, Qader Khodamoradi) et deux ressortissants afghans. Le 1er juin, six prisonniers ont été exécutés, parmi lesquels Morteza Sadeghzadeh à Damghan, Hassan Tahmasebi et Kouhyar Abbasi à Qorveh, ainsi que Behnam Nemati (38 ans), qui a été exécuté publiquement à Rasht.

Répression systématique des prisonniers politiques et des dissidents

Le régime a poursuivi son intensification des pressions contre les prisonniers politiques, en particulier ceux affiliés à des groupes d’opposition ou ayant participé aux manifestations.

Condamnations à mort de sympathisants de l’OMPI

Yaghoub Derakhshan, 51 ans, sympathisant de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) détenu à la prison de Lakan à Rasht, a été condamné à mort pour la deuxième fois en juin 2026. Il avait été initialement condamné en août 2025 pour « Baghi » (« rébellion armée ») à l’issue de procès simulés organisés par visioconférence et sans l’avocat de son choix. Malgré le renvoi de son dossier en révision, la deuxième chambre du tribunal révolutionnaire de Rasht, présidée par Mohammad Ali Darvish-Goftar, a de nouveau prononcé la peine de mort, le plaçant en danger imminent.

Zahra Tabari, 68 ans, ingénieure en électricité, a également reçu sa deuxième condamnation à mort de la part du tribunal révolutionnaire de Rasht. Elle avait été condamnée une première fois en novembre 2025 pour « rébellion armée » en raison de son appartenance à l’OMPI/MEK, à l’issue d’un simulacre de procès de dix minutes. Le renvoi de son affaire par la Cour suprême a conduit la deuxième chambre du tribunal révolutionnaire de Rasht à rendre le même verdict en avril 2026, verdict qui lui a été notifié en juin.

Pressions contre les prisonnières politiques à Evine

Plusieurs prisonnières politiques détenues à la prison d’Evine ont subi un renforcement des mesures de harcèlement, notamment la suppression de leur accès au téléphone. Parmi elles figuraient :

  • Shiva Esmaeili (60 ans), condamnée à 10 ans et six mois.
  • Marzieh Farsi (59 ans), condamnée à six ans.
  • Forough Taghipour (32 ans), condamnée à six ans.
  • Golrokh Iraee, condamnée à six ans, après avoir déjà purgé une précédente peine de six ans.
  • Sakineh Parvaneh, condamnée à six ans, après avoir déjà été emprisonnée pendant trois ans.
  • Zahra Safaei (63 ans), condamnée à cinq ans, actuellement emprisonnée pour la troisième fois après avoir passé huit années en prison dans les années 1980 pour son soutien à l’OMPI/MEK.
  • Elaheh Fouladi, condamnée à cinq ans.

Conditions déplorables à la prison de Qezel Hesar

Les prisonniers du soulèvement de janvier 2026 détenus dans les quartiers 35 et 37 de l’unité 3 de la prison de Qezel Hesar sont soumis à des conditions inhumaines. Beaucoup souffrent de blessures graves, notamment de fractures et de dents cassées, tout en étant entassés dans des quartiers dépourvus des équipements de base indispensables à la vie quotidienne et à l’hygiène. Le quartier 37, qui accueille environ 200 détenus, ne disposerait d’aucun système de refroidissement malgré les chaleurs extrêmes, et les coupures d’eau courante sont fréquentes, obligeant les prisonniers à payer l’eau livrée par camions-citernes.

Arrestations arbitraires et disparitions

Milad Sajjadian, 32 ans, ancien prisonnier politique et sympathisant de l’OMPI, a été arrêté à Shiraz. Après avoir entamé une grève de la faim pour protester contre son arrestation, il a été hospitalisé puis transféré à la prison d’Adelabad. Depuis, il a été déplacé vers un lieu inconnu et aucune information n’est disponible concernant son sort ou l’endroit où il se trouve. Il avait auparavant purgé une peine de trois ans pour son soutien à l’OMPI.

Résistance et appels à la justice : campagne « Les mardis contre les exécutions »

Malgré le renforcement de la répression, les prisonniers politiques en Iran ont poursuivi leurs actions de résistance. Le 30 juin, la campagne « Les mardis contre les exécutions » est entrée dans sa 127ᵉ semaine consécutive, avec la participation de détenus de 57 prisons à travers le pays à des grèves de la faim coordonnées.

La campagne a condamné le recours du régime aux exécutions comme principal instrument d’intimidation et a dénoncé la poursuite de la répression à la suite des manifestations de janvier 2026.

Le pouvoir judiciaire du régime a reconnu que 3 292 personnes avaient été arrêtées depuis janvier sous l’accusation de « coopération avec l’ennemi ». Nombre de ces détenus risquent désormais de lourdes conséquences judiciaires, notamment des condamnations à mort ou de longues peines de prison.

Des rapports régionaux illustrent également cette répression : les autorités de Sari auraient ouvert 700 procédures judiciaires contre des manifestants de janvier, tandis qu’à Mashhad, plusieurs milliers de dossiers auraient été enregistrés.

La campagne a indiqué que 140 personnes avaient été exécutées au cours du mois iranien de Khordad (du 22 mai au 21 juin), soulignant que la peine capitale demeure un instrument essentiel pour réduire au silence toute contestation.

Un aspect particulièrement poignant de la campagne concernait la souffrance des familles privées du droit de faire leur deuil. Le cas de Vahid Bani Amerian, membre de l’OMPI et prisonnier politique exécuté plus tôt cette année à la prison de Qezel Hesar, a été mis en avant ; sa famille, comme beaucoup d’autres, n’a toujours pas été informée du lieu où il a été enterré. La campagne a dénoncé cette pratique comme une prolongation de la punition après la mort et une violation flagrante de la dignité humaine.

Les prisons ayant participé aux grèves de la faim comprenaient notamment Evin, Qezel Hesar, Greater Tehran, Qarchak, Adelabad, Zahedan, Rasht, Tabriz, Oroumieh, Sanandaj et Kerman, ainsi que des dizaines d’autres établissements, démontrant l’ampleur de cette résistance organisée.

Conclusion et appel à l’action

La situation des droits humains en Iran s’est fortement détériorée au cours du mois de juin 2026, marquée par une augmentation sans précédent des exécutions, une répression systématique des prisonniers politiques et une répression sévère contre les étudiants. La crainte du régime face à de nouveaux soulèvements populaires est le moteur de ces mesures brutales, comme en témoignent le nombre élevé d’exécutions de manifestants et la répression généralisée de toute forme de dissidence dans les universités et les prisons.

Iran Human Rights Monitor (Iran HRM) condamne avec la plus grande fermeté les violations généralisées et systématiques des droits humains perpétrées par le régime iranien. Nous appelons la communauté internationale, notamment les Nations unies, leurs organes compétents, le Conseil des droits de l’homme ainsi que l’ensemble des organisations de défense des droits humains, à :

  • Condamner immédiatement et sans équivoque l’escalade des exécutions et exiger un arrêt urgent de toute application de la peine capitale en Iran.
  • Exiger la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques, y compris ceux condamnés à mort pour leur participation aux manifestations ou leur affiliation à des groupes d’opposition.
  • Demander l’envoi d’une mission internationale indépendante d’établissement des faits dans les prisons iraniennes, en particulier à Evin et à Qezel Hesar, afin d’enquêter sur les conditions de détention inhumaines et les actes de torture systématiques.
  • Faire pression sur le régime iranien afin qu’il mette fin à la répression brutale des étudiants et qu’il respecte les libertés universitaires ainsi que le droit de réunion pacifique.

Le silence et l’inaction ne font qu’encourager le régime à poursuivre ses atrocités. Des mesures efficaces et urgentes sont indispensables pour amener le régime iranien à répondre de ses violations flagrantes des droits humains et pour protéger la vie ainsi que les libertés fondamentales du peuple iranien.