CSDHI – Écoles dégradées, qualité insuffisante de l’éducation et responsabilité des pouvoirs publics
Les deux premiers chapitres ont examiné l’ampleur de la privation d’éducation en Iran ainsi que la situation des femmes, des enfants, des migrants, des personnes handicapées et des minorités ethniques et linguistiques. Les éléments disponibles montrent que certains groupes sont totalement exclus du système éducatif ou rencontrent de graves obstacles à la poursuite de leur scolarité.
Cependant, la crise de l’éducation en Iran ne se limite pas à l’exclusion scolaire. Des millions d’élèves qui fréquentent effectivement l’école sont confrontés à des pénuries d’enseignants, à des classes surchargées, à des bâtiments dégradés et à des équipements insuffisants. Dans de telles conditions, les seuls chiffres officiels de scolarisation ne sauraient démontrer la réalisation effective du droit à l’éducation en Iran.
Pénuries d’enseignants, écoles dégradées et classes surchargées en Iran
1. Pénuries d’enseignants et diminution des capacités éducatives
Le Centre de recherche du Parlement iranien a fait état d’une pénurie d’environ 176 000 enseignants pour l’année scolaire 2024-2025. Parallèlement, environ 72 000 enseignants étaient censés partir à la retraite.
Mesures utilisées pour compenser les pénuries d’enseignants
| Mesure | Conséquence rapportée |
|---|---|
| Recours à des enseignants-soldats | Réduction de la stabilité et des capacités professionnelles |
| Recours à des enseignants retraités | Retards dans le versement des rémunérations et maintien des pénuries de personnel |
| Achat de services éducatifs | Externalisation d’une partie de l’enseignement auprès de personnels non officiels |
| Attribution de tâches d’enseignement aux directeurs et directeurs adjoints d’établissement | Réduction du temps consacré à la gestion et à la supervision pédagogique |
| Recours à du personnel non spécialisé | Menace pour la qualité de l’éducation |
Le directeur du Centre de recherche du Parlement a déclaré que le ministère de l’Éducation avait recours à des enseignants-soldats, achetait des services auprès du secteur non gouvernemental, employait des retraités et confiait des tâches d’enseignement aux directeurs et directeurs adjoints afin de compenser les pénuries de personnel. Il a toutefois averti que ces méthodes ne garantissaient pas la qualité de l’éducation et du développement des élèves requise.
Ghasem Ahmadi-Lashki, vice-ministre de l’Éducation en Iran chargé des affaires juridiques et parlementaires, a indiqué que le nombre d’enseignants officiellement employés s’élevait à 735 350. Il a également déclaré que, dans certaines écoles, les directeurs et directeurs adjoints étaient contraints d’assurer des cours.
Les pénuries d’enseignants ont des conséquences plus graves encore dans les régions défavorisées. Le recrutement et le maintien des enseignants y sont plus difficiles, et les élèves peuvent être confrontés à des classes à plusieurs niveaux, à des enseignants non spécialisés ou à une suspension temporaire des cours. Le manque d’enseignantes dans les zones rurales et les régions à population ethnique minoritaire rend également plus difficile la poursuite de leur scolarité par les filles.
2. Écoles dégradées et salles de classe dangereuses
Un nombre important d’élèves fréquentent des établissements dont les bâtiments, les installations sanitaires et les équipements pédagogiques sont inadéquats. Les éléments rassemblés pour ce rapport font état d’écoles construites en pierre, d’écoles installées dans des conteneurs et d’établissements de fortune, ainsi que de pénuries d’eau potable, d’installations sanitaires et de systèmes de chauffage et de climatisation.
État des infrastructures dans la province d’Azerbaïdjan occidental
| Indicateur | Chiffre rapporté |
|---|---|
| Écoles dégradées | Plus de 70 % |
| Déficit de salles de classe par rapport à la norme nationale | 34 200 salles de classe |
| Écoles en conteneurs | 288 écoles |
| Élèves non scolarisés | 5 605 |
| Surface éducative par élève | 4,04 m² |
| Moyenne nationale rapportée | 5,45 m² |
| Norme nationale rapportée | 8,40 m² |
| Nombre d’élèves dans certaines classes | 35 à 40 |
Dans certaines zones de la province, le manque d’écoles a entraîné une surcharge des classes et l’organisation des cours en plusieurs rotations. Ces conditions réduisent le temps réellement consacré à l’enseignement et rendent difficile, pour les enseignants, l’accompagnement individuel des élèves.
À l’échelle nationale, un rapport fait état de plus de 4 000 écoles construites en pierre et de plus de 1 000 écoles en conteneurs. Ce chiffre devrait être comparé aux données de l’Organisation iranienne pour le développement, la rénovation et l’équipement des écoles avant d’être utilisé comme statistique nationale définitive. Néanmoins, l’existence d’établissements ne disposant pas de bâtiments répondant aux normes a été documentée dans des rapports officiels et médiatiques provenant de plusieurs régions du pays.
En 2017, le gouvernement aurait promis d’allouer 3 milliards de dollars américains au renforcement des écoles. Selon les éléments rassemblés pour ce rapport, seulement environ 1,4 % de cette somme aurait été effectivement alloué. Ce chiffre nécessite une vérification directe à partir des documents budgétaires et des rapports officiels sur les infrastructures.
3. Qualité de l’éducation et acquis scolaires
La crise des infrastructures et les pénuries d’enseignants ont contribué à la baisse des résultats scolaires. Selon les données de PIRLS 2021, les élèves iraniens auraient obtenu un score de 413 en compréhension de l’écrit. Les rapports examinés dans le cadre de cette recherche plaçaient l’Iran parmi les pays participants les moins bien classés.
Le score rapporté pour les filles était de 422, contre 405 pour les garçons. Ces chiffres devraient être vérifiés à partir du rapport officiel de l’évaluation et de sa méthodologie. Néanmoins, mis en regard d’autres éléments, ils témoignent de faiblesses dans l’acquisition des compétences fondamentales.
La moyenne des notes des élèves iraniens aurait également été établie à environ 11,5 sur 20. Ce chiffre, à lui seul, ne peut fournir une évaluation complète du système éducatif, mais, associé aux pénuries d’enseignants, aux classes surchargées et aux équipements insuffisants, il témoigne d’une baisse des performances scolaires dans certaines régions du pays.
Facteurs affectant la qualité de l’éducation en Iran
- Pénuries d’enseignants qualifiés ;
- Classes à plusieurs niveaux et classes surchargées ;
- Écoles dégradées et dépourvues d’équipements adéquats ;
- Manque de laboratoires et de bibliothèques ;
- Accès limité à Internet et aux outils numériques ;
- Recours à du personnel non officiel ;
- Écarts importants entre les établissements favorisés et défavorisés ;
- Contenus pédagogiques qui ne répondent pas suffisamment aux besoins des élèves.
Les enfants issus de familles plus aisées peuvent compenser les faiblesses du système éducatif public grâce aux cours particuliers, aux supports pédagogiques complémentaires et à l’enseignement numérique. Les élèves issus de familles à faibles revenus disposent généralement de moins de possibilités. Ainsi, la dégradation de la qualité de l’éducation pèse le plus lourdement sur les groupes qui sont déjà défavorisés sur les plans économique et social.
4. Positions officielles du gouvernement et écart entre engagements et résultats
Le gouvernement iranien a mis l’accent sur une large couverture scolaire, la gratuité de l’éducation en Iran et les programmes visant à ramener les enfants à l’école. Dans le même temps, les données officielles montrent un écart important entre ces engagements et la réalité.
Engagements et promesses officiels
| Engagement ou promesse | Chiffre associé |
|---|---|
| Taux de scolarisation dans l’enseignement primaire | Environ 98 %, selon les chiffres officiels |
| Identification des enfants non scolarisés | 152 287 enfants âgés de 6 à 11 ans en 2025 |
| Retour à l’école | Environ 29 000 enfants |
| Gratuité de l’éducation | Engagement établi par l’article 30 de la Constitution |
| Développement des infrastructures | 24 150 écoles construites ou rénovées entre 2013 et 2023 |
Éléments attestant de la persistance de la crise
| Indicateur de crise | Chiffre |
|---|---|
| Enfants non scolarisés en 2022-2023 | 902 188 |
| Enfants non scolarisés en 2023-2024 | 928 729 |
| Abandons scolaires en 2022-2023 | 287 617 |
| Pénurie d’enseignants en 2024-2025 | Environ 176 000 |
| Élèves ayant des besoins éducatifs particuliers non scolarisés | Plus de 15 000 |
| Écoles dégradées dans l’Azerbaïdjan occidental | Plus de 70 % |
Cette contradiction ne permet pas, à elle seule, d’établir une volonté de discriminer. Elle démontre toutefois un écart important entre les engagements officiels et les résultats concrets des politiques éducatives. Le gouvernement fait état d’un taux élevé de scolarisation dans le primaire tout en reconnaissant parallèlement l’augmentation du nombre d’enfants non scolarisés, les pénuries d’enseignants, la dégradation des écoles et les inégalités régionales.
5. Analyse au regard des droits humains et responsabilité de l’État
En vertu de l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, des articles 13 et 14 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que des articles 28 et 29 de la Convention relative aux droits de l’enfant, l’éducation doit être accessible, gratuite, sûre et non discriminatoire.
L’Iran est tenu de :
- garantir un enseignement primaire gratuit et obligatoire ;
- élargir l’accès égal à l’enseignement secondaire ;
- fournir des écoles sûres et dotées d’installations sanitaires adéquates ;
- remédier aux pénuries d’enseignants et d’équipements ;
- garantir l’accès à l’éducation des enfants migrants et sans papiers ;
- rendre l’éducation accessible aux enfants handicapés ;
- réduire les obstacles liés au genre, à l’appartenance ethnique, à la langue et à la situation économique ;
- publier des statistiques éducatives transparentes et ventilées.
Les sanctions peuvent affecter l’éducation par l’intermédiaire de l’inflation, de la baisse du pouvoir d’achat et des difficultés d’obtention de matériel éducatif. Toutefois, le gouvernement iranien demeure directement responsable de l’allocation budgétaire, de la construction des écoles, du recrutement des enseignants, du soutien aux familles à faibles revenus et de la suppression des obstacles à la scolarisation.
Conclusion
Les éléments présentés dans les trois chapitres montrent que la privation d’éducation en Iran est structurelle et multidimensionnelle.
Cette privation prend principalement trois formes :
- Pauvreté et coûts liés à l’éducation : les familles perdent la capacité de prendre en charge les dépenses liées à la scolarité.
- Discrimination et exclusion de certains groupes : les femmes, les enfants, les migrants, les personnes handicapées ainsi que les minorités ethniques et linguistiques sont confrontés à des obstacles supplémentaires.
- Faiblesses structurelles du système éducatif : les pénuries d’enseignants, les écoles dégradées, les classes surchargées et la baisse des résultats scolaires privent même les élèves scolarisés d’une éducation effective.
À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, la question qui se pose en Iran ne concerne donc pas seulement l’existence de l’analphabétisme. Elle porte sur l’exclusion de millions de personnes d’une éducation équitable, continue, sûre et de qualité. Des taux de scolarisation officiellement élevés ne peuvent démontrer la réalisation du droit à l’éducation sans garanties concernant la qualité de l’enseignement et la capacité des élèves à rester à l’école.
Pour remédier à cette situation, le gouvernement iranien doit :
- rendre l’enseignement primaire et secondaire véritablement gratuit ;
- réduire les coûts cachés de l’éducation pour les familles à faibles revenus ;
- résoudre les pénuries d’enseignants ;
- rénover les écoles dégradées et les écoles en conteneurs ;
- développer l’éducation dans les régions défavorisées et les régions à population ethnique minoritaire ;
- supprimer les obstacles à la scolarisation auxquels sont confrontés les enfants migrants ;
- rendre les écoles accessibles aux personnes handicapées ;
- empêcher que les filles abandonnent leur scolarité en raison des mariages précoces ;
- publier des données éducatives ventilées selon le sexe, l’appartenance ethnique, la langue, le handicap, le statut migratoire et le lieu de résidence ;
- protéger les activités pacifiques de plaidoyer des enseignants et des militants de l’éducation.
Tant que ces mesures ne seront pas mises en œuvre, l’écart entre le droit à l’éducation et la réalité vécue par des millions de personnes en Iran restera considérable.


